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Ramadan

Ramadan : l’heure du bilan

Par Mehrézia Labidi-Maïza*

Rédigé par Mehrézia Labidi-Maïza | Mercredi 16 Septembre 2009



Ramadan : l’heure du bilan
Nous voilà à la veille de la nuit de Destin, Laylat al-Qadr, où les mosquées se remplissent et les dévotions se multiplient.

Cette nuit qui annonce la fin du Ramadan, ce mois qui chamboule notre quotidien : les heures de repas changent, le rythme des journées ralentit et celui des nuits s’accélère entre jeûne, prières, récitations du Coran… et les mauvaises habitudes sont momentanément abandonnées, les familles s’invitent plus que d’habitude…

Il y a comme une magie de Ramadan, qui touche tout un chacun, même ceux qui ne pratiquent pas le jeûne.
Cette magie s’intensifie la nuit du Destin, même ceux qui ne prient pas d’habitude lèvent leurs mains vers Dieu cette nuit-là, car c’est la nuit de l’espoir, l’espoir de voir sa vie changer pour le meilleur.

Être fort contre soi-même

En fait, nous avons besoin de changement dans le rythme de notre vie. C’est l’un des secrets du Ramadan : s’il était comme tous les autres mois, il n’aurait pas de goût ! Le seul hic est que le changement que le mois saint opère en nous n’est ni profond ni durable, pourquoi ?

Pour répondre à cette question, chacun de nous doit commencer par faire son propre bilan : oui, dès maintenant, avant la fin de ce mois béni. Que chacun-e commence par relire le verset 183/2 : « Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit aux peuples d’avant vous, afin que vous atteigniez la piété. » Et que chacun-e se demande si il ou elle a atteint la piété, al-taqwa, cet état d’humilité devant le Créateur de l’Univers, de crainte révérencieuse et d’amour envers Lui et de compassion envers ses créatures ; cette capacité d’être fort contre soi-même, de maîtriser ses envies, son égoïsme, son arrogance et son agressivité.

Offrir à ses semblables

Le but du jeûne n’est donc pas tant d’avoir faim et d’avoir soif, mais il est de s’améliorer, de devenir plus sensible à ceux qui souffrent, qui sont privés des choses essentielles telles que la nourriture et l’eau.

Certes, les uns et les autres, nous exprimons notre piété au cours du mois de Ramadan par une assiduité aux prières nocturnes (tarawîh et qiyam), ce qui est louable et demandé, mais ne faut-il pas aussi que la piété transparaisse dans nos rapports avec les autres ?

À chaque Ramadan, nous aimons bien répéter que son début est miséricorde, son milieu est pardon et sa fin est affranchissement du Feu ; mais comment comprenons-nous cette bonne nouvelle annoncée par notre bien-aimé Prophète [PSL] ?
Souvent, nous la reprenons pour notre compte. Nous nous réjouissons de la miséricorde de Dieu faite à nous, nous espérons le pardon de Dieu offert à nous et nous aspirons à nous affranchir du Feu par la grâce de Dieu.

Rares sont ceux et celles parmi nous qui se disent aussi : « Si Dieu, dans Son immense générosité, m’offre sa miséricorde, je dois à mon tour l’offrir à mes semblables et à toutes les créatures qui portent le souffle de la vie. » Nos paroles et nos actes témoignent-ils de la miséricorde de la compassion au cours de ce mois béni et au-delà de ce mois ?

Les gestes simples de la miséricorde et du pardon

Pour ce faire, nous n’avons pas besoin d’accomplir de grandes œuvres. Il suffit aux époux d’échanger des paroles douces et des remerciements pour ce que chacun d’eux fait pour le bien-être de la famille. Il suffit aux parents d’avoir des gestes tendres envers leurs enfants, même si leurs choix ne leur plaisent pas. Il suffit aux voisins de se sourire et de rendre le vivre-ensemble plus agréable dans leur immeuble ou leur quartier…

Il nous suffit tous, en cette nuit bénie, de prier pour la paix dans le monde et d’inclure dans nos prières tous ceux qui souffrent, quelles que soient leur origine, leur croyance ou non- croyance. C’est par ces gestes simples que nous mettons en œuvre le message de la miséricorde de l’islam.

Ramadan est aussi le mois du Pardon. Qui d’entre nous n’a pas espéré le pardon de Dieu en ce mois de jeûne ? Et Dieu sait que nous avons des tas de choses à nous faire pardonner : nos colères exagérées contre nos proches, nos manquements envers notre Seigneur, nos mensonges, notre injustice… Personne n’est exempt de ces faiblesses. Nous allons certainement répéter cette nuit : « Dieu, Tu es Clément, Tu aimes le Pardon. Pardonne-nous (nos péchés). »

Mais sommes-nous prêts à suivre l’exemple de notre Seigneur Généreux et à offrir notre pardon à ceux qui nous ont blessés ? Sommes-nous prêts à nous réconcilier avec nos frères et sœurs, nos conjoints, nos voisins ? Le pardon est en effet nécessaire pour repartir sur de nouvelles bases et pour reconstruire des relations saines : faisons de sorte à ce que le jeûne du Ramadan lave nos âmes des noirceurs de la haine et du ressentiment pour accueillir la clarté de l’Aïd et du pardon.

Certes, nous allons être nombreux à prier Dieu en cette nuit sainte, mais rappelons-nous que le prix est à notre portée. Afin que l’exercice du jeûne du Ramadan soit positif et que l’empreinte de ce mois soit profonde sur nos cœurs et nos esprits, il nous faut témoigner et exprimer en chacun de nos gestes, en chacune de nos paroles, en chacun de nos actes le message de paix intérieure qu’Il nous enseigne.



* Mehrézia Labidi-Maïza est coordinatrice de Femmes croyantes pour la paix.




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