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Les raisons de l'embargo sur les armes en Côte d'Ivoire

Rédigé par Bamba Amara | Vendredi 19 Novembre 2004

Dans une dépêche publiée cette semaine, l’AFP annonce qu'« Une association de défense des droits des gendarmes et militaires morts en mission a porté plainte mercredi à Lille contre le président ivoirien Laurent Gbagbo et son chef d'état-major pour «homicides volontaires avec préméditation» après le raid de l'armée ivoirienne à Bouaké qui a coûté la vie à neuf militaires français le 6 novembre. » En Côte d'Ivoire, le porte-parole du gouvernement a déclaré hier, que « Le président de la République a informé le conseil qu'il s'adressera à la Nation dans les prochains jours, relativement aux derniers développements de l'actualité ». Cette annonce de M. Hubert Oulaye, rendant compte d’un conseil de ministres, survient trois jours après une résolution des Nations unies prévoyant un embargo immédiat sur les armes en Côte d’Ivoire.



Dans une dépêche publiée cette semaine, l’AFP annonce que ' Une association de défense des droits des gendarmes et militaires morts en mission a porté plainte mercredi à Lille contre le président ivoirien Laurent Gbagbo et son chef d'état-major pour 'homicides volontaires avec préméditation' après le raid de l'armée ivoirienne à Bouaké qui a coûté la vie à neuf militaires français le 6 novembre. ' En côte d'Ivoire, le porte-parole du gouvernement a déclaré hier, que ' Le président de la République a informé le conseil qu'il s'adressera à la Nation dans les prochains jours, relativement aux derniers développements de l'actualité '. Cette annonce de M. Hubert Oulaye, rendant compte d’un conseil de ministres, survient trois jours après une résolution des Nations unies prévoyant un embargo immédiat sur les armes en Côte d’Ivoire.

La sanction onusienne contre la Côte d’Ivoire est assortie de mesures conditionnelles sur le gel des avoirs et des restrictions de déplacements des dirigeants, à compter du 15 décembre, s’ils ne mettent pas en œuvre les accords de paix de Linas-Marcoussis. Près de deux ans après leur signature intervenue au mois de janvier 2003 en région parisienne, les accords de Marcoussi constituent la base sur laquelle la France et le reste de la communauté internationale projettent l’avenir de la Côte d’Ivoire. Sur le terrain, il est évident que les clauses des accords de Marcoussi sont quasiment inapplicables car elles minimisent quand elles n’ignorent pas le fanatisme en cours dans les camps des belligérants.

Les illusions de la solution de Marcoussi

En théorie, les termes de Marcoussi ne rendent aucun des partis totalement gagnant ou totalement perdant dans les négociations. L’opposition armée a accepté d’intégrer le gouvernement. Elle a aussi promis de se soumettre à un plan de désarmement. De son côté, le pouvoir a accepté le partage du pouvoir, tout comme il s’est engagé à renoncer à la thèse de ' l’ivoirité ', forme locale de ' la préférence nationale ' chère au FN de Jean-Marie Lepen, à la source du conflit ivoirien. L’adoption de ces décisions, officiellement signées par tous les partis, conduirait inéluctablement vers une situation de paix négociée. Mais la pratique a montré les limites de ces accords sur le terrain.

Prenant pour prétexte des manifestations d’opposition des extrémistes de son parti, le Président ivoirien commencera par remettre en cause ' l’esprit des accords de Marcoussi ' avant de les déclarer ouvertement ' anticonstitutionnels '. Il se résoudra néanmoins, sous la pression internationale, à octroyer des postes ministériels à l’opposition. Mais se refusera à lui céder le poste de premier ministre et de ministre de la Défense, jugés sensibles. Le président Gbagbo trahira ses engagements de Marcoussi sous la pression de l’aile fanatique de son parti menée par son épouse connue de longue date pour son attitude particulièrement guerrière au sein du parti. Un fanatisme religieux désormais alimenté de références bibliques puisées dans la rhétorique de l'Eglise Shekinah Gloris, version locale d’une secte évangélique d'outre-Atlantique.

De leur côté, les rebelles accepteront implicitement le pouvoir de M. Gbagbo en siégeant au gouvernement. Mais prenant pour prétexte leur privation du ministère de la Défense, la rébellion rechigne à se soumettre au plan de désarmement et de casernement prévu par les accords de Marcoussi. Ils s’y opposent sous la pression de l’aile militaire du parti, menée par le sergent chef connu sous le sigle de I.B., très proche des ses hommes et en lutte interne avec l’aile politique du mouvement qui serait enclin aux discussions vers la paix négociée.

Ainsi, d’un côté comme de l’autre, la période de sursis militaire imposé par la présence des formes française le long de la ligne de démarcation a été mise à profit. Les rebelles ont recruté et formé les hommes de troupe qui leur faisaient défaut dans le vivier des jeunes de la population sous leur contrôle. Les Forces armées de Côte d’Ivoire (Fanci), fidèles au pouvoir qui contrôle la juteuse manne du cacao, feront appel aux services de mercenaires africains et occidentaux.

Houphouët ne voulait pas d’une vraie armée

Sous le pouvoir de Houphouët Boigny, les Fanci étaient une armée d’apparat. Officiellement, le premier chef de l’Etat ivoirien tenait à sa réputation d’homme de paix qui n’aimait pas les armes. Dans la réalité, la stratégie du président Houphouët s’inspirait des leçons de ses voisins en proie à de fréquents coups d’Etat toujours militaires. Un accord signé avec l’Armée française, au lendemain de l’indépendance, garantissait les frontières ivoiriennes contre toute agression étrangère. C’est seulement au début des années 90, que M. Houphouët se résoudra à constituer une véritable armée ivoirienne. Le général Guéï qui contribuera activement à cette tâche ne sera pas apprécié par M. Konan Bédié qui succède à Houphouët Boigny. Pour avoir refusé de réprimer les manifestations étudiantes, le général sera privé de la direction des hommes qu’il avait pourtant recrutés et formés. Ce sont ces hommes qui, suite à une mutinerie, iront chercher M. Guéï de sa retraite forcée pour le porter à la tête de leur mouvement puis à la tête de l’Etat ivoirien en décembre 1999.

Brillant militaire, M. Guéï s’avérera un piètre homme d’Etat. Ses ambitions présidentielles et son emprise sur ses hommes feront de lui un des hommes à abattre lors du soulèvement de septembre 2002, lorsqu’un mouvement de rébellion embrase les casernes ivoiriennes. Un an auparavant, après avoir échoué à se maintenir à la tête de l’Etat, M. Guéï s’était retiré dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire avec l’essentiel de ses hommes et leur matériel. Les Fanci, l’armée officielle du pays, étaient alors plus fournis en hommes mais d’une grande pauvreté en armes et en renseignement, comme le prouve l’aisance avec laquelle la rébellion réussit son action du 19 septembre 2002. Un retard que M. Gbagbo s’emploiera à combler.

Gbagbo s’était préparé à la guerre

Pour qui connaît l’armée de Côte d’Ivoire d’avant Laurent Gbagbo, l’attaque de positions françaises intervenue le 6 novembre dernier est une véritable énigme. A moins d’être une ' erreur d’information sur la cible ', cette attaque relève de la ' pure folie '. Car l’officier ivoirien qui donne l’ordre de lâcher des bombes sur des troupes françaises sait qu’il tire sur des hommes qu’il peut valablement considérer comme des ' compagnons d’arme ', voire des camarades d’école, tant les deux corps sont historiquement liés. Il n’est pas surprenant, au lendemain d’un week-end sanglant, de voir des patrouilles conjointes organisées par les deux armées. Mais il y a des raisons de croire que la voie de sortie par la guerre était définitivement adoptée par le pouvoir ivoirien fort de sa nouvelle armée.

Selon un rapport d’Amnesty international, ' La Côte d’Ivoire a signé en octobre 1998 le moratoire sur les armes légères de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Cela n’a pas empêché le gouvernement ivoirien d’importer des quantités considérables de matériel militaire, notamment en provenance de Chine. Entre novembre et décembre 2002, un Boeing 707 affrété par la filiale chinoise d’une entreprise allemande a acheminé une cargaison de matériel militaire depuis l’aéroport de la ville chinoise de Guanzhu jusqu’à Abidjan. Le chargement contenait notamment des cartouches pour 1000 chargeurs de mitraillettes T62mm et un million de cartouches ordinaires de calibre 7,62 mm. Il aurait été livré par une compagnie aérienne dont le siège se trouve en Ouganda et qui est dirigée par deux pilotes belges et un ingénieur allemand. ' Autant d’éléments que Paris a pris en compte et introduisant sa demande de sanction envers ce pays que chacun s’accorder de nommer son ' pré-carré ' africain. Reste à savoir dans quelle mesure la résolution de l’Onu sera respectée. La destruction de partie de la flotte aérienne des Fanci, doublée de la sanction de l’Onu devrait certainement le Président ivoirien à renoncer à sa vocation de chef de guerre. C’est le mieux que l’on puisse souhaiter à la Côte d’Ivoire.





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