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Palestine :'nous devons être unis'

Rencontre avec des députés du Hamas

Rédigé par Propos receuillis par Nadia Sweeny | Mardi 10 Octobre 2006

L’élection du Hamas en Palestine a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. Nous avons voulu rencontrer des leaders de ce parti afin de clarifier quelques points. C’est à Naplouse, au nord de la Cisjordanie, durant le mois d’août 2006, que nous nous sommes entretenus avec le Cheikh Daoud, député du Hamas à Naplouse accompagné de Mona Mansour, parlementaire Hamas pour la ville de Naplouse également.



Cheikh Daoud
Cheikh Daoud

SaphirNews.com : Pouvez-vous concrètement nous présenter votre mouvement ?


Cheikh Daoud : Le Hamas est un mouvement islamique, dans lequel l’islam constitue la base du programme de vie et de travail. Nous essayons, dans la mesure du possible, de limiter la souffrance des gens. Les dernières élections nous ont permis d’avoir la voix légale d’action dans la société palestinienne et ainsi pouvoir prendre des responsabilités au sein de cette société. C’est la première fois que le Hamas décide de faire partie du gouvernement, mais nous ne voulions prendre la place de quiconque. Nous avons tenté de mettre en place une coalition, mais d’une part la communauté internationale a totalement refusé, mais le Fatah aussi, alors que nous avons été élus démocratiquement. C’est le symbole que le Hamas peut faire bouger les choses, même dans les autres pays arabes, de façon démocratique et islamique.

Mona Mansour : Lors de ces élections de janvier, nous ne voulions pas être un seul parti au sein du gouvernement, nous voulions partager et unifier tout le monde.

Cheikh Daoud : Malgré la satisfaction générale du déroulement démocratique des élections, trois stratégies antidémocratiques ont été mises en place afin de mettre en échec le gouvernement Hamas. D’une part, le boycott financier. Plus d’un demi milliard de dollars n’ont pas été transférés à l’Autorité palestinienne, bloqués par le gouvernement israélien. Notons que cet argent revient de droit aux Palestiniens. Ils ont littéralement stoppé les fonds, ce qui veut clairement dire que cet argent avait un but politique. Si on ne correspond pas, point par point, à ce qu’ils attendent, ils coupent les vivres. Deuxième point, de nombreux membres du parlement ont été arrêtés, dont le Président. C’est absolument scandaleux. Certains pays du monde demandent leur libération, mais ils veulent créer de l’ « espace ». Leur volonté est clairement de casser la dynamique gouvernementale, mise en place démocratiquement. Enfin, le troisième point et le plus atroce d’entre tous, c’est que les Israéliens se servent du prétexte de notre élection pour commettre des crimes. Ils attaquent, détruisent, tuent de plus en plus, jour après jour ils agissent contre les Palestiniens et leur liberté. Ce n’est pas parce que quelques soldats ont été enlevés qu’ils agissent ainsi. Ceci correspond à un plan qui vise à détruire la résistance du Liban et de la Palestine.

Pourquoi ces coalitions n’ont-t-elles pas fonctionnées ?


Cheikh Daoud : Le Fatah a refusé, dès notre arrivée, d’opérer une coalition au sein du gouvernement. Il voulait se donner un temps de réflexion pour être plus fort, ils nous ont clairement dit que maintenant que nous gouvernions, c’était notre problème, plus le leur.

Mona Mansour : Quoi qu’il en soit, les responsabilités sont partagées car tout le monde est concerné. Pour faire quelque chose de positif pour la Palestine, nous devons être unis. Le monde doit pouvoir vivre dans l’égalité. Pour ce qui concerne la collaboration internationale, il ne devrait normalement pas être possible de dealer avec les meurtriers comme avec les victimes. Ils ne cherchent rien d’autre qu’à nous donner de l’argent mais ils aident à nous tuer derrière. La communauté internationale ne peut plus faire comme si nous avions deux armées qui s’affrontent.

Cheikh Daoud : L’Algérie a demandé à la France de reconnaître ce qui s’est passé, l’Allemagne paye encore aujourd’hui la dette à l’Etat d’Israël. Nous aussi nous avons le droit de demander des comptes et de nous défendre. La communauté internationale est responsable de la manière dont a été mis en place cet Etat israélien qui aujourd’hui, oppresse et fait souffrir les Palestiniens.

Mona Mansour
Mona Mansour

Le Hamas est considéré comme une organisation terroriste; qu’en pensez-vous ?


Mona Mansour : Demandez donc aux Français ce qu’ils ont fait pendant l’occupation allemande ? Ont-ils appelé terroristes leurs combattants ? Nous sommes réalistes, nous avons demandé explicitement à Israël un cessez le feu, avec un retour aux frontières de 67 et la création d’un véritable Etat palestinien dans ces frontières. Israël a tout bonnement refusé.

Palestine :'nous devons être unis'

Quels sont concrètement, les points importants du programme Hamas pour la Palestine, quelle est votre application de la Chari’a ?


Cheikh Daoud et Mona Mansour : Le monde arabe et l’Occident sont, selon nous, loin de la véritable définition de l’islam. L’éducation est en baisse. Or nous voulons que nos jeunes apprennent le vrai islam. Car dans le monde arabe particulièrement, les pratiques sont mauvaises. L’islam ne doit pas payer pour la mauvaise pratique des musulmans. Nous sommes un mouvement islamique certes, mais nous sommes un mouvement réel. Nous recherchons la mise en place de valeurs sûres, telles que la famille ou une société soudée.

En ce qui concerne les questions qui reviennent souvent notamment, sur les conditions des femmes, notre relation entre hommes et femmes dans notre parti est complémentaire. Les femmes constituent et apportent 50% de toute société. Le monde vient d’un homme et d’une femme. La femme est beaucoup mentionnée dans le Coran, à l’image de Myriam (Marie) par exemple qui est une femme extrêmement respectée en islam. Notre prophète Mohammad avait demandé explicitement d’être bon avec les femmes. Elles ont, comme les hommes, le droit de travailler et surtout de manifester pour leurs droits. Nous encourageons vivement les femmes à prendre part au monde politique, économique, social et financier. N’oublions pas que les femmes souffrent ici autant que les hommes, elles vont en prison aussi. Les femmes ont une bonne position car elles ont le droit de choisir de travailler chez elles ou dehors. Nous prenons soin des femmes qu’elles soient jeunes ou âgées. Il est impensable de placer nos mères dans des institutions de retraies ou des choses comme ça.

Concernant l’islam, nos sources sont le Coran et la Sunna du Prophète. N’oublions pas que l’islam est une chose et que le musulman en est une autre. Les jeunes ont perdu la bonne pratique de l’islam, et la plupart des pays musulmans aussi. Par exemple, nombreux d’entre eux agréent les châtiments corporels. Pour nous, il est absolument interdit de pratiquer les châtiments corporels. Nous ne cherchons à convaincre personne avec nos discours, nous voulons avoir la chance de pouvoir prouver nos dires par des actes. Cependant, nous sentons et nous voyons bien qu’il y a une réticence pour l’établissement d’un pays musulman dans le monde. Ils se battent contre cette perspective, pas seulement ici pour la Palestine, mais aussi en Tchétchénie, en Algérie … Tout notre programme est important, nous ne voulons rien mettre de côté. Nous sommes prêts à partir si c’est bon pour le peuple et s’il nous le demande explicitement. Toutes les personnes qui seront dans le droit chemin en faveur du peuple palestinien, nous les supporterons. La résistance est importante. Non pas la résistance armée, mais la résistance par l’éducation, dans le sens social et économique du terme. Nous voulons créer et développer des ponts entre les peuples, des contacts et des ouvertures. Nous voulons travailler avec le monde arabe, non pas les gouvernements, mais les peuples.

Si vous aviez trois choses à dire à l’Europe, quelles seraient-elles ?


Nous commencerions par leur demander d’arrêter de voir les choses d’une façon binaire, comme si Israël était toujours le bon et la Palestine toujours le mauvais, mais aussi d’arrêter d’éloigner les jeunes de l’islam et d’attaquer sans cesse cette religion. Enfin, nous leur dirions « souvenez vous de l’occupation Allemande en France et en Europe et de ce que vous avez fait pour résister. »

Pour nous Palestiniens, les droits humains, les droits des enfants, la démocratie… ces mots ne veulent rien dire. Nous continuons de souffrir. Les gens du monde sont responsables, car ils ne nous aident pas. Les Etats-Unies, l’ONU, et même les pays arabes ont démissionnés. Notre message est que malgré tout ceci, nous sommes forts et resterons sur nos terres car nous espérons et nous rêvons de vivre en paix et libres sur nos terres.






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