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« On me colle dans la case communautariste »

Entretien avec Najat Azmy, PS, Roubaix

Rédigé par Propos recueillis par Amara BAMBA | Lundi 12 Novembre 2007

Najat Azmy est conseillère municipale à Roubaix. En juin 2007, elle a défendu les couleurs socialistes aux élections législatives dans la 10ème circonscription du Nord avec un score de plus de 40 % au second tour. Et pour les municipales à venir, elle est en lice à Tourcoing. Entretien avec une socialiste convaincue, en lutte pour un PS renouvelé.



Najat Azmy
Najat Azmy
SaphirNews: Pour les législatives, vous étiez pressentie à Roubaix mais c'est à Tourcoing que vous vous êtes présentée. Que s'est-il passé ?

Najat Azmy: En effet, je me suis présentée à Tourcoing et ce ne fut pas facile. Pour résumer je dirais qu'on n'a pas voulu de ma candidature à Roubaix. On a essayé de me dissuader de me présenter. Le maire m'a dit par exemple que j'étais trop jeune; d'autres m'ont dit que je n'étais pas légitime dans la circonscription. Ce qui est faux puisque ce sont des camarades qui sont venus me chercher et que nous avions déjà constitué notre équipe de campagne ; j'avais toutes mes chances à Roubaix...

Du coup vous vous êtes rabattue sur Tourcoing...

Non, ce fut plus compliqué que cela. Malgré les pressions je me suis quand même présentée à Roubaix et les camarades de Roubaix m'ont investie. J'ai donc gagné au niveau de ma section. Mais il n'y a pas que Roubaix, il y a toutes les autres sections autour. Et là je n'ai pas pu mener campagne normalement.

Concrètement, cela signifie quoi?

Cela signifie par exemple que les secrétaires de section ont refusé de m'accueillir. Quand je souhaitais intervenir dans leur section pour rencontrer les camarades, ils refusaient simplement d'organiser une réunion. Ils disaient que je n'étais pas légitime ou ils trouvaient d'autres arguments tout aussi faux. En clair, je suis allée à ces élections internes sans avoir fait une campagne normale. En dehors de Roubaix, j'étais « interdite de sections ».

Mais alors, comment avez-vous pu vous présenter à Tourcoing en tant que candidate du PS ?

Cela s'est décidé au niveau national. Comme vous le savez, le vote des militants est à titre consultatif. La décision finale est prise au niveau national. Vu ce qui s'était passé au niveau local j'ai fait un recours. Mais il a été décidé que le résultat du vote des militants soit maintenu et la direction m'a proposé de me présenter à Tourcoing, juste à côté de Roubaix, là où je suis pourtant moins connue. C'est ainsi que je me suis présentée dans la 10ème circonscription avec une campagne vraiment difficile.

Le parti vous a quand même soutenue ?

Il y a un retournement de situation. Le Parti au niveau national m’a toujours soutenue. J’ai constitué une équipe de citoyens convaincus et quelques militants qui n’étaient pas d’accord sur la manière de fonctionner au local. Au niveau local, non seulement le parti ne m'a pas aidée comme il faut, mais je peux même dire qu'il m'a mis les bâtons dans les roues. Par exemple, je n'avais pas de bureau de campagne, mon bureau de campagne c'était ma voiture et mon téléphone portable. Et au final j'ai obtenu 41, 44 % avec un score de 49 % à Tourcoing. Je pense qu'avec un peu plus de moyens, j'aurais largement pu faire mieux.

Comment expliquez-vous que le PS ne soit pas derrière des gens comme vous ?

Je peux dire qu'ils sont derrière moi, mais avec le couteau à la main. Je pense qu'ils ne veulent pas de personnes comme moi qui sont, par exemple, opposées au cumul des mandats. Ils ne veulent pas de personnes comme moi qui pensent que l'Assemblée nationale doit être représentative de toutes les couches de la population française, de toutes les professions, de toutes les couleurs, si je puis m'exprimer ainsi...

On peut faire de la politique hors du PS. Y avez-vous songé ?

Rendre mon tablier et quitter le parti ? Ce serait une victoire pour ces gens-là. C'est vrai que c'est difficile et j'avoue qu'ils m'en ont fait voir. Mais non, on ne peut les laisser gagner parce qu'il y a d'autres personnes dans le parti qui sont des gens positifs. Il y a beaucoup d'autres personnes qui me font confiance, qui croient en moi et qui m'encouragent, et je ne peux pas les abandonner; ce serait une trahison.

C'est pourquoi vous êtes en lice pour les municipales?

Oui, tout à fait.

Selon La voix du nord, vous avez proposé à Messieurs Delannoy et Balduyck de « construire quelque chose » avec eux. Que voulez-vous dire exactement?

Ecoutez, dans mon cas il y a plusieurs possibilités. Je peux envisager une liste autonome, je peux aller m'investir ailleurs car j'ai des opportunités. Mais je suis élue ici depuis 2001 et le travail que je fais dans le cadre de mes fonctions me tient à coeur. Je collabore avec trois inspecteurs de l'éducation nationale dans le cadre des « classes citoyennes ». C'est un travail que j'estime important et qui concerne six cents élèves, six cent futurs citoyens. Et le bilan est positif. Les inspecteurs, les professeurs des écoles sont tous très satisfaits... En plus mon résultat aux législatives montre que je ne suis pas une inconnue pour la population. Donc ma proposition à MM Delannoy et Balduyck est de faire une liste PS (ndr, pour les municipales à Tourcoing) sur laquelle je serai numéro deux; c'est à dire première adjointe.

Le 19 juillet 2006, François Hollande, premier secrétaire de votre parti, évoquait la question de la diversité au niveau des candidats du PS. Il disait qu'il fallait poursuivre les efforts...

Oui, c'est le discours officiel. Mais il faut analyser comment il est traduit sur le terrain. Car pour certains socialistes, les choses du PS sont bien classées depuis plus de vingt-cinq ans; ils ont mis des cases en place et ils nous ont rangés dans des cases. Les gens qu'on dit « de la diversité », on en veut. On choisit des gens qui ont les prénoms qu'il faut, bien méditerranéens, et on s'en sert pour dénigrer certaines catégories de citoyens, des gens de la banlieue par exemple. Mais on ne veut pas des gens comme moi, une femme, une citoyenne qui assume son histoire et qui veut faire bouger les choses. Et je pense que ce n'est pas seulement une question d'être femme ou de s'appeler Najat ou Mohamed. Parce que j'ai l'exemple de Maryse Brimont, une camarade, qu'ils ont mise dans la 9ème circonscription, là où elle n'avait aucune chance de gagner. Elle n'a même pas passé le premier tour. Vous voyez donc que c'est plus profond.

Comment expliquez cette lourdeur que vous décrivez au PS ?

Je ne sais pas... C'est vraiment à eux qu'il faut poser cette question. Dans mon cas, ce n'est pas une attitude ouvertement raciste. Non, c'est plus insidieux. Par exemple, lorsque Najat discute d'un projet avec Rachid ou avec Jamila, on crie au « communautarisme ». Mais si c'est Alain qui s'entend bien avec Pierre, personne ne parle de communautarisme. Où est la logique? Moi je suis citoyenne française, je milite depuis assez longtemps, je suis sur le terrain et je sais d'où je viens et je ne suis pas une copie conforme. Mais on tient quand même à me coller dans la case « communautariste ».

Près de 60% des Roubaisiens ont des références extra-européennes. N'est-ce pas là un début d'explication ?

C'est vrai qu'il y a du travail à faire à Roubaix. Mais on ne peut pas dire qu'on apporte les vraies réponses aux vraies questions. Or ceux qui ont mon positionnement et mon expérience peuvent apporter des réponses... Les médias ont rendu compte des difficultés que Ségolène Royal a rencontrées, durant sa campagne, au sein du PS. J'ai dû affronter les mêmes types de problèmes au sein du parti parce que je suis contre le cumul des mandats, je suis contre le favoritisme, pour la liberté de parole, pour l'égalité des droits pour tous. Alors ils nous posent les mêmes questions: « d'où sort-elle ? », « pourquoi une femme? » etc... Au final on gaspille beaucoup d'énergie en interne. Et c'est une situation qui dépasse le cas de Roubaix. Il faut voir au niveau national, nous n'avons eu aucun élu de la diversité en dehors de Geroge Pau Langevin... Comme dirait François Hollande, nous avons fait des progrès il reste encore à en faire, à ce rythme nous sommes loin de la réalité. Cela donne à réfléchir quand même !

Que pensez-vous du choix de Nicolas Sarkozy d'attribuer à Rama Yade, à Rachida Dati et à Fadela Amara de vrais postes de responsabilité ?

M. Sarkozy n'est pas du même bord politique que moi, mais je ne comprends pas pourquoi la presse s'acharne sur ces trois femmes et ne leur laisse rien passer. J'ai l'impression, passez-moi l'expression, qu'on voudrait qu'elles « lavent plus blanc que blanc ». Sarkozy a choisi des compétences avec Rachida Dati et Rama Yade. C'est cela qu'il faut voir. Et je constate que Fadela Amara est en train de faire ses preuves. Dans tous les cas, pour le moment, je vois que Sarkozy a mis un grand coup de pied dans la fourmilière.





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