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Société

Pays-Bas : un Hollando-marocain maire de Rotterdam, le débat sur la double nationalité relancé

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 16 Janvier 2009

Les questions de l’intégration, l’immigration et l’islam font l’objet de vifs débats aux Pays-Bas depuis quelques années. Ceux-ci n’ont pas empêché l’Hollando-marocain Ahmed Aboutaleb de prendre, la semaine dernière, la tête de Rotterdam, deuxième grande ville des Pays-Bas et premier port européen (le troisième au niveau mondial). Cependant, sa nomination fait grincer des dents au sein de son parti comme dans l’opposition en raison de sa double nationalité.



Ahmed Aboutaleb
Ahmed Aboutaleb
Symbole de la réussite pour les uns, modèle d’intégration pour les autres, Ahmed Aboutaleb, 47 ans, devient le premier maire marocain et musulman aux Pays-Bas. Certains journaux néerlandais n’ont pas hésité à le comparer à Barack Obama, aussi âgé que lui, et qui devrait prendre le pouvoir suprême le 20 janvier prochain. Parcours sans faute pour ce Marocain, fils d’imam arrivé aux Pays-Bas à l’âge de 15 ans. Tour à tour journaliste, porte-parole ministériel puis conseiller municipal des villes de La Haye et d’Amsterdam, il devient en 2007 secrétaire d’Etat aux Affaires sociales sous le gouvernement de Jan Peter Balkenende. Il fut le premier, avec la secrétaire d’Etat à la Justice d’origine turque, a accéder à un tel poste.

Membre du Parti travailliste (PVDA), il démissionne pourtant en 2008 pour prendre les rênes de Rotterdam grâce au soutien des élus communaux qui l’ont choisi pour diriger la ville.

Confiance et méfiance se mêlent aux Pays-Bas

Rotterdam, ville de 558 000 habitants (plus d’un million dans l’agglomération), concentre la plus grosse communauté d’étrangers sur son sol. Selon les statistiques de la ville, la population d’immigrés, majoritairement composés de Marocains, représentera 20% de la population d’ici 2020.

Apprécié par la majorité de ceux qu’on appelle aux Pays-Bas les « allochtones » (terme qui désigne les personnes d’origine étrangère), M. Aboutaleb l’est tout aussi par un grand nombre de Néerlandais "de souche" qui voit en lui un musulman "modéré". Connu entre autres pour ses nombreux appels au calme intercommunautaires lors de l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh en novembre 2004 lorsqu’il était conseiller municipal d’Amsterdam, il fait pourtant l’objet de menaces. M. Aboutaleb avait appelé la communauté marocaine à signaler aux autorités tout individu « risquant de franchir la ligne jaune ». Depuis, il fait l’objet d’une protection rapprochée, de jour comme de nuit. Malgré tout, il prône l’interdiction du voile intégral et souhaite même interdire la nationalité néerlandaise à celles qui la portent.

Paradoxalement, Rotterdam est aussi le berceau de la droite nationaliste. C’est là qu’avait été lancé le mouvement extrémiste « Leefbaar Nederland » (LN) de Pim Fortuyn, assassiné par un écologiste radical en 2002.

Oeuvre « Entropa » représentant symboliquement les préjugés associés aux Pays-Bas
Oeuvre « Entropa » représentant symboliquement les préjugés associés aux Pays-Bas

Le succès des nationalistes inquiète les musulmans

Rotterdam est représentatif d’un pays qui compte une importante communauté musulmane. Avec près d’un million de personnes sur les 16 millions vivant aux Pays-Bas, les musulmans représentent 5,7% de la population totale. Malgré les prises de positions consensuelles de M. Aboutaleb et d’autres responsables religieux et politiques, la méfiance envers les immigrés et les musulmans est toujours très forte au sein de la société néerlandaise. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Les Pays-Bas ont longtemps été présentés aux yeux du monde comme un pays tolérant doté d’un modèle d’intégration réussie.

Les réactions publiques hostiles envers l’Islam ne sont que récentes. Les attentats de ces dernières années en Europe, l’assassinat de M. Van Gogh ou encore les prises de positions virulentes d’Ayaan Hirsi Ali envers l’Islam ont ravivé les sentiments de peur et d’islamophobie chez les Hollandais "de souche". Traditionnellement atlantistes, le discours sur le choc des civilisations prôné entre autres par George Bush a rencontré un certain écho auprès de l’opinion publique néerlandaise.

La communauté musulmane se fait plus visible ces dernières années, ce qui contribue à alimenter les discours xénophobes. Selon une récente enquête de TNS NIPO (l’équivalent de l’Institut Français de l’Opinion Publique), 25% des Néerlandais auraient une image négative des musulmans. Ils seraient en Europe parmi ceux qui ont actuellement une image la plus négative des musulmans. Autant dire que l’accession de M. Aboutaleb au poste de maire ne plaît pas à tout le monde à commencer par Geert Wilders, leader de l’extrême droite néerlandaise (PVV) et auteur de la vidéo Fitna. L’ultra-conservateur, qui dénonce le « danger » de l’islam et « l’islamisation » de la société néerlandaise, voit sa cote grimper dans les sondages depuis des mois. En guise de protestation, celui-ci a souhaité voir M. Aboutaleb être nommé à la tête de Rabat, au Maroc.

La double nationalité de M. Aboutaleb fait mouche

A l’heure où le débat sur la double nationalité est relancé, le statut du maire de Rotterdam pose problème pour l’opposition et même au sein du Parti travailliste dont est membre M. Aboutaleb. Selon ses dirigeants dont Liliane Ploumen, présidente de son parti, mettre un terme à la double nationalité est essentiel pour « réduire l'influence des pays des immigrants sur eux ». Pour prouver sa « loyauté » envers l’Etat et son parti, sera t-il amené, comme les 200 000 hollando-marocains du pays, à se défaire de sa nationalité marocaine ? La question reste entière. Une chose est sûre : le royaume chérifien ne veut pas entendre parler d’une telle réforme qui pourrait être votée en mars prochain.

Pour ses supporters, sa nomination aidera à dissiper les préjugés faits à l’encontre de la communauté musulmane et marocaine dans le pays et à apaiser les discours. Cependant, M. Aboutaleb ne sera pas seul à diriger la ville. Il est amené à composer avec le LN (droite nationaliste), principale force d’opposition au conseil municipal.





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