Un imam reçoit un courriel d'un éminent cheikh inconnu. Le lendemain, un coup de fil : le bienfaiteur mystérieux promet un don de plusieurs milliers d'euros, envoyé via un messager. Quelques jours plus tard, le messager appelle : il a raté son avion. Trois mille euros pour le sortir de l'aéroport, à envoyer via Western Union, en toute urgence s'il vous plaît. L'argent reçu, le messager se volatilise.
Non, ce n'est pas une mauvaise blague. Mais un scénario comme plein d'autres imaginé et exploité par une bande d'escrocs qui s'amusent de la naïveté d'imams et de responsables associatifs musulmans. Parfaitement renseignés sur les besoins matériaux de leurs potentielles victimes (projet de construction d'une mosquée ou d'une école), ils maîtrisent l'art de la persuasion, usant de leur parfaite élocution en langue arabe littéraire, assortie − pour couronner le tout − d'un fleuve de citations prophétiques et de versets coraniques à chaque bout de phrase.
Abdallah Deliouah, imam de la région lyonnaise, n'est pas tombé dans les mailles du filet. Averti par un ami coreligionnaire, il a vite compris l'escroquerie. « Un monsieur très éloquent m'appelle [...] et se présente comme un responsable d'un fonds mis en place par le gouvernement saoudien pour la construction des mosquées en Europe [...] et se propose de nous aider pour financer le projet », témoigne l'imam. « Il est donc, d'après ses dires, en Arabie Saoudite et il a un assistant qui est actuellement aux Etats-Unis. Son assistant viendra bientôt à Paris et il veut, évidemment, me rencontrer pour finaliser l'opération », poursuit-il. La suite, vous la connaissez.