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Société

Libération des infirmières bulgares: la polémique enfle

| Jeudi 2 Août 2007

L’un des fils de Moammar Kadhafi affirme, mercredi, dans une interview que Paris et Tripoli ont conclu des accords secrets d’armement et de défense qui ont joué un rôle dans la libération des six praticiens bulgares. Alors que le président Nicolas Sarkozy nie, le PS, lui, réclame la transparence sur ce dossier.



Seïf al Islam Kadhafi
Seïf al Islam Kadhafi

Deux contreparties

Seïf al Islam Kadhafi, fils du dirigeant libyen, affirme dans une interview au journal Le Monde qu'il y a bien eu deux contreparties.

Paris et Tripoli ont conclu le 25 juillet un mémorandum sur un projet de fourniture d'un réacteur nucléaire civil permettant la dessalinisation de l'eau de mer, ainsi qu'un accord dans le domaine militaire, lors d'une visite à Tripoli de M. Sarkozy au lendemain de la libération des infirmières.

Selon des propos du fils du numéro un libyen, le "coeur du sujet" entre Paris et Tripoli n'est pas ce projet nucléaire, critiqué notamment en Allemagne, mais "l'affaire militaire".

Selon le fils du numéro un libyen, acteur-clef des négociations sur les infirmières, ce deuxième accord -dont le contenu exact n'a pas été révélé- porterait sur des exercices militaires conjoints, l'achat "à la France des missiles antichar Milan, à hauteur de 100 millions d’euros" et "un projet de manufacture d’armes".

Selon lui, des "représentants" des groupes français Thalès et Sagem "sont en Libye en ce moment même" pour ces contrats.

Interrogé ces affirmations en marge d'un déplacement mercredi, M. Sarkozy a réaffirmé qu'il n'y avait eu "aucune" contrepartie à l'élargissement des personnels médicaux bulgares et répondu "non" à la question de savoir si le contrat militaire avait joué un rôle. Il n'a fait aucun autre commentaire.

Une porte-parole du fabricant du missile Milan, MBDA (filiale de BAE Systems, EADS et Finmeccanica), interrogée par l'AFP, n'a pas souhaité commenter.

Thales n'a pas non plus souhaité faire de commentaire, tandis qu'aucun responsable de Sagem n'était disponible pour les commenter.

Un embargo non dit persistait

En 2004, un embargo européen sur les ventes d'armes à la Libye a été levé, mais selon le fils du colonel Kadhafi, "un embargo non dit persistait contre mon pays".

Il exprime l'espoir d'un prochain retour en Libye d'un ancien agent libyen Abdel Basset Ali al-Megrahi, emprisonné en Grande-Bretagne pour l'attentat de Lockerbie (Ecosse) qui avait fait 270 morts en 1988.

Ce dernier a été autorisé, fin juin, à faire appel de sa condamnation pour la seconde fois.

"Nous allons bientôt avoir un accord d’extradition avec le Royaume-Uni", dit le fils du dirigeant libyen. "Nos gens", ajoute-t-il en parlant d’officiels libyens, "étaient à Londres il y a un mois environ" pour en discuter.

Pour le moment, les autorités britanniques n'ont pas réagi.

Aucun argent libyen n’a été versé

Seif el-Islam Kadhafi, qui selon Le Monde assure n’avoir pas cru en la culpabilité des infirmières bulgares, affirme à nouveau "qu’aucun argent libyen" n’a été versé aux familles d’enfants libyens malades du sida, qui ont reçu au total 460 millions de dollars.

"Ce que je peux dire, c’est que les Français ont arrangé le coup. Les Français ont trouvé l’argent pour les familles. Mais je ne sais pas où ils l’ont trouvé", dit-il, refusant de confirmer une intervention du Qatar.

Dès la libération des Bulgares, la France et l'UE avaient remercié le Qatar pour son intervention "humanitaire", tout en refusant de préciser le rôle de l'émirat.

D’après le Canard Enchaîné paru mercredi, le dirigeant libyen souhaitait que l’argent vienne de l’Union Européenne "soit 452 millions d'euros, tout de suite". "Les procédures budgétaires de l'UE étant très lourdes, l'argent n'était toujours pas débloqué six mois après le premier accord de principe. Seuls 2,5 millions d'euros avaient été virés. (…)Sarko a alors téléphoné à l'émir du Qatar dans la soirée et, dans la nuit, le gouverneur de la Banque centrale du Qatar s'est envolé par avion spécial pour Tripoli, avec en poche un chèque de 452 millions d'euros. L'UE s'est engagée à rembourser le Qatar dans les six mois. Et, au matin, Kadhafi était content", poursuit le journal satirique.

François Hollande
François Hollande

Hollande réclame la transparence

Le premier secrétaire du PS François Hollande a de nouveau réclamé jeudi la "transparence" sur ces négociations avec la Libye pour la libération des infirmières bulgares.

"Ce que je demande, c'est la transparence: qu'est-ce qui s'est passé ? qu'est-ce qu'on a donné en échange" de la libération des infirmières et du médecin bulgares, a déclaré M. Hollande sur France 2.

"Et s'il n'y a pas eu échange, s'il n'y a pas eu troc, s'il n'y a pas eu de contreparties, pourquoi signer un accord militaire avec le régime Kadhafi, qui a été à l'origine d'actes terroristes, qui a été un Etat voyou ?", a-t-il poursuivi. "Je crois que le pire, c'est que (Bernard Kouchner) ignorait tout de cette affaire", a-t-il dit.

"Quand dans un régime démocratique comme le nôtre, le ministre des Affaires étrangères ne sait même pas qu'il y a eu, qu'il y aurait eu un accord militaire, nous sommes dans une omniprésidence qui pose un problème de transparence et de contrôle de l'exécutif", a affirmé le premier secrétaire du PS.




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