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Religions

Mourir musulman en France

Rédigé par Colin Zohra | Lundi 3 Novembre 2003

La communauté musulmane d’Europe est face à la question cruciale des cimetières. En France comme ailleurs, les musulmans désirent être enterrés près des leurs. Mais peu de cimetières le permettent. Le rapatriement des défunts vers leurs pays d’origine est devenu insupportable pour leurs proches. Mais le choix ne leur est pas donné. Seuls des cimetières non-musulmans pourraient leur être proposés. Ce qui heurte la tradition islamique. En Islam comme dans d’autres religions, le cimetière est un lieu de repos d’où le mort sera appelé à la résurrection au jour du Jugement dernier.



La communauté musulmane d’Europe est face à la question cruciale des cimetières. En France comme ailleurs, les musulmans désirent être enterrés près des leurs. Mais peu de cimetières le permettent. Le rapatriement des défunts vers leurs pays d’origine est devenu insupportable pour leurs proches. Mais le choix ne leur est pas donné. Seuls des cimetières non-musulmans pourraient leur être proposés. Ce qui heurte la tradition islamique. En Islam comme dans d’autres religions, le cimetière est un lieu de repos d’où le mort sera appelé à la résurrection au jour du Jugement dernier.

Le cimetière musulman de France
La France compte un seul cimetière réservé aux musulmans. Il est à Bobigny, dans le département de la Seine Saint-Denis (93). Ce lieu fut créé en 1934, par un décret présidentiel. A cette époque, seuls y étaient enterrés les musulmans décédés à l’hôpital Avicenne situé non loin du cimetière. Un nouveau décret en 1937 a élargi son utilisation à d’autres personnes. Les tombes y sont toutes orientées vers la Mecque, conformément à la tradition musulmane. Elles ne présentent aucun aspect luxueux par respect des recommandations de l’Islam.

Si quelques ' carrés musulmans ' sont actuellement proposés ici et là, leur nombre reste en deçà d’une demande toujours grandissante. Avec ses 5 millions de musulmans, la France est désormais la première puissance musulmane d’Europe. Son devoir vis-à-vis de ces citoyens se couvre d’un silence que les pouvoirs publics entretiennent. A ces hommes, ces femmes et à leurs enfants qui sont d’ici, la France semble dire ' allez mourir ailleurs '.

Cimetière : lieu d’intégration
Les premiers musulmans en France étaient, pour la plupart, arrivés de l’étranger. La grande masse de ces musulmans arrive sur le territoire dans les années 60 et 70. Cette main-d’œuvre non qualifiée occupait des emplois d’ouvriers, notamment dans les usines automobiles, le bâtiment et les mines. Leurs pratiques religieuses restaient occultées dans une certaine mesure. Au mieux, ils disposaient de salles dans leurs usines, pour y célébrer leurs prières.

Généralement, ces travailleurs étrangers souhaitaient être rapatriés dans leur pays d’origine. Nombre d’entre eux y avaient laissé leur famille. Ils avaient donc le vœu d’être inhumés près de leurs enfants qui pourraient venir rendre visite à leur tombe, en prendre soin. Aujourd’hui, cette situation a bien changé. Les citoyens français de confession musulmane ne devraient pas se poser la question de rapatriement de leurs corps vers le pays d’origine de leurs parents. Car leur vie se déroule en France. Leurs enfants, leur famille se trouvent en France. Souvent, ils ne connaissent que de loin le pays dont sont partis leurs parents. La création de cimetières musulmans contribuerait ainsi à l’intégration de ces musulmans de France. Ils se sentiraient mieux inclus dans cette société qui est la leur. La seule où ils passent l’essentiel de leur vie et dont ils se sentent concrètement et complètement membres.

L’inégalité de traitement devant la mort
La pénurie de cimetières musulmans est une réalité dans l’Hexagone. Ces musulmans aspirent à se voir appliquer le même traitement que leurs concitoyens protestants ou juifs.

En Islam, on doit organiser les funérailles dans des délais limités. La toilette purificatrice est effectuée suivant un rite précis. Après l’avoir disposé la tête en direction de la Mecque, le corps est soumis à plusieurs lavages rituels. Il est épongé avant d'être enveloppé dans des pièces d’étoffe blanche. Les membres supérieurs sont placés soit le long du corps, paumes tournées vers le haut, soit croisés sur la poitrine. Des 'sourates' du Coran sont récitées lors de la veillée funéraire. Le cercueil est humble avec, parfois, l'emblème du croissant islamique comme seule décoration. Dans un délai maximum de 48 heures après le décès, les fidèles se réunissent derrière un imam débout devant le cercueil. Ils récitent une prière spéciale. Puis le corps est mis en bière sur le côté... Il est disposé de sorte à faire face à la Mecque s’il est inhumé dans un 'carré musulman'. Seulement, il y a peu de ' carrés musulmans ' en France.

Actuellement, face au manque de réponses des responsables locaux, les musulmans français se voient obligés de souscrire des assurances spécifiques pour rapatrier leurs corps vers l’étranger. C’est la seule solution pour beaucoup de ceux qui désirent bénéficier d’une inhumation conforme à leur foi religieuse.

Déjà pour une inhumation en France, un cercueil coûte de 762 à 1067 euros. Et la conservation du corps dans une chambre funéraire pendant 48 heures, revient à 213 euros. On comprend que les assurances ne sont pas à la portée de toutes les bourses. A se demander si les musulmans aux revenus modestes ont bien le droit de mourir en France.






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