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Rapport Begag : vers une police à l’image de la diversité ethnique française

Rédigé par Rakho Mom Assmaâ | Mercredi 15 Décembre 2004

Remis ce mardi 14 décembre au ministre de l'intérieur, le rapport rédigé par Azouz Begag sur l'égalité des chances se veut réformateur et innovateur. Des mesures concrètes telles des brigades anti-discrimination ou la nomination d'un directeur de l'égalité des chances, y sont proposées au ministre. Cependant, Dominique de Villepin n'ira pas aussi loin que le chercheur dans la réforme et dans l'audace.



 

Le chercheur et écrivain Azouz Begag a rendu public mardi 14 décembre un rapport sur l’égalité des chances dans les corps de police et de gendarmerie françaises. Le rapport, intitulé « La République à ciel ouvert », a été remis au ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin. Celui-ci devrait annoncer une série de mesures inspirées des propositions qu’il contient, sans pour autant aller aussi loin que l’auteur du rapport dans l’audace et l’innovation.

 

 

Remis ce mardi à Dominique de Villepin, le rapport de 59 pages du chercheur et écrivain Azouz Begag plaide pour une « approche pragmatique » de l’immigration, établit un historique et  dresse un état des lieux de cette immigration en France, avant de proposer toute une série de dispositions allant de la « brigade anti-discrimination » à la multiplication des « cadets de la République », en passant par une évolution et une « diversification » des jurys d’admission et du contenu des concours.

 

Des termes inadaptés et désuets

 

Discrimination positive et intégration, deux termes souvent employés en haut lieu et dans l’administration française sont à bannir. Azouz Begag souligne qu’il serait « judicieux d’instituer des « réserves » et non pas des quotas pour le recrutement, à l’instar de la politique de l’Institut des Etudes Politiques de Paris ». Quant au vocable d’ « intégration », Azouz Begag souligne que, « appliquée aux populations issues de l’immigration, la notion d’intégration présente de  nombreux inconvénients ». En effet, il reste que « le décalage entre le discours technocratique sur l’intégration et la réalité sociale est flagrant ». C’est pourquoi, le chercheur désire « marquer une rupture sur le plan sémantique, en officialisant l’enterrement du mot « intégration » pour mieux le remplacer par un « engagement pour la Promotion de l’Egalité des Chances (PEC) ».

 

Une relation police-jeunes issus de l’immigration conflictuelle

 

Le rapport Begag retrace ensuite vingt ans d’une histoire mouvementée, voire sombre, de la politique de l’immigration en France. En clair, la prise de conscience de la discrimination des minorités ainsi que les lois qui s’en sont suivies sont arrivées très tardivement. Les politiques ont, sciemment ou pas, laissé s’installer un climat délétère et des politiques d’exclusion plutôt que d’intégration. La conséquence en est qu’ « un voile d’amertume a semé durablement scepticisme et désillusion ». De ces politiques est née une relation de méfiance, voire de rejet violent des corps de police, et plus généralement de tout les corps habillés.

 

C’est pourquoi, toute une partie du rapport intutulée « aller chercher les candidats » se veut être une technique fondamentale d’approche de l’égalité des chances, qui se veut « offensive, explicite et courageuse ». En effet, l’auteur nous rappelle qu’ « il faudra encore du temps pour que ces jeunes s’approprient, se reconnaissent et s’investissent dans cette mission de service public que représente la police ». Pour cela une campagne de publicité s’appuyant sur tous les supports devrait être menée avec un slogan clair du type « La police nationale a besoin de recruter des jeunes issus de l’immigration maghrébine et africaine ». Ainsi, le message serait « sans ambiguïté ».

 

Des propositions claires et audacieuses

 

Finalement, les propositions du chercheur sont claires et novatrices. S’appuyant sur des estimations et constatant que sur 11 000 adjoints de sécurité, 5 à 15 % sont issus de l’immigration maghrébine ou africaine, qu’ils seraient 300 sur 14000 officiers de police et représenteraient moins de 1% des 1800 commissaires Azouz Begag suggère de « tripler, dans les deux ou trois ans à venir » ces chiffres, et ceci à tous les niveaux de responsabilité.

 

Ensuite, pour redorer l’image de la police et la réconcilier avec la jeunesse des quartiers dits difficiles ou sensibles, un « directeur de l’égalité des chances » devrait être nommé au ministère de l’intérieur, afin d’engager des « politiques de correction » en direction de la diversité ethnique.

 

Enfin, toujours dans le but de briser une réputation désastreuse auprès des jeunes issus de l’immigration, des « brigades anti-discrimination » devraient être créées, qui seraient « le contrepoint des BAC (brigades anti-criminalité) redoutées dans les quartiers. Elles permettraient de montrer une police au service du respect de la loi et comme force de paix ».

 

Le rapport Begag, qui apporte fraîcheur et innovation, reste cependant à mettre en place, ce qui n’est pas gagné. Le ministre de l’intérieur devrait en effet s’en inspirer sans pour autant aller aussi loin dans les réformes, pourtant nécessaires.





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