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#1AnAprès

Nassurdine Haidari : Contre les bouchers de l’apocalypse, invoquer la force de la République

Rédigé par Nassurdine Haidari | Vendredi 15 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Nassurdine Haidari, ancien élu socialiste et président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) dans la région PACA.



Nassurdine Haidari, ancien élu socialiste, est président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) dans la région PACA.
Nassurdine Haidari, ancien élu socialiste, est président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) dans la région PACA.
Certaines années se prolongent dans le temps car elles portent en elles de terribles évènements qui bousculent les certitudes, heurtent les consciences et nous plongent collectivement dans l’incertitude. 2015 sera l’une de ces années. Une année où la mort s’est répandue sans discrimination aucune.

Comment ne pas penser à ces victimes et à ceux qui, en perdant des êtres chers, ne vivront plus comme avant ? Comment ne pas être scandalisé devant les motivations de ces individus qui, pour des raisons pseudo-religieuses, ont essayé par le sang de régler des comptes avec tous ceux qui ne pensaient pas comme eux ? Comment imaginer une seule seconde que des enfants de France ont liquidé froidement d’autres enfants de France, en invoquant des considérations qui dépassent l’entendement ?

Allah n’a rien à voir avec ces bouchers de l’apocalypse, ces assassins de vie. Le Prophète Muhammad ne peut être vengé en répandant le sang mais en répandant l’amour du monde dans toute sa diversité, dans toute sa complexité. Lorsqu’un homme tue un homme en invoquant Dieu ou le Prophète, il salit l’islam dans le texte, trahit l’esprit du texte et sort de facto du champ de la fraternité humaine.

La machine à unifier les Français est grippée

Ces funestes événements ont également rappelé l’urgence de construire dans la société française de nouveaux lieux de fraternisation où les considérations religieuses personnelles ne pousseront ni à stigmatiser les uns ni à punir les autres.

Mais, au-delà de ces meurtres sans nom, cette année fut également celle de l’espérance où la réaction du peuple de France fut à la hauteur des évènements, même si nous devons impérativement condamner tous les actes et toutes les déclarations islamophobes qui ont suivi et qui ont conduit au saccage d’une mosquée en Corse et sur des cris de haine racistes que nous ne pensions plus entendre en France.

Une islamophobie que le gouvernement ne combat que du bout des lèvres avec parcimonie et une dose de cynisme bien connu du côté de l’Élysée et de Matignon sous les dorures des palais de la République où le double vitrage empêche aux responsables politiques d'entendre les plaintes de ces oubliés de la République. Triste constat d’une France qui, après la souffrance, s’est drapée d’espérance et s’est malheureusement enfoncée dans le repli et la déchéance.

La machine à unifier les Français grippée et l’inépuisable discours identitaire a resurgi des fonds de tiroir des partis politiques, qui feront certainement de 2017 l’année de reconquête de l’identité française où l’assimilation sera au centre des discours politiques et les musulmans sommés de se résigner à accepter une laïcité répressive, punitive et sélective.

Du courage pour détruire l’archaïsme du discours identitaire

Il faudra encore du courage à cette communauté musulmane pour sortir de l’impasse identitaire voulue par ces hommes qui ont délaissé sciemment la « politique du faire » pour la « politique du dire ».

Il faudra encore du courage pour détruire cette stigmatisation et détruire l’archaïsme du discours identitaire, où l’invocation systématique des racines judéo-chrétiennes de la France efface d’un trait de plume toute l’Histoire musulmane de notre pays. Car les racines de la France sont également musulmanes, c’est un fait.

Dans le même temps, nous devrons nous attaquer aux racines du mal français : celui des discriminations qui favorisent l’entre-soi dans tous les milieux de pouvoir et laissent à l’écart une partie importante de population française, et même à l’intérieur des communautés musulmanes car nous partageons également les maux de la société.

L’islam n’est pas à sous-traiter à l’extérieur des frontières de la République

Nous devrons poser sérieusement la question de la France du ghetto des apartheids et promouvoir une société à l’image de la vraie France. Mais nous devrons surtout faire le choix de sortir de nos contradictions permanentes, de nos dogmatismes sclérosants, du racisme et des discriminations. Nous devrons faire le choix de la jeunesse qui devra sortir de cet anonymat et devra prendre ses responsabilités.

Nous devrons également proposer des lieux innovants où la parole (le qalam, en arabe) circule, se confronte à d’autres points de vue et brise les ailes à cet islam importé de certains États qui se voit confié par le gouvernement la formation des imams par exemple. L’islam n’est pas un produit à sous-traiter à l’extérieur des frontières de la République.

Car, contre ces bouchers de l’apocalypse, nous devrons encore et toujours invoquer la force de la République, toute la République, rien que la République : mais en changeant les règles et les hommes qui ne parviennent plus à lire, à interpréter et à soulager les maux de notre société.

Sinon nous plongerons à pieds joints dans le piège de Daesh, qui peut se traduire, dans l’Hexagone, par la vision sociétale du Front national.




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