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Communiqués officiels

Madame ARENA viole-t-elle (déjà) son « contrat pour l’ecole » ?

Rédigé par Laveleye Didier de | Vendredi 26 Août 2005

A la veille d’une rentrée scolaire importante, celle qui verra le lancement d’un nouveau « contrat pour l’école », la Ministre de l’Enseignement obligatoire vient de prendre une position inquiétante. Indépendamment de toutes conceptions politiques ou philosophiques qui, dans le débat sur la question du port du foulard à l’école, opposent différentes attitudes, la position que vient de défendre la Ministre de l’Enseignement obligatoire comporte quatre erreurs alarmantes et pose de multiples questions.



A la veille d’une rentrée scolaire importante, celle qui verra le lancement d’un nouveau « contrat pour l’école », la Ministre de l’Enseignement obligatoire vient de prendre une position inquiétante. Indépendamment de toutes conceptions politiques ou philosophiques qui, dans le débat sur la question du port du foulard à l’école, opposent différentes attitudes, la position que vient de défendre la Ministre de l’Enseignement obligatoire comporte quatre erreurs alarmantes et pose de multiples questions.

Rappelons tout d’abord que la raison principale qui a poussé le MRAX, en tant que mouvement pluraliste luttant contre le racisme et les discriminations, à prendre position contre les interdictions du port du foulard dans l’enseignement, a été la logique d’exclusion qui transpire dans la plupart des cas. L’école doit actuellement faire face au défi de l’interculturalité, ce qui ne se fait pas sans difficulté, surtout quand elles s’expriment en termes moraux et religieux. Marie Arena vient de confirmer son soutien à ce qui nous semble une très mauvaise solution pour gérer la diversité: l’interdire, ou la cacher.

Nous soutenons, toutefois, les propos de la Ministre sur un point : il doit y avoir débat. Mais nous regrettons que celui-ci soit à peine évoqué pour mieux l’éviter. La première erreur de Madame Arena consiste effectivement à poser que ce débat « doit avant tout se faire hors de l’école ». Où doit-on apprendre à « vivre ensemble », si ce n’est d’abord à l’école ? N’est-elle pas le lieu propice au dialogue et à l’établissement de relations positives entre des différences de cultures et de sensibilités ? Pour bâtir une société véritablement ouverte, multiculturelle et démocratique, peut-on compter sur les enfants d’écoles forteresses, protégées de toute mixité sociale et culturelle, douillettement installées dans leurs certitudes, et qui ne souffrent de contradictions autres que celles prévues dans les règlements ? Quel manque d’ambition et de courage à affronter notre défi du vingt-et-unième siècle qui consiste à bâtir la paix non plus derrière des murs, mais tous ensemble !

Loin de nous le risque de tomber dans l’angélisme. Ce n’est généralement pas dans les quartiers huppés que se joue le défi de la mixité sociale et culturelle, mais bien dans des environnements qui doivent déjà porter d’autres fardeaux, désavantages et mal-être sociaux (chômage, pauvreté, délinquance, etc.). L’incompréhension, l’irrémédiable sentiment d’exclusion et de rejet qui traverse aujourd’hui l’esprit de nombreuses jeunes filles de Charleroi et d’ailleurs, ne fait que s’ajouter à ce contexte social largement défavorable pour lui donner une saveur plus amère encore. Cette seconde erreur, la plus lourde sans doute, de la décision de la Ministre, nous attriste. Que penser de cette politique, qui consiste à sacrifier l’avenir de jeunes personnes, au nom de valeurs à peine évoquées, puisqu’on leur refuse d’entrer dans le débat, en leur indiquant gentiment la porte de sortie ?… Car, qu’a-t-on mis en place pour aider ces élèves à sortir indemnes de ce moment difficile ? Quel message ont-elles reçu jusqu’ici sinon qu’on ne veut plus d’elles ? Nous sommes indignés d’entendre que, pour seule réponse à cette question, la Ministre affirme que « les parents peuvent choisir une école adaptée à leurs aspirations »…

Qui s’intéresse encore aux « aspirations » de ces élèves et de leurs familles ? Aujourd’hui encore des jeunes filles sont venues interpeller le MRAX pour savoir ce qu’elles pouvaient faire pour trouver une école. Et il n’y a pas que les Athénées de Vauban et Gilly qui les poussent à la rue. C’est aussi le cas d’écoles supérieures, et même d’universités, qui subitement réaniment leurs règlements d’ordre intérieur, les unes au nom d’une (curieuse) conception extensive de la neutralité, les autres au nom de la sécurité… Que pouvons nous dire à ces jeunes gens ? Où les orienter ?

La troisième erreur de la décision de la Ministre de l’Enseignement obligatoire, est de contribuer à creuser un dangereux fossé entre deux groupes de citoyens. Car, inviter les parents à chercher ailleurs « une école adaptée à leurs aspirations » n’est-ce pas les pousser plus encore dans une logique de ghetto ? ou est-ce les inviter à trouver comme issue la création d’un réseau d’écoles confessionnelles islamiques ? S’il serait légitime, et légal, que les citoyens de confession musulmane se conforment au modèle belge du « pacte scolaire » qui finance autant l’école publique que confessionnelle, il est malheureux de laisser croire que l’islam n’aurait pas sa place dans l’école publique. Car personne n’est dupe : on a beau parler de « couvre-chef », il n’y en a jamais qu’un seul qui est systématiquement visé.

Enfin, la quatrième erreur de Marie Arena, n’est-elle pas de saborder son ambitieux « contrat pour l’école », quelques heures à peine avant la rentrée des classes ? En effet, comment concilier une telle attitude face à plusieurs priorités essentielles exprimées dans ce « contrat », parmi lesquelles on peut trouver la volonté de « favoriser la mixité sociale et culturelle », « lutter contre les écoles ghettos », « lutter contre tous les mécanismes de relégation »,… ou encore « renforcer le dialogue école-famille ». Dommage.





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