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Communiqués officiels

Pour une liberté d'expression responsable et respectueuse de chacun

Rédigé par Al Houda | Vendredi 17 Février 2006



Pour une liberté d'expression responsable et respectueuse de chacun

La publication des douze caricatures du Prophète de l'Islam le 30 septembre 2005 par le journal danois Jyllands-Posten est devenue une affaire mondiale. Des manipulations politiques de part et d'autre ont mis le feu aux poudres donnant l'occasion à l'extrême droite danoise de donner du grain à moudre à son moulin xénophobe. Les régimes autocratiques du monde musulman, quant à eux, ont pu s'octroyer à moindre frais une légitimité islamique auprès de leur peuple spolié de tous leurs droits.
Face à la flambée des manifestations dans le monde musulman- nourrie par le caractère raciste et infâmant de certaines caricatures et non pas, comme on a pu l'entendre, provoquée par la représentation du prophète Muhammad interdite en Islam puisque les préceptes musulmans ne s'appliquent qu'aux Musulmans- les esprits s'emballent. Certains comportements violents vont même jusqu'à causer la mort d'Hommes. D'aucuns y voient trop rapidement la confirmation des thèses de Samuel Huntington prônant l'inéluctabilité du choc des civilisations entre l'Occident et le monde musulman. D'autres crient à l'incompatibilité de l'Islam avec les valeurs démocratiques. D'autres encore convient les Musulmans à faire leur aggiornamento insinuant que le fond du problème se trouve dans leur rapport à leurs Textes sacrés : donc exclusivement « chez eux ».
Toutes ces analyses sont autant dangereuses qu'erronées. Elles ne replacent pas le problème dans ses dimensions socio-politique et citoyenne mais les « culturalisent ». Elles se fondent sur une vision monolithique du monde avec un Occident et un monde musulman considérés comme deux blocs homogènes et distincts opposés l'un à l'autre. Il y aurait « eux » et « nous » comme si une ligne de démarcation étanche existait entre ces deux univers.

Rien n'est moins vrai !

Le monde n'est pas monolithique mais pluriel. L'Occident abrite désormais en son sein des millions de Musulmans dans toute leur diversité qui interagissent avec leur environnement et contribuent à l'édification de leur société. Le grand défi de notre temps est de nous reconnaître dans nos principes universels tout en apprenant à nous respecter mutuellement. C'est par le vivre ensemble, la connaissance et le respect mutuels que cela est possible et non pas par le mauvais goût ou l'insulte. La publication des caricatures stupidement relayée par deux journaux français, France-Soir et Charlie Hebdo, va à contre courant de ce défi. Elle entérine plutôt la bassesse de cette presse qui n'hésite pas à flirter avec le racisme en représentant le prophète de l'Islam portant une bombe allumée dans son turban. Elle laisse ainsi entendre en subliminal que tout Musulman est un terroriste potentiel et se fait l'écho des propos ouvertement islamophobes et malheureusement de plus en plus à la mode d'un Houellebecq. En définitive, elle recycle l'antisémitisme qui avait pignon sur rue dans la France des années 30, mais contre les Musulmans.
Le concours lancé par un journal iranien- et non pas l'ensemble du peuple iranien- pour se railler du génocide juif par la caricature est tout aussi condamnable puisqu'il procède de la même logique. Il vise ouvertement à blesser là où le respect s'impose en vertu de ce que les personnes sont et non pas pour ce qu'elles font.

La liberté d'expression est un principe inaliénable qui doit être employé avec le sens de la responsabilité et du respect. Il n'est pas courageux de se railler d'une religion dont les adeptes sont fortement stigmatisés en ces temps de guerre contre le terrorisme. Cela est encore plus vrai en France où les citoyens de confession musulmane constituent l'une des franges de la société française la plus fragilisée sur le plan socio-économique à force de politique de ghettoïsation, de plan de lutte contre les discriminations inefficaces et de panne de l'ascenseur social depuis plus de trente ans.
Il aurait été beaucoup plus courageux et d'actualité d'illustrer les dangers de la mainmise des grands groupes industriels sur la liberté d'expression de la presse.

Certes, il est beau et noble de s'ériger en défenseur de la liberté d'expression mais de grâce, pas à géométrie variable. Où sont-ils ces hérauts de ce noble principe lorsque des intellectuels sont interdits de salle arbitrairement, ou remerciés de leur service uniquement parce que leur discours dérange ? Où étaient-ils lorsque le professeur émérite en philosophie comparée et en islamologie Tariq Ramadan s'est vu interdit de parole à la Maison de la Recherche de Clermont Ferrand en décembre dernier d'une manière totalement arbitraire et antidémocratique ?
Force est de constater que le deux poids deux mesures est de rigueur encore cette fois. Et ce n'est pas avec lui que les tranchées qui se creusent à force de vouloir étouffer les voix de ceux qui appellent au dialogue et à la construction de ponts entre les citoyens s'atténueront.


Rennes, le 16 février 2006
Al Houda (Association des Femmes Musulmanes de Rennes)






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