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Cinéma, DVD

« Nos Plumes », le pernicieux carcan des auteurs de banlieue

Rédigé par Samba Doucouré | Lundi 19 Septembre 2016

Ils s’appellent Faiza Guène, El Diablo, Berthet One, Rachid Santaki ou Rachid Djaïdani. Ce sont des auteurs à succès et le documentaire « Nos Plumes » leur tire le portrait. La réalisatrice Keira Maameri revient ainsi avec son quatrième long-métrage, présenté pour la première fois samedi 10 septembre à Paris.



« Nos Plumes », le pernicieux carcan des auteurs de banlieue
Réalisatrice indépendante, Keira Maameri s’est toujours intéressée aux phénomènes de marginalisation dans la culture en France depuis le début de sa carrière voici 15 ans.

C’est dans l’univers du hip-hop qu’elle puise ses trois premiers films. La première fois dans « A nos absents » (2001), elle interroge le rapport à la mort dans les textes de rap français. Dans « On s’accroche à nos rêves » (2005), la question féminine dans le hip-hop est abordée au travers le portrait de quatre artistes. Puis, en 2011, avec Don't panik l’épineuse question des relations entre rap et islam est soulevée avec les témoignages d’artistes issus de la France, de Belgique, d’Algérie, du Sénégal, de la Suède et des Etats-Unis. Avec « Nos plumes », Keira Maameri fait un (léger) pas de côté pour s’intéresser au monde de la littérature.

Les auteurs présents dans le documentaire ont en commun d’être issus de banlieue et de milieux modestes mais surtout d’avoir connu des succès fulgurants en proposant des œuvres originales. Ils racontent chacun comment leur origines rendent leurs réussites extraordinaires aux yeux du milieu de la littérature et des médias. Berthet One, ex-taulard reconverti bédéiste, raconte que ses 10 000 albums de L’Evasion ont fait de lui « un ovni » dans la profession.


« Malheur à toi si Benzema sors un livre »

L’apparition de ces nouveaux auteurs est parfois accompagnée d’une certaine bienveillance qui peut s’avérer vicieuse. Images d’archives à l’appui, on revoit Rachid Djaïdani en pull à capuche, en décalage manifeste sur le plateau de Bouillon de culture. Dans l’émission de Bernard Pivot, assis aux côtés de l’académicien Amin Maalouf, l’écrivain présentait alors son premier roman Boumkoeur : « j’écris pour exister (…) c’est cool d’exister ».

Chacun des protagonistes raconte à sa manière la frustration d’être porté médiatiquement mais toujours à la marge et constamment essentialisé. « Malheur à toi si Benzema sort un livre », prévient Rachid Djaïdani, regrettant la politique implicite de quotas pour les auteurs « issus de quartier » qui doivent se partager les rares espaces médiatiques qui leur sont accordés. Une médiatisation qui peut s’avérer plus importante en fonction de l’actualité, comme lors des révoltes de 2005. Là encore, les écrivains dénoncent le piège des projecteurs et micros tendus afin d’expliquer les problèmes des quartiers ou de servir de caution antiraciste.



Des oeuvres contemporaines

El Diablo, auteur d’une des premières bande dessinée hip-hop en France est connu pour être à l’origine de la série animée Les Lascars. Diffusée sur Canal+ à partir de 1998, la série au format court (une à deux minutes) connaît un succès exceptionnel.

Dix-sept ans après, ses épisodes continuent d’être partagées en masse sur les réseaux sociaux. Dans le film, El Diablo relate la difficulté qu’il a eu à vendre son concept à la chaîne cryptée. L’engouement pour Les Lascars était symptomatique de la prégnance de certains codes comportementaux, langagiers et vestimentaires dans la société française et qui restent encore aujourd’hui sous-représentés et déconsidérés dans les médias, au cinéma, au théâtre et dans la littérature.

Les artistes présents dans le documentaire de Keira Maameri ont pour point commun d’être en phase avec leur époque et la société qui la constitue. Leurs œuvres servent de passerelles entre des mondes qui cohabitent sans toujours s’en rendre compte.

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