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Société

Meurtre d'un musulman au Beaucet : un crime islamophobe ?

Rédigé par Christelle Gence | Mercredi 21 Janvier 2015

Un homme de 47 ans a été sauvagement assassiné à son domicile dans le Vaucluse. L'auteur présumé des faits a très vite été identifié et arrêté. Tandis que les premiers éléments de l'enquête présente un homme déséquilibré, des voix s'élèvent pour dénoncer une agression islamophobe. Est-ce le cas ?



La prière mortuaire sera prononcée mercredi 21 janvier à la mosquée de Carpentras
La prière mortuaire sera prononcée mercredi 21 janvier à la mosquée de Carpentras
Un drame terrible s'est noué au Beaucet, un village situé près de Carpentras (Vaucluse). Mohamed El Makouli, un homme de nationalité marocaine, a été tué de 17 coups de couteaux dans la nuit du mercredi au jeudi 15 janvier à son domicile.

Mohamed El Makouli était tranquillement installé devant la télévision avec sa femme lorsque des hurlements ont subitement été entendus vers 1h30 du matin. Par précaution, le couple vérifie alors que la porte d'entrée est fermée mais celle-ci est vite forcée par l'auteur des cris qui se trouve être un voisin, rapporte La Provence.

Armé d’un couteau, le mari âgé de 47 ans est frappé à plusieurs reprises, notamment à la gorge, Il résiste et parvient à désarmer son agresseur qui prend la fuite. Le couple pense s'en être sorti mais c'est sans compter l'acharnement du voisin, qui s'était rendu chez lui pour aller chercher un autre couteau pour commettre l'irréparable. La compagne de l’homme assassiné, blessée aux mains après avoir tenté de s’interposer, s’enfuit avec leur bébé de deux ans avant de prévenir les gendarmes.

Acte d'un déséquilibré ou agression islamophobe ?

Le meurtrier présumé est vite identifié : il s'agit de Thomas Gambert, 28 ans, le fils de l’employeur de Mohamed El Makouli, rapporte Le Dauphiné Libéré. Il a été retrouvé à proximité du lieu du crime tenant des propos incohérents. Interné dans un hôpital psychiatrique, une schizophrénie lui a été diagnostiquée. Il a toutefois été inculpé pour « assassinat, tentative d'assassinat et détention de stupéfiants ».

Les premiers éléments tendent ainsi à dire que l'auteur du crime était un déséquilibré mais des voix se sont rapidement élevés, particulièrement sur les réseaux sociaux, pour dénoncer un acte islamophobe à l'heure où la peur continue de saisir des musulmans après les attentats à Paris. L'Observatoire national contre l’islamophobie a ainsi condamné dans un communiqué un « acte horrible aux mobiles islamophobes ». La veuve de l’homme assassiné, de confession musulmane, aurait entendu l’agresseur dire « Je suis ton Dieu, c’est moi l’islam », rapporte son président Abdallah Zekri. « Si on veut arrêter ces dérapages, il faut une justice ferme. Trouver des circonstances atténuantes à de tels actes, c’est ce que supporte mal la communauté musulmane », a-t-il fait savoir.

Le parquet d’Avignon semble pour l’heure hésiter à retenir le caractère islamophobe de l’agression. « Cet aspect sera vérifié dans le cadre de l’instruction, quand on pourra entendre ce garçon qui déclare avoir entendu des voix », a précisé le parquet. Les associations musulmanes attendent désormais une déclaration du procureur pour connaître les avancées de l’enquête et être fixées sur la nature du drame.

La précaution s'impose

Le président du Conseil régional du culte musulman PACA, Khalid Belkadir, ne veut pas « se précipiter » dans les conclusions, explique-t-il à Saphirnews, et préfère attendre que « la justice fasse son travail » avant de qualifier le caractère du meurtre. Il a néanmoins confirmé l’internement du suspect en hôpital psychiatrique à Carpentras.

Le président de l’Union des mosquées de France (UMF), Mohammed Moussaoui, nous fait part de la même réserve mais a tout de même contacté un avocat « pour suivre l’enquête et soutenir la famille, en faisant valoir ses droits », nous informe-t-on. « Des éléments d’information confirment effectivement le profil psychologique troublé de l’assassin », poursuit Mohammed Moussaoui. « Il ne faudrait pas qu’il y ait une déclaration démentie par l’enquête de la justice », et qui puisse porter préjudice à la lutte contre l'islamophobie. « On reproche souvent à d’autres de se précipiter pour qualifier. Alors nous-mêmes, ne nous précipitons pas pour qualifier » le meurtre, note encore le président de l’UMF.

Les obsèques de Mohamed El Makouli se dérouleront mercredi 21 janvier à la mosquée de Carpentras, où résident la mère et la sœur de la victime. La prière mortuaire y sera prononcée et l’UMF « rendra par la même occasion un hommage appuyé à cet homme connu par son humanité et sa générosité exemplaires ». Son corps sera ensuite rapatrié au Maroc, dans la région de Meknès, d’où il était originaire.





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