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Mutation terroriste en Egypte

Rédigé par Berthet Ali | Lundi 2 Mai 2005

Les experts de la sécurité égyptienne se prennent la tête entre les mains. Les six derniers mois, le pays a connu trois attentats terroristes sans que les bureaux d’analyse ne puissent s’y retrouver. Les derniers en date qui ont eu lieu ce week-end confirment l’inquiétude. Un homme isolé saute d’un pont sur un groupe de touristes. Une heure plus tard, deux femmes en voile intégrale ouvrent le feu sur un autocar de touristes avant de s’entretuer délibérément. L’atrocité du geste, l’absence des auteurs des fichiers de police et la nature du mobile invoqué conduisent les experts à parler d’une nouvelle génération de terroristes égyptiens.



Les experts de la sécurité égyptienne se prennent la tête entre les mains. Les six derniers mois, le pays a connu trois attentats terroristes sans que les bureaux d’analyse ne puissent s’y retrouver. Les derniers en date qui ont eu lieu ce week-end confirment l’inquiétude. Un homme isolé saute d’un pont sur un groupe de touristes. Une heure plus tard, deux femmes en voile intégrale ouvrent le feu sur un autocar de touristes avant de s’entretuer délibérément. L’atrocité du geste, l’absence des auteurs des fichiers de police et la nature du mobile invoqué conduisent les experts à parler d’une nouvelle génération de terroristes égyptiens.

 

Les premiers attentats depuis sept ans

 

Au mois d’octobre dernier, plus de 34 personnes dont de nombreux Israéliens sont tués dans un triple attentat à la voiture piégée sur des lieux touristiques. Dix personnes sont blessées. Le mobile est mal identifié. La police s’empresse de ranger les faits sur le compte du conflit israélo-palestinien. Il ne s’agit donc pas d’un retour violent de la Jama’a al-islamiya qui a décrété une trêve en 1998. Mais l’effet de terreur est réel sur le tourisme égyptien. Car il s’agit des premiers attentats depuis sept ans, sur le sol égyptien. Les tours opérateurs encaissent le coup de plein fouet.

Elles ont à peine commencé à remonter la pente lorsque, le 7 avril un kamikaze se fait exploser au milieu d’un groupe de touristes, tuant trois d’entre eux : deux Français et un Américain. Aucun rapport avec le précédent attentat, annonce la police. Elle penche pour l’action isolée et tente de minimiser l’affaire malgré l’arrestation de neuf personnes. Lorsque ce week-end, une double attaque secoue la capitale égyptienne, les aiguilles s’affolent sur le cadran des experts en sécurité. Actes isolés ? actions coordonnées ? les versions se succèdent et les silences sont lourds.

 

Plusieurs avis seront exprimés avant d’établir qu’il s’agit bien de deux actes directement liés et indirectement inspirés par le précédent attentat, trois semaines auparavant. Le kamikaze de ce week-end était bien recherché comme suspect dans le cadre de l’attentat du 7 avril. Les deux kamikazes en nikab étaient sa fiancée et sa sœur. Il ne fait plus de doute pour les experts en sécurité : le terrorisme égyptien a changé son fusil d’épaule.

 

Choisir le suicide contre la torture

 

Dans les années 90, les opérations armées en Egypte sont menées par des groupes idéologiques engagés dans une lutte contre le pouvoir d’Hosni Moubarak. Les attentats sont orchestrés et visent à déstabiliser économiquement le pays en sapant le tourisme qui constitue sa principale source de devises. La répression est sans merci mais n’aura pas raison du mouvement jusqu’en 1998.

De l’avis de Isam al-Arryan, leader du mouvement des Frères musulmans, « la participation de deux femmes [à l’attaque de samedi] est un indicateur très critique, un phénomène que l’Egypte n'a jamais connu auparavant.  C’est le signe que les gens ont atteint un état de désespoir irréversible qui les a menés au bord de l'explosion. » Une analyse que partage Muhammad Salah, spécialiste dans l’étude des mouvements islamistes, lorsqu’il déclare à Al-Jazeera que « La nouvelle donne est désormais la participation directe des femmes aux attaques.  C'est là un nouvel indicateur pour des dangers à venir. On peut exprimer son opinion en écrivant un article ou en manifestant. Mais dans le cas présent, cette opinion est exprimée par la violence. »

 

Pour Muhammad Sayid Saïd, expert du centre Ahram de Stratégie et études politiques, la torture exercée par les forces de sécurité sur les suspects pourrait expliquer les actes samedi. « Si le rapport du ministère de l’Intérieur est vrai, dit-il, alors ces femmes ont été profondément blessées d’une manière ou d’une autre. Et ces explosions et tirs arrivent comme une vengeance. »
Cette analyse est aussi celle de Hisham Qasim, dirigeant du mouvement Kifaya : « Ils savent que s’ils sont pris par les forces de sécurité, ils seront torturés à mort. Se donner la mort est la seule manière pour eux d’y échapper. »

Un rapport du NSCHR, Conseil national supérieur des droits humains, a déjà dénoncé la pratique de la torture dans les prisons égyptiennes. Il mentionne des cas de torture de prévenus allant jusqu’à la mort. Le cas d’un membre du mouvement des Frères musulmans, mort par manque de soins médicaux a aussi été dénoncé par le rapport.

 

De son côté, le mouvement des Frères a condamné les attentats de samedi. « Nous considérons que ceci profite aux ennemis du pays. Il est contraire aux principe et enseignement de l’Islam » a fait savoir le mouvement.

 

 





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