SaphirNews: Le premier concours des médias de la diversité a primé un journaliste de Respect Mag. Que représente ce prix pour vous?
Marc Cheb Sun: L’année dernière notre rédacteur François Carrel a reçu le Journalist Award de l’Union européenne pour le meilleur article sur la discrimination ; cette année Abdelkrim Branine, chef de rubrique à Respect Magazine reçoit le prix « presse écrite » pour les médias de la diversité… C’est une vraie reconnaissance, mais rien n’est acquis : nous devons rester vigilants à garder notre esprit critique, à nous remettre en cause, à vouloir faire toujours mieux, à ne pas devenir « une famille » fermée aux autres.
On ne lance par une revue par hasard. Comment vous est venue l'idée de Respect Mag ?
Marc Cheb Sun: En 2001, lorsque nous avons lancé le projet du magazine, l’idée d’un Mag présent en kiosque, en distribution nationale, avec pour base line « décoloniser les imaginaires » « apprendre à vivre ensemble » semblait complètement surréaliste à beaucoup de monde. Notre numéro 0 est sorti en 2003, deux ans plus tard, et notre numéro 1 encore un an plus tard en 2004. On nous disait « vous aurez 50 lecteurs », nous en revendiquons 30 000 aujourd’hui. Nous étions persuadés que l’expression des minorités était un enjeu non pas communautaire, mais un enjeu de société qui concernait beaucoup de monde et que les quartiers reviendraient très vite et régulièrement au centre des préoccupations. Il nous semblait évident que leur impact économique (la création de TPE/PME dans les « zones sensibles » est impressionnante) et culturels (avec l’expression d’une créativité dont l’impact porte sur toute la jeunesse française -urbaine, rurale, blanche, issue de l’immigration, de l’Outre-mer…- représentaient une vraie dynamique pour la société française très embourbée dans des systèmes de « cooptation », de non-reconnaissance de sa diversité.
Autre difficulté : la presse écrite commençait à se porter très mal, enfin la presse avec une cible « jeunes adultes » ne s’envisageait plus que comme une presse de consommation. Même les médias hip hop commençaient à subir de sérieux travers. Les premiers à nous suivre ont été l’ex FASILD, la PJJ, la DPM, et la SNCF. Puis des annonceurs (TF1, Vinci, la Fnac, PPR, Gaz de France, la Macif, L’Oréal et bien d’autres) ont pris des pages, du fait du succès du magazine.