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Société

Migrants contre le sida soutient les familles maghrébines et africaines

Découverte d’une station de radio

Rédigé par Fatna Tahri | Jeudi 1 Décembre 2005

Depuis bientôt dix ans une équipe de militants offre la possibilité aux africains et aux maghrébins contaminés par le virus du sida de confier leurs angoisses et leurs inquiétudes. Outre les témoignages et le partage des expériences, l’émission de radio Migrant contre le sida offre une mine d’informations accessibles aux personnes dans la précarité et dans la maladie. Espace d’échanges et de dialogue, elle permet aux malades et à leurs proches de sortir de l’isolement.



Lancement de l’émission Maghreb Afrique Survivre au sida
Lancement de l’émission Maghreb Afrique Survivre au sida

La honte est chassée par la fierté d’être en vie

Migrants contre le sida est produite par le Comité Maghreb-Afrique des familles pour survivre au sida. Cette station de radio fut fondée en octobre 1995, dans un local de la cité des 4 000 à la Courneuve. Selon Réda Sadki, fondateur de la radio, 1995 est « une année importante dans l’histoire du sida. C’est au cours de cette année qu’arrivent les médicaments qui permettent aux souffrant de vivre avec la maladie ».

La station s’adresse en particuliers aux personnes de références maghrébines et africaines touchées de près ou de loin par le sida. Certaines de ces familles sont fortement sous le poids du « qu’en dira-t-on ?» Les tabous et la honte condamnent les malades et leur entourage, quand celui-ci est au courant, à taire leurs souffrances. Le silence, pour les malades, prend une forme de mort avant la mort. Sortir ces familles maghrébines et africaines, de l’isolement et du mutisme est la volonté affichée par le Comité Maghreb-Afrique des familles pour survivre au sida. Les personnes concernées sont de plus en plus nombreuses à oser s’exprimer. Finie la réclusion. Terminées, les dissimulations. La honte laisse la place « à la fierté d’être en vie ».

Les séquelles des années 80

Solidarité, dignité et respect sont au centre du message véhiculé par l’émission de Réda Sadki qui explique que « les malades n’ont besoin ni de charité ni de pitié. Il faut cesser de considérer les malades du sida comme coupables de leur maladie ». En évoquant les années 80, il estime que « les malades ont payé un lourd tribut à la maladie ». Car durant ces années 80, l’héroïne a fait des ravages dans les cités habitées, alors essentiellement par une population issue de l’immigration. Détenir une seringue au début des années 1980 était un délit. Les toxicomanes se partageaient la même seringue, principal facteur de l’épidémie.

L’émission permet de dénoncer le « manque de responsabilité d’une partie de la société française qui a abandonné une fraction de sa jeunesse à cette maladie. Les familles, également délaissées, se sont retrouvées seules face à leur sort. Le prétexte évoquée : la culture et la religion des Arabes et des Africains. Une culture qui ne permet pas d’aborder la maladie « taboue ». « Il n’y a jamais eu de campagne de prévention ni d’information à l’intention d’une maman maghrébine ou africaine qui apprend que l’un de ses enfants est touché par l’affection. Aucune campagne dans une langue autre que le français.» La station se présente comme la tribune des laissés pour compte. Une antenne de solidarité. Grâce à sa proximité, elle répond aux besoins des auditeurs déçus par les grandes structures et marginalisés par les institutions à cause de la maladie.

Parole aux femmes séropositives

La grille de programme s’articule autour de bulletins d’information relatant la situation en Palestine, en Irak sans négliger l’actualité nationale. Les magazines abordent des questions liées à la maladie dans ses aspects à la fois social, politique, juridique et médical. Des spécialistes sont invités pour parler de la grossesse et du VIH. Des chercheurs dans le domaine de la santé des précaires acceptent de venir répondre aux préoccupations des auditeurs de cette modeste station de radio. Beaucoup d’autres thèmes ont été abordés par des experts qui « dans un premier temps sont plutôt réticents mais qui proposent leur soutien après avoir découvert le travail accompli et pris connaissance du dessein de la radio », explique Samia, présentatrice de Femmes plus, les auditrices prennent la parole.

Ce programme consacré aux femmes est « un espace de discussion pour les femmes séropositives ». Samia qui est aussi une jeune maman, entend des questions simples mais vitales pour les jeunes femmes apprenant leur séropositivité : « est-ce que je peux encore aimer ? » ou « est-ce que je peux avoir des enfants ? » Depuis le studio, elle rassure, elle explique et elle interviewe des gynécologues pour apporter les réponses appropriées.
Une part importante est consacrée à la participation des auditeurs. La parole est saisie par courrier, via le site Internet et par téléphone. Certains viennent même au local pour débattre ou pour proposer leurs services.

Tous des bénévoles

Le mardi (de 17h à 18h), le mercredi (de 11h à 12h) et le jeudi (de 7h à 8h), l’émission est diffusée en direct sur la fréquence 106.3 de la bande FM. Elle suscite la réflexion. Ouverte au dialogue, elle propose de discuter, d’apporter son témoignage. La radio garantit l’anonymat et favorise une liberté de parole propice aux confidences.
La survie de cette radio est assurée par un groupe de militants bénévoles. Samia précise qu’il n’y a « aucun salarié ! » dans l’équipe des animateurs. Ce sont généralement des personnes malades ou proches d’une personne malade. Ils ne sont ni médecin, ni psychologues, ni assistants sociaux. « Notre expérience nous permet d’agir et de parler en notre propre nom. Nous ne voulons pas que d’autres s’expriment à notre place » confie Réda Sadki. Au fil du temps, d’autres personnes sans lien avec la maladie mais sensible à l’Autre, ont proposé leurs compétences.

Le comité refuse le système de parrainage ou d’appui de notables. La volonté farouche d’une autonomie politique semble souder le groupe. Des choix parfois difficiles « mais nécessaire pour ne dépendre de personnes et surtout pour être en mesure de dénoncer des injustices subies par les malades ». Cette résistance a toutefois un coût, le coût de la « galère ». Réda souligne que « l’association galère et terme de moyens. Mais en terme politique, pour la ligne éditoriale, nous avons une très grande liberté. »

Une seule mosquée consacre une journée aux malades du sida

Réda et Samia déplorent l’absence de soutien de la part des Musulmans. Rien n’est fait pour les malades de la part des « Musulmans pratiquants ». Une exception à cette règle est fournie par la mosquée Adda’wa, rue de Tanger, dans le 19ème arrondissement, où l’on consacre, chaque année, une journée au sida. Beaucoup de malades supportent leur maladie grâce à leur foi en Dieu et à leur pratique religieuse, observent les deux animateurs. D’où la nécessité d’agir dans ce sens sans juger. Les malades en sont demandeurs.

Tel : 08 70 25 12 50
site : www.survivreausida.net





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