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Société

Licencié de Rotterdam, Tariq Ramadan monte au créneau

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 21 Août 2009

Tariq Ramadan est désormais persona non grata aux Pays-Bas. Sa dernière prestation télévisée sur la chaîne iranienne Press TV n’a pas plu à la ville de Rotterdam, qui l’a viré, cette semaine, de son siège de conseiller spécial à l’intégration. En travaillant pour cette chaîne, il est accusé de soutenir le régime iranien, pointé du doigt par l’Occident à la suite de l’élection controversée de Mahmoud Ahmadinejad. A l’approche des élections législatives, l’intellectuel musulman accuse la ville de l’utiliser à des fins politiques et se dit prêt à l’assigner en justice.



Licencié de Rotterdam, Tariq Ramadan monte au créneau
Entre Rotterdam et Tariq Ramadan, rien ne va plus. La municipalité ainsi que l’université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, ont annoncé, mardi 18 août avoir mis fin à leur collaboration avec l’intellectuel suisse. En cause : son intervention télévisée sur Press TV, une chaîne iranienne financée, selon Rotterdam, par le régime « répressif » de Mahmoud Ahmadinejad.

La ville estime, selon un communiqué de presse publiée mardi 18 août, que sa fonction au sein de Press TV est « inconciliable avec ses deux fonctions », à savoir celui de conseiller spécial à l’intégration pour la ville et professeur d’université, que M. Ramadan occupait depuis 2007. L’islamologue aurait dû donc rompre, « immédiatement et sans ambiguïté », le contrat qui le lie avec la chaîne à la suite des récents événements post-électoraux en Iran.

Ce n’est pas la première fois que le penseur musulman est accusé de tenir un « double discours ». Pourtant, il ne se laisse pas démonter, comme le suggère sa lettre ouverte à ses détracteurs datée de mardi et postée sur son site Internet.

Le show aurait « entaché la crédibilité » du penseur

Engagé par Press TV depuis avril 2008, M. Ramadan y assure un talk-show hebdomadaire, à Londres, intitulé « Islam and Life », sur les difficultés et les défis que rencontrent les musulmans en Occident. Surtout il assure n’avoir eu aucun contact avec les autorités iraniennes et avoir pris cette décision « après trois mois de réflexion ».

« J’ai toujours assumé mes choix, je n’ai jamais soutenu une dictature ni une injustice dans les sociétés majoritairement musulmanes comme dans toute autre société. Quant à ceux qui me reprochent "le principe" de présenter un programme de télévision dans une chaîne iranienne, je réponds que travailler pour une chaine de télévision n’impose pas de soutenir un régime », s’explique-t-il, assurant au passage avoir « condamné la répression et les tirs sur les manifestants à la suite des élections ».

« Quand j’ai accepté l’offre (…), je l’ai fait en étant clair sur mes conditions quant aux choix des sujets et à mon indépendance dans le cadre d’une émission traitant de religion, de philosophie et de questions contemporaines. J’ai tout rendu public », ajoute-t-il. Rotterdam connaissait donc bien ses activités au moment où elle l’a recruté et s’en est toujours accommodée.

Mais les violences, sans précédent, en Iran à la suite de la réélection controversée du président conservateur ont donné une raison aux élus municipaux de le congédier. Plusieurs d'entre eux assurent qu’il a désormais perdu en crédibilité pour organiser des débats favorisant le dialogue avec les musulmans aux Pays-Bas.

Licencié de Rotterdam, Tariq Ramadan monte au créneau

Un règlement de compte politique ?

Pourquoi cette soudaine prise de position de la ville ? Pour M. Ramadan, son limogeage intervient à l’heure où les partis politiques se préparent activement aux prochaines élections législatives prévues en 2011. Le choix des élus de Rotterdam semble alors stratégique.

« L’ombre de Geert Wilders (député néerlandais auteur de la vidéo Fitna, ndlr) n’est pas loin, lui qui gagne des voix en comparant le Coran au "Mein Kampf" de Hitler. Je suis devenu l’épouvantail et le prétexte au défoulement de passions politiques pas très saines : au fond, cette polémique dit davantage sur l’évolution inquiétante des Pays-Bas que sur ma personne ».

Son poste a été menacé une première fois en avril dernier lorsque les médias néerlandais lui avaient attribué des propos homophobes et sexistes. Après enquête, la mairie de Rotterdam lui avait renouvelé sa confiance. Cette fois, la rupture est consommée. Tariq Ramadan, qui enseigne l’islamologie à l’université d’Oxford, s’est déclaré prêt, mercredi, à attaquer la municipalité en justice sur la radio publique néerlandaise.



Lire aussi : En Europe, l’extrême droite en campagne contre l’islam





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