Connectez-vous S'inscrire






Archives

Pèlerinage : 'C'est à la communauté de se prendre en charge'

Entretien avec Zakaria Nana, président et fondateur de SOS Pèlerin

Rédigé par Assmaâ Rakho Mom | Vendredi 1 Juin 2007

L’assemblée générale ordinaire de l’association SOS Pèlerin s’est tenue mardi 29 mai 2007 au soir à Neuilly sur Seine. Cette réunion a été l’occasion, pour l’association comme pour Saphirnews, de faire un point sur les activités de SOS Pèlerin. Zakaria Nana, président-fondateur de l’association consacrée à tous les pèlerinages a accepté de répondre à nos questions.



Zakaria Nana
Zakaria Nana

Saphirnews : Comment se déroulent les réunions « Information et médiation » de SOS Pèlerin et dans quel but sont-elles organisées ?

Zakaria Nana : L’objectif de ces réunions qui ont eu lieu sur l’ensemble du territoire national vient du fait qu’on s’est aperçu que l’une des grosse problématique que nous avons sur ce marché du hajj, c’est que les pèlerins n’osent pas parler. Donc tout le travail de dénonciation que nous avons fait de manière publique, de ces arnaques et escroqueries, nous ont amenés d’abord à recevoir un certain nombre de courriers de réclamations et de plaintes. Proportionnellement au nombre de pèlerins qui sont partis, on a du recevoir à peu près un millier de plaintes cette année, sur les 35 000 pèlerins qui sont partis. Donc on est allés à la rencontre des pèlerins et de leurs familles pour pouvoir faire une « psychologie de groupe », comprendre comment est-ce qu’ils ont vécu les difficultés et les accompagner dans les traitements des litiges. On s’est aperçus d’une chose, c’est qu’entre Paris et la province, il y a un gros décalage. En région parisienne, les pèlerins prennent la parole sans aucune difficulté, alors qu’en province il y a une véritable mafia sur ce marché du pèlerinage, avec une orchestration entre différents réseaux qui fait que les gens sont complètement étouffés. Il y a une chape de plomb sur la population qui fait qu’elle ne peut pas s’exprimer de manière totalement libre. On a vu ça notamment en région Rhône-Alpes, en région Nord-Pas-de-Calais et j’ai l’impression que c’est un peu systématique sur toute la province.

Pouvez-vous revenir sur l’affaire Ayatour et en expliquer les tenants et aboutissants ?

Z. N. : En deux mots, il s’est passé que sur 70 opérateurs de voyage qui ont emmené les 35 000 pèlerins de cette année, deux tiers ont fait comme d’habitude. C’est-à-dire qu’ils ont maltraité ou arnaqué d’une certaine manière leur clientèle. Ce qui nous a sensibilisé sur ce dossier Ayatour, c’est que nous avons reçu, parmi le millier de plaintes dont je parlais plus haut, une réclamation collective de la part d’une mosquée. A SOS Pèlerin, cela nous a surpris de nous voir contactés par un groupe, par une mosquée, celle d’Orly. 145 pèlerins étaient partis avec cette agence de voyage. Naturellement, cela s’était très mal passé.
Donc au vu de ce dossier et d’un certain nombre d’autres dossiers aussi éloquents sur l’incompétence de ce voyagiste, on a décidé de faire une première, c’est-à-dire d’orchestrer une procédure collective en justice sur un cas concret.
Il faut savoir qu’une association quelle qu’elle soit, ne peut pas se porter partie civile sur un dossier de cette nature, sauf si elle a le statut d’association de consommateurs. Ce qui n’est pas le cas de SOS Pèlerin, mais un de nos objectifs. Dans un an nous aurons trois ans d’existence, et on pourra obtenir ce statut d’association de consommateurs qui nous permettra d’être partie civile dans les dossiers.
Au travers des rencontres « information et médiation », nous sommes allés à la rencontre de ces pèlerins et avons essayé de les mobiliser, en particulier les pèlerins victimes de cette agence de voyage Ayatour. A la suite de cette mobilisation on a nous mêmes exprimé notre mécontentement en faisant des réclamations auprès de l’administration (ministère de l’Intérieur, préfecture d’Ile-de-France et DGCCRF) en exposant tous les méfaits et toute l’incompétence de cette agence de voyage. Globalement, elle a été créée cinq mois avant le hajj et a emmené à peu près un millier de pèlerins, ce qui est complètement inconsidéré quand on connaît les complexités de ce grand voyage. Finalement, elle a généré beaucoup de chiffre d’affaires et beaucoup de profits, pour le profit bien entendu des gérants de cette agence, mais pas du tout pour celui des clients.

Pensez-vous qu’avec cette affaire un tabou est tombé ?

Z. N. : Totalement ! On a fait tomber deux tabous coup sur coup, parce que la première des choses, par la surmédiatisation que nous avons subi au cours des mois de décembre et janvier, nous avons permis aux langues de se délier, les pèlerins n’ayant pas l’habitude de s’exprimer de cette manière là. La deuxième chose, c’est qu’effectivement on fait un cas d’école aujourd’hui avec ce dossier. A titre personnel j’encourage les pèlerins à aller un peu plus loin vers une procédure en justice pénale. Le problème qu’on trouve malheureusement dans ces dossiers, c’est que les pèlerins sont très vite essoufflés, d’abord parce que cela coûte de l’argent de mener les poursuites. Deuxièmement il faut avoir une certaine technicité et une certaine patience, et donc beaucoup de pèlerins ne vont pas jusqu’au bout de leur procédure, et c’est dommage. Car les opérateurs de voyage, en tout cas les escrocs de ce marché, profitent de cette situation. Ils savent très bien qu’au bout de deux ou trois mois, ils peuvent revenir à la case départ et faire en sorte de préparer leur coup pour l’année suivante.

Justement comment voyez-vous l’avenir concernant cette problématique ?

Z. N. : Grâce à Dieu les choses sont en train de s’améliorer au fil de l’eau. Le gros souci que nous avons c’est qu’on est dans des saisonnalités, donc il faut savoir les orchestrer à peu près correctement. Ces deux dernières années on avait réussi à animer un environnement plutôt favorable à l’amélioration des conditions de pèlerinage. Par la grâce de Dieu il y a eu moins de dégâts cette année par rapport à l’année précédente, parce que les Saoudiens ont fait un gros effort, parce que en France on a fait un tapage important de dénonciation et de mise en garde, mais qui n’a pas été suffisante parce que on s’aperçoit que finalement beaucoup des 35 000 pèlerins qui sont rentrés sont très insatisfaits de la manière dont ils ont été traités. Et surtout que parmi les 35 000 il y en a quand même 10 000 qui sont partis avec de faux visas. Donc il y a un vrai problème en France sur ce sujet-là. On l’a dénoncé. Maintenant c’est à ceux qui sont responsables d’agir. Je crois que c’est à la communauté de se prendre en charge. Pour ce faire, nous sommes moteurs en terme de diffusion d’information, mais à un moment donné il y a d’autres relais qui doivent être mis en place, et je pense en particulier au relais d’associations cultuelles qui malheureusement ne préparent pas suffisamment leurs pèlerins à ce voyage important et unique de la vie.

S'agissant des autres pèlerinages, quelles sont les principales difficultés auxquelles sont confrontés les pèlerins ?

Z. N. : Elles sont beaucoup moins importantes que celles rencontrées par les pèlerins musulmans vers La Mecque. On a un aperçu global de quelques pèlerinages clés. Il y a naturellement les grands pèlerinages français comme ceux de Lourdes, Chartres, du Mont Saint Michel. Sur ceux-là, on se retrouve sur des préoccupations différentes car il n’y a pas de voyage vers l’étranger, sauf pour les pèlerins de Lourdes sur lesquels nous avions été alertés l’été dernier sur les difficultés qu’ils ont avec le transporteur ferroviaire SNCF, qui les pénalise d’une certaine manière. On a aussi commencé à beaucoup analyser le pèlerinage sur Jérusalem, en tout cas à répertorier les bons opérateurs de voyage, à l’image de ce que l’on a fait pour La Mecque. La première des choses c’est qu’on s’aperçoit que les volumes sont très différents. Le nombre de pèlerins vers Jérusalem est d’environ 10 000 pèlerins chaque année, alors que vers La Mecque, c’est un peu plus de 50 000 pèlerins qui chaque année s’y rendent. Les voyagistes qui font les autres pèlerinages sont globalement beaucoup mieux structurés. Il y a des relations entre les voyagistes et le monde cultuel qui est un peu plus structuré que dans le monde du pèlerinage de La Mecque. On a rencontré des agents de voyage qui font de véritables contrats de prestations ou des fiches de paie pour qu’un prêtre ou un curé accompagne les fidèles de sa paroisse sur un pèlerinage en particulier. Ce sont des choses qui ne sont pas suffisamment transparentes dans la communauté musulmane. On voit de nombreux imams ou présidents d’instituts cultuels qui partent accompagner leurs fidèles. Ils sont très souvent pris en charge, indemnisés ou payés par l’opérateur de voyage à l’insu des fidèles. Et c’est ce que nous dénonçons, car à partir du moment où il y a cette connivence entre le voyagiste et quelques représentants du lieu de culte, derrière, le message n’est pas suffisamment clair en terme de responsabilités.

Rapport moral, rapport financier, résolutions, élection du conseil d’administration, etc., à l’ordre du jour ce mardi 29 mai 2007, un programme chargé pour l’assemblée général ordinaire de l’association SOS Pèlerin. Rappelons que SOS Pèlerin est « une association laïque qui rassemble des personnes de toute origine, race et nationalité, dont l’objet est d’améliorer les conditions des pèlerinages et défendre les droits des pèlerins de toute croyance ».

« En 2006, l’objectif principal de SOS Pèlerin a été atteint - à savoir dénoncer ces escroqueries et alerter l’opinion publique ainsi que les pouvoirs publics tant en France qu’en en Arabie Saoudite » précise le rapport d’assemblée générale.

Désormais tournée vers l’avenir, l’association « a décidé de mettre en place une structure permanente en région parisienne afin de mettre en oeuvre son programme d’actions, ambitieux mais nécessaire ».

Lettre_de_SOS_Pelerin_a_la_Prefecture_d_Ile_de_France.pdf Lettre de SOS Pèlerin à la Préfecture d'Ile-de-France.pdf  (542.43 Ko)






Dans la même rubrique :
< >

Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu