Mustapha Chérif : J'ai demandé à rencontrer le Pape au printemps dernier, suite à sa décision de rattacher "le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux" à celui de la culture. Je me suis inquiété, bien avant tout le monde, et je lui ai exprimé ma préoccupation. En lui disant que avant d'être culture, l'Islam est une religion, troisième rameau monothéiste, ultime étape de l'histoire du salut.
Dans ce sens, afin de lui expliquer le vrai islam et lui marquer notre attachement au dialogue et au vivre ensemble, j'ai demandé à le rencontrer. Puis, en septembre, suite aux contrevérités choquantes qu'il a prononcé dans son discours dans une université allemande, et après l'expression de ses regrets, je lui ait écrit une nouvelle fois, pour lui dire qu'il est urgent de dialoguer fraternellement.
Il n'y a pas d'autre alternative au dialogue. Les causes précises de ma demande d'audience sont claires, car il est de notre devoir de défendre raisonnablement notre religion. Premièrement, conformément à ce qu'exige de nous le Coran: "Dialogue avec eux de la meilleure façon".
Deuxièmement la situation internationale est très préoccupante, trop de violence, d'injustices et d'ignorances. La désinformation a atteint un seuil dramatique. Notre devoir est de contribuer à clarifier les problèmes, de participer à la compréhension, de refuser les amalgames et ne pas donner l'occasion aux personnes qui ont de l'hostilité envers les musulmans de déformer notre religion.
Troisièmement, à mon avis, sans nier certains antagonismes et difficultés, au vu des défis communs, la concurrence entre musulmans et chrétiens, aujourd'hui, est un combat d'arrière garde. La propagande du choc des civilisations sert les intérêts de ceux qui sont opposés au vivre ensemble et veulent nous diviser, c'est une diversion aux problèmes politiques du monde. Le retour de la haine religieuse, qui vise les musulmans, est un danger pour tous.