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Société

Mort de Hakim : les couteaux, nouveaux outils des écoliers ?

Les violences scolaires en question

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 18 Janvier 2010

La mort de Hakim, tué par un de ses camarades dans son lycée le 8 janvier dernier, a relancé avec force le débat sur les violences scolaires. Le plan de « sanctuarisation » des écoles, tant voulue par Nicolas Sarkozy, est désormais à l’étude. Karima Derrazid, psychologue clinicienne à Lyon, fournit à Saphirnews quelques éléments d’explications sur la violence juvénile, qui touche les ados de plus en plus jeunes.



Une marche silencieuse a réuni 4 000 personnes au Kremlin-Bicêtre en hommage à Hakim « mort pour rien », le 8 janvier, par la main d'un camarade.
Une marche silencieuse a réuni 4 000 personnes au Kremlin-Bicêtre en hommage à Hakim « mort pour rien », le 8 janvier, par la main d'un camarade.
« À Hakim, notre frère, on ne t’oubliera jamais. » L’hommage rendu vendredi 15 janvier au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) au jeune lycéen de 18 ans a été vibrant. 4 000 personnes ont défilé à la mémoire de Hakim, mortellement poignardé le 8 janvier par un camarade de son lycée dans l’enceinte même de l’établissement Darius-Milhaud.

Tout est parti d’un différend futile entre la sœur de Hakim et Islam, un de ses copains de classe. Cette dernière s’était plainte, la veille de la tragédie, de l’attitude désinvolte d’Islam auprès de son grand frère. Voulant des explications, Hakim va à la rencontre d’Islam, vendredi 8 janvier, pendant l’intercours. Quelques minutes plus tard, Hakim se retrouve à terre, poignardé à trois reprises. Des coups fatals au foie et à l'aorte, qui le conduisent droit vers la mort dans la soirée.

Un geste difficile à comprendre qu’ont dénoncé nombre d’hommes politiques, à commencer par Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, qui parle d’une « affaire absolument terrible de banalisation » de la violence.

« On ne peut pas dire que la violence scolaire est un phénomène banal, qui s’inscrit dans notre quotidien comme acceptable. Mais on peut subtilement remarquer que l’école est plus souvent utilisée comme une scène d’expression de la violence », déclare Karima Derrazid, psychologue clinicienne à Lyon, à Saphirnews.

Des actes plus violents, plus médiatisés mais pas plus nombreux

La violence des jeunes n’est pas un fait nouveau mais « elle se manifeste aujourd’hui sous différentes formes qui se sont intensifiés notamment auprès d’adolescents de plus en plus jeunes. Des formes qui sont parfois antagonistes qui sont soit de l’ordre de l’auto-agressivité, une violence retournée contre soi, qui est davantage le fait des filles et souvent silencieuse ; soit de l’hétéro-agressivité, la violence envers autrui, majoritairement employée par les garçons », fait-elle remarquer.

Une violence envers les autres qui varie d’intensité. Elle « va se traduire par des insultes, des tentatives d’intimidation, des bagarres avec des élèves ou le personnel éducatif et plus encore pour certains cas », comme l’illustre l’affaire Hakim. « Avant, une simple bagarre à coups de poing suffisait pour régler ses comptes. Aujourd’hui, on sort des couteaux ou on mène des rixes entre bandes », explique-t-elle.

Hakim.
Hakim.

La prévention, première arme contre la délinquance juvénile

Avec son équipe de réflexion, Karima Derrazid est amenée dans sa profession à intervenir en milieu scolaire sur les conduites à risques à l’adolescence. Violences physiques, addictions aux drogues ou à l’alcool, sexe… tout y passe.

« Un ado violent est avant tout un ado fragile psychiquement, qui a souvent une faible estime de lui-même, lié à des difficultés scolaires ou familiales. Être violent donne à ces ados un semblant de confiance qui les maintient. Mais c’est un faux-semblant. On est en colère, on crie, on frappe car en fait on n’arrive pas à gérer. (…) Le passage à l’acte vient faire taire l’autre dans sa différence, dans son altérité », constate-t-elle. « Il ne faut pas se limiter à dire que les jeunes sont des délinquants et donner une réponse purement répressive. »

Au lieu des mots, « le jeune frappe pour faire valoir son opinion comme la seule recevable », d’où l’importance pour les psychologues d’informer les jeunes sur les dangers et les risques de la violence, de les écouter et les diriger vers des professionnels afin qu’ils ne se sentent pas seuls.

Islam fait-il partie de ces ados fragiles en mal de reconnaissance ? On sait de lui qu’il est « en rupture familiale ». Mais la question reste entière et sa situation n’excuse en rien son acte, surtout que, dans cette affaire, il s’agit non plus de coups de poing mais de coups de couteau. Interpellé quelques heures après l’agression, l'ado s’est depuis muré dans son silence. Inculpé pour homicide volontaire, le jeune, qui ne détient pas de casier judiciaire, encourt jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle, selon le parquet de Créteil en charge du dossier.

Un plan de « sanctuarisation » des écoles à l’étude

Pour empêcher que de tels actes de violence gratuite ne se reproduisent, chacun a son idée. Nicolas Sarkozy, qui s’est dit « bouleversé » par la tragédie, a réaffirmé sa volonté de « sécuriser et sanctuariser les établissements scolaires », qui se traduirait par la mise en place, entre autres, de sas de sécurité munis de détecteurs de métaux, de caméras de surveillance ou encore par les fouilles des sacs dans les établissements réputés « sensibles ». Un système calqué sur celui des États-Unis, où ces dispositifs existent dans la plupart des écoles.

Cependant, ces mesures sécuritaires ne font pas l’unanimité. D’une part, parce que « la violence est partout, y compris dans les beaux quartiers », où elle se révèle être plus « silencieuse » (rackets, intimidations...), selon Karima Derrazid, et que de telles mesures accroîtraient davantage le sentiment de discrimination entre établissements des centres-villes et ceux de la périphérie. « On leur transmet l’idée qu’ils sont des délinquants ou des tueurs potentiels. Il faut montrer à ces jeunes qu’on est avec eux et non contre eux. »

Pour éviter d’autres Hakim, la prévention avant tout

« Il est important que chaque acteur social apporte une réponse selon son champ de compétences. C’est par une réflexion commune qu’on arrivera à avancer sur cette question. Une réponse strictement répressive ne suffit donc pas. Une réponse du côté de l’encadrement est structurant pour les jeunes », affirme la psychologue. Ce qui se concrétiserait par la formation des enseignants, un renforcement des équipes de surveillance ou de psychologues dans les écoles.

« Notre rôle, c'est de diminuer les risques », a récemment déclaré M. Chatel. Mais le risque zéro n'existe pas, « même en mettant un surveillant derrière chaque élève ».





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