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Proche Orient : l'Europe est en panne

Entretien avec Pascal Boniface

Rédigé par Propos recueillis par Nadia Sweeny | Dimanche 7 Mai 2006

Dans le domaine des relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface n'est plus à présenter. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages, il répond aux questions de Saphirnews.com sur la situation au Proche Orient à la lumière des nouveaux évènnements marquants ces dernières semaines: la montée du Hamas, le nucléaire Iranien et la réaction européenne.



Pascal Boniface, directeur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).
Pascal Boniface, directeur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

SaphirNews.com: Comment L’Europe peut-elle concrètement agir afin de permettre un processus de paix?


Pascal Boniface: L’Europe est le premier partenaire commercial d’Israël et le premier bailleur de fonds du gouvernement Palestinien, elle peut donc parfaitement agir sur ces plans. Elle n’a pas de poids militaire, mais la question n’est pas là; elle a une capacité d’action sur le plan commerciale et diplomatique. Le problème réside dans le fait qu’elle ne veut pas s’en servir. Elle reste inhibée, peut être à cause des raisons historiques qui la rattachent à Israël, complétées d’un espèce de complexe lié à une forme de culpabilité vis-à-vis des évènements de 39-45 ; peut être aussi à cause de la nature des relations qu’elle cherche à entretenir ou à améliorer avec les Etats-Unis. De plus, l’Europe, en tant que telle, a du mal à mettre en place une action commune. On observe chez elle une forme de panne.

Pensez-vous qu’une force de coalition internationale d’interposition soit une solution envisageable, viable et efficace ? Qui serait prêt à participer selon vous ?


Pascal Boniface:Oui, c’est une solution envisageable. Est-elle efficace? oui, certainement. Le problème serait de savoir où mettre cette force, sur quelle ligne de séparation. La force de coalition est souvent demandée par le plus « faible » dans un conflit, ici les palestiniens, et catégoriquement refusée par le « fort », les Israéliens. Pour qu’une telle force soit efficace, il faudrait que l’approbation d’intervention soit acquise par les deux parties. On ne peut pas prendre de décision unilatérale. Je pense qu’une bonne partie de l’Europe serait prête à y participer, la France, la Belgique ; peut être pas l’Allemagne étant donné son complexe historique vis-à-vis d’Israël, mais les pays nordiques aussi seraient tout à fait près ; il y a une faisabilité politique.

Quel est le poids de l’Iran dans ce conflit et dans la nouvelle donne régionale ?


Pascal Boniface:L’Iran récupère à son profit la cause palestinienne en accordant au Hamas l’aide que les Occidentaux lui refusent. Ils sont passés récemment de 50 à 100 millions de dollars. L’argent n’est d’ailleurs pas un problème pour l’Iran. Cependant, elle cherche à élargir son influence au-delà du monde shiite, à améliorer son image et se faire passer pour celui qui agit en faveur de la cause palestinienne. Elle va ainsi pouvoir rallier la sympathie d’une grande partie des populations du monde arabo musulman. L’Iran opère en ce moment, une bonne politique de communication

Que se passerait-il si les Etats-Unis attaquaient l’Iran ?


Pascal Boniface:Ce serait une véritable catastrophe. Cette attaque, si elle avait lieu, permettrait à la fracture qui subsiste entre l’Orient et l’Occident de s’ouvrir et de se creuser très dangereusement. Ceci déstabiliserait totalement la région, notamment l’Irak. Tous les fléaux que nous connaissons du type terrorisme, guerre civile, etc. subiraient une prolifération édifiante.
Cependant, pour l’instant aucune décision n’a été prise. Le débat est en cours et aborde le sujet de manière à éviter la pire solution. Mais quelle est elle ? La guerre ou l’Iran nucléaire ? C’est la question à laquelle l’Etat Major américain cherche à répondre.


L’Europe et la France sont elles pro palestiniennes ?


Pascal Boniface:Ces allégations n’ont, à mon avis, pas de sens car l’Europe et la France sont aussi pro israéliennes. Elles défendent le droit au Palestinien d’obtenir un Etat, si ceci veut dire être pro palestinien alors oui, elles le sont. Ce type d’affirmation fait partie d’une stratégie de communication israélienne qui cherche à réduire le rôle de la France et de l’Europe. Ces dernières soutiennent le respect du droit des peuples à obtenir des frontières sûres et reconnues, sur la base des lois internationales. Mais il est bien connu que, lors d’un conflit, le « fort » veut rarement d’interventions extérieures. Les seuls qui y soient autorisés sont les Etats-Unis, car Israël sait parfaitement qu’ils sont toujours, ou presque, de son côté.

Qu’est-ce que la « cause palestinienne » aujourd’hui ? Y a-t-il de la même manière une « cause israélienne » ?


Pascal Boniface:Cette cause palestinienne est vécue de plus en plus comme une mobilisation contre l’hypocrisie, une double stratégie qui consiste à dire « faites ce que je dis mais pas ce que je fais ». Elle mérite un peu plus d’exigence. Elle n’est pas considérée comme une cause communautaire, mais comme une cause universelle du respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il y a aussi deux manières de soutenir l’Etat d’Israël. Celle qui consiste à défendre le fait que, pour son intérêt, Israël devrait retourner dans les frontières de 67, par exemple. Et la seconde qui se borne à soutenir sans jamais critiquer et sans remettre en cause les actions d’Israël. C’est aussi une forme de « cause israélienne ».

Selon certains confrères, les pressions sont telles qu’il est difficile d'exprimer des critiques contre Israël sans être taxé d’antisémite. Je pense notamment à Alain Gresh, Dominique Vidal et Alain Ménargues. Qu’en pensez-vous?


Pascal Boniface:Il est vrai qu’à un moment on utilisait l’antisémitisme comme moyen de pression. Cependant, aujourd’hui ça tourne court, car ce procédé commence à être éventé. Le souci de cette stratégie, c’est qu’elle crée l’autocensure. Beaucoup se sont dits « tu as vu ce qu’ils lui ont fait, je n’aborderai pas ce sujet, ou du moins pas dans le sens d’une critique frontale à Israël de peur de risquer la même chose que ce dernier. » Mais cette manœuvre tend à diminuer du fait qu’elle est aujourd’hui connue.




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