Le film ne pourrait être que l'histoire d'une amitié amoureuse – fort pudique au demeurant – nouée le temps des vacances entre une jeune fille atypique de 10 ans, Orked, et un jeune garçon de 12 ans, Muksin, élevé par une autre femme que sa mère. Mais il n'est pas que cela, il joue des contrastes (d'un milieu social à un autre), il est mouvement (d'une famille unie à une autre qui ne l'est pas), et il aborde, par petites touches, les différences de conception de la vie chez les musulmans.
Les relations filles-garçons. Les petites filles jouent aux mariés, mais Orked regardent les garçons jouer. L'un d'eux se blesse. « Il nous faut un remplaçant. » « Prenons Orked, Elle est encore plus brute qu'un garçon. » « Ne sois pas stupide, c'est une fille ! »
L'éducation des enfants. A sa fille Orked qui refuse de jouer avec les filles, le père promet : « Si tu vas jouer avec les autres filles, je t'emmène voir… un match de football. »
A la demande de parents venus se plaindre qu'Orked a jeté par la fenêtre le cartable de leur fils, la mère assène une punition mémorable à coups de baguette de bambou : c'est le lit qui prend et amortit les coups, rythmé par les cris simulés bien aigus d'Orked pour que les parents plaignants l'entendent bien. « As-tu été suffisamment punie, ma fille ? » Orked hoche la tête, satisfaite.
Le couple parental. Tandis que le père et ses amis jouent de la musique traditionnelle, la mère et la fille dansent sous la pluie. « Encore des Malais qui perdent leurs traditions… », dit une voix off. « Ma mère dit que ta mère est une mauvaise épouse », tance la jeune voisine.
La polygamie. Au mari volage qui sortait le soir avec son scooter rutilant, la voisine enceinte jusqu'au cou questionne : « Tu voulais que je cuisine comme ta mère, j'ai appris ; tu voulais des enfants, je t'en ai donné un et le second est en route. Aide-moi à comprendre pourquoi tu prends une seconde épouse ? » « J'ai promis à ses parents que je l'épouserai. Je reviens dans une semaine. »
L'achat à crédit. Le créancier fait enlever les meubles du salon par des déménageurs. « Ma mère dit qu'on n'achète pas de meubles quand on n'a pas les moyens », nargue la jeune voisine.
« Ne me dis pas que tu n'as pas payé les traites du canapé ? », s'exclame la mère. « Il y a douze magasins en ville, répond sans sourciller le père. Pendant trois ans, on aura un canapé neuf tous les trois mois. N'est-ce pas formidable ? »
L'apprentissage du Coran. Pendant la lecture, Orked porte le foulard et lit de façon hésitante : « C'est bien, ma petite, tu t'amélioreras avec la pratique, si Dieu le veut. »
La multiculturalité. Pourquoi la mère d'Orked ne parle qu'anglais à sa fille ? « Elle veut se conduire comme une blanche », dit une petite fille du voisinage.
« Pourquoi ton père t'a inscrit dans une école chinoise ? » « Je sais déjà parler malais, il veut que j'apprenne le chinois. »
Si Muksin est ancré dans la réalité malaisienne et nous permet de découvrir une culture du sud-est asiatique bien peu présente dans l'Hexagone, sa poésie et ses multiples juxtapositions de scènes atteignent l'universalité par les thèmes évoqués que sont l'amour, la famille, le couple, la place des enfants, qui traversent toute société. Il peut donc être vu par le jeune public (à partir de 10 ans) et être support de débat.