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Monde

Obama : son Nobel l’attend au tournant

Un prix tel une promesse

Rédigé par Leïla Belghiti | Lundi 12 Octobre 2009

Un Nobel qui divise. Barack Obama a été désigné, vendredi 9 octobre, Prix Nobel de la paix pour « ses efforts en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». Une nouvelle qui a créé la surprise générale et suscité des réactions très diverses.



Barack Obama recevait Benjamin Netanyahu (g.) et Mahmoud Abbas (dr.) à New York, le 22 septembre dernier : quelle avancée pour la paix ?
Barack Obama recevait Benjamin Netanyahu (g.) et Mahmoud Abbas (dr.) à New York, le 22 septembre dernier : quelle avancée pour la paix ?
Il ne s’y attendait pas lui-même. « Ce n’est pas ainsi que je m’attendais à me réveiller ce matin », a déclaré, vendredi, Barack Hussein Obama, disant avoir réagi à la nouvelle « avec surprise et une profonde humilité », allant jusqu’à confier qu’il n’avait pas l’impression de le mériter par rapport à ses prédécesseurs américains (Martin Luther King, Nobel 1964, et Al Gore, Nobel 2007).

Pourquoi lui ?

À peine neuf mois après son élection, la nouvelle peut surprendre. La liste des éventuels Nobel était pourtant bien garnie cette année. « Le comité a attaché beaucoup d’importance à la vision et aux efforts d’Obama en vue d’“un monde sans armes nucléaires” », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jaglan, précisant que ce prix se veut être un encouragement « pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». La main tendue au monde musulman et son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique ont particulièrement séduit le comité norvégien.

Barack Obama est pourtant empêtré dans deux conflits sanglants, en Irak et en Afghanistan, et peine à mener à bien les réformes au sein de son territoire. Cette nomination peut alors paraître prématurée. Elle met en tout cas le président américain dans une position bien délicate, au moment où il s’apprête à envoyer quelque 40 000 soldats en renforts en Afghanistan. « J’espère que cette nomination ne va pas l’influencer dans ses décisions », confie l’ex-conseiller du président Clinton, William Galston. « Il [le comité norvégien, ndlr] ne lui a pas rendu la vie facile », poursuit-il.

Attendu au tournant

Si l’attribution du prix Nobel de la paix au président Barack Hussein Obama a déclenché, à quelques exceptions près, une vague d’enthousiasme en France et en Europe, les réactions se sont faites plus mitigées ailleurs dans le monde.

« Nous ne sommes pas contrariés et nous espérons qu’en recevant ce prix il commencera à entreprendre des démarches concrètes en vue de mettre fin à l’injustice dans le monde », a déclaré Ali Akbar Javanfekr, le porte-parole du gouvernement iranien.

L’Autorité palestinienne a, par la bouche du négociateur Saëb Erakat, sauté sur l’occasion pour réaffirmer ses conditions : « La paix prévaudra en Palestine et dans la région sous la présidence de M. Obama grâce à l’instauration d’un État palestinien avec comme capitale Jérusalem-Est [annexée par Israël en 1967]. »

Quant au gouvernement du Hamas, il ne veut pas chanter ses louanges tant qu’il ne voit pas de « résultats concrets ». Le président américain, estime-t-il, a « encore beaucoup à faire avant de le mériter ».

Côté talibans, le ton est plus ferme : « Nous condamnons l’attribution du Nobel de la paix à Obama », déclare Zabihullah Mujahid, le porte-parole des talibans. « Nous n’avons perçu aucun changement de stratégie pour la paix, il n’a rien fait pour la paix en Afghanistan, il n’a pas pris une seule mesure pour cela ou pour rendre le pays plus stable. »

Pour Olivia Zemor, militante associative française, « ce prix Nobel ne rime à rien, il est même assez scandaleux dans la mesure où il est remis à quelqu’un qui n’a pas fait cesser la guerre en Irak, qui a augmenté l’envoi de troupes en Afghanistan et n’a pas fait avancer d’un pouce la situation au Proche-Orient, n’osant pas user du levier évident qu’il dispose, à commencer par le budget militaire des États-Unis à Israël ». « Attendons de voir, cela fait tout de même à peine un an qu’il est au pouvoir », espère Sabrina, étudiante en sciences politiques.

Le prix Nobel titille le président. Comme un petit coup d’accélérateur. Après les belles paroles, les dossiers brûlants du Proche et Moyen-Orient attendent des actions fortes de la part de Barack Obama. Ce dernier avait déjà prévenu, lors d’un discours à Prague, en avril dernier : « Cet objectif ne sera pas atteint rapidement, peut-être pas durant mon existence », mais invitant à ne pas tomber dans un « fatalisme contre-productif ». Un Yes we can, certes, mais raisonnable.

Le prix lui sera décerné le 10 décembre prochain, à Oslo, lors de l’anniversaire de la mort du fondateur du prix, l’industriel suédois Alfred Nobel. Barack Hussein Obama, 48 ans, se verra remettre un diplôme, une médaille et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (soit près de 1 million d’euros), qui sera reversé à des œuvres de charité.




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