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Culture & Médias

Quand les voix des monothéismes se rencontrent

Dialogue interreligieux

Rédigé par | Samedi 6 Décembre 2008

Ce samedi 6 décembre, à 19 h 30, à Nantes, une soirée consacrée au dialogue interreligieux est organisée par le Collectif Hamidullah et l’AIOF. Conviant notamment cheikh Larbi Kechat et Père Maurice Borrmans, elle est retransmise en direct sur le site de la Maison des savoirs.



« Il est des moments où des choses simples deviennent particulièrement utiles. Le dialogue entre les grands monothéismes est une chose plutôt simple. Car musulmans, chrétiens et juifs ont de nombreuses références en commun. Mais, aujourd’hui, en France, force est de reconnaître que ce dialogue est plus que jamais devenu utile », souligne Pariza Mat, secrétaire générale du Collectif Hamidullah, qui célèbre cette année le centenaire de la naissance du Pr. Muhammad Hamidullah, islamologue de renom qui a disparu en 2002.  

Utile, mais pas nouveau. La tradition musulmane du dialogue remonte en effet à la Révélation. Chacun connaît le verset coranique (sourate 49, v. 13) : «  O hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux […]. », citation que l’on mobilise à l’envi pour faire comprendre que l’humanité se doit de composer avec la différence de genre et la diversité ethnique et religieuse. Encore faut-il s’attacher à les respecter : respecter les autres croyances, leurs fidèles, et les lieux de culte, explicitement évoqués dans un autre verset : « Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le nom de Dieu est souvent invoqué. […] » (sourate 22, v. 40)

Cheikh Larbi Kechat
Cheikh Larbi Kechat

Un exemple d’engagement et de qualité du vivre-ensemble

Plus proche de nous, le Pr. Hamidullah était l’homme de dialogue en action. Il est le premier musulman à avoir traduit la totalité du Coran en langue française et c’est son ami Louis Massignon, qui préface la première édition. En plus des milliers d’articles scientifiques et des dizaines d’ouvrages dont il était l’auteur, Hamidullah était un homme de terrain. De conférence en conférence, dans les universités, les mosquées, des églises, des synagogues et des temples divers, il se rendait pour expliquer l’islam… jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus le porter.

Depuis les années 1950 jusqu’à son décès, il aura eu à cœur d’entretenir l’amitié entre musulmans, chrétiens et juifs. En 1948, il est le cofondateur du premier Centre culturel islamique de France (CCI), qui a compté parmi ses membres Haydar Bammate, Malek Bennabi, Eva de Vitray-Meyerovitch. Rendant accessible la culture musulmane dans sa diversité, au-delà de son dogme et de ses idéologies, les conférences du CCI, organisées jusque dans les années 1960, conviaient de grands orientalistes tels que Louis Massignon, Henry Corbin, Jacques Berque ou encore Henri Massé.

Dans les années 1970, dans la paroisse de Saint-Séverin, à Paris, Hamidullah participe aux réunions organisées entre musulmans et chrétiens, sous l’égide du Secrétariat pour les relations avec l’islam (SRI), présidé par le Père Michel Lelong. Le Père Lelong, un des parrains du centenaire Hamidullah, dit du Professeur : « J’ai été impressionné par sa foi, une grande modestie, une capacité d’écoute. Le dialogue interreligieux, c’est le dialogue à Dieu, il ne jugeait pas l’autre. Il écoutait, il n’en pensait pas moins ! Pour nous, croyants, c’était un bel exemple. J’ai rencontré à plusieurs reprises le pape Jean-Paul II. Ils se ressemblent, parce qu’ils sont tous deux attachés à leur foi, à leur théologie, à leur religion. Ce sont de vrais croyants qui ont montré le chemin vers l’humanité, vers la véracité, vers Dieu. »

En 1992, le Pr. Hamidullah, déjà octogénaire, signe l’ouvrage Abraham, avec Émile Moatti et le Père Pierre Rocalve. Ce livre, devenu rare en librairie, est une symphonie à trois voix monothéistes, dans la fraternité d’Abraham.

Père Maurice Borrmans
Père Maurice Borrmans

Les avancées du dialogue interreligieux

Mais au-delà du parcours et de la personnalité du Professeur, la table ronde s’attachera à mettre en dialogue nos érudits d’aujourd’hui. Père Maurice Borrmans a, pendant près de vingt ans, vécu en Afrique du Nord et au Bahrein. Professeur émérite à l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques (PISAI), à Rome, il participe à de très nombreuses rencontres islamo-chrétiennes en pays musulmans et chrétiens (Tunisie, Turquie, Jordanie, Liban, Espagne, Italie…). Auteur d’Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans (Éd. du Cerf, 1981) et de Jésus et les musulmans d’aujourd’hui (Desclée, 1996), il a préfacé une traduction de cheikh Abû Hamid al-Ghazâlî.

Père Borrmans sera entouré de Larbi Kechat, recteur de la mosquée Addawa, à Paris, et du rabbin Yoni Krief de Nantes. 

Des témoignages viendront compléter la table ronde : celui de Malika Dif, marraine du centenaire Hamidullah ; Bernard Pouclet, représentant du Père Gérard Epiard, délégué du Service diocésain des relations avec l’islam, et Saad Chattouh, président du CRCM-Pays de la Loire. La soirée est animée par Antony Torzec, rédacteur en chef de la radio chrétienne Fidélité.

Une large part est laissée au débat avec le public, qui terminera la soirée autour d’un thé de l’amitié pour mieux s’entreconnaître.

… et ses perspectives

Tout au long des préparatifs, le colloque a reçu de nombreux messages de soutien, notamment celui du Père Michel Lelong (qui sera présent à Paris, le 21 février, pour la journée de clôture du centenaire 2008), de Mgr Gaillot, du Père Reeber, du Père Jondot et du Père Delorme.

Le dialogue interreligieux, est-il utile ? Oui, parce qu’il donne le temps de la connaissance mutuelle, permet d’exercer sa liberté dans le respect de l’autre, d’argumenter, non pas en assenant sa propre vérité, mais en écoutant  la vérité de l’autre et en essayant de la saisir de l’intérieur.
Le dialogue interreligieux, est-il nécessaire ? Oui, parce qu’il est l’indispensable préalable à un engagement commun et actif pour plus de justice et de paix dans le monde d’ici bas. Au-delà des divergences doctrinales et au nom de valeurs éthiques que nous savons résolument communes.


Transmission en direct sur le site de la Maison des savoirs
Reportage sur la soirée diffusé ultérieurement sur radio Fidélité

Samedi 6 décembre, de 19 h 30 à 23 heures
Participation aux frais : 5 €
CCO – Tour de Bretagne – 44047 Nantes
Tramway : ligne 3, arrêt Bretagne à 30 mètres

www.collectifhamidullah.org
www.mosquee-de-nantes.com
année2008hamidullah





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