Les mille et un délits de Tariq RamadanRédigé par Bamba Amara | Jeudi 27 Novembre 2003
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« Il est plus facile de détruire un atome que de détruire un préjugé », disait Albert Einstein, le père de la bombe atomique. La destruction d’un atome produit une explosion, une bombe atomique. Heureux qui saura détruire les préjugés qui entourent Tariq Ramadan.' Il est plus facile de détruire un atome que de détruire un préjugé ', disait Albert Einstein, le père de la bombe atomique. La destruction d’un atome produit une explosion, une bombe atomique. Heureux qui saura détruire les préjugés qui entourent Tariq Ramadan. Le délit de double langage Débout sur l’estrade, dans un amphi d’université, assis à même le sol, sur un tapis de mosquée, il est égal à lui-même : serein, imperturbable. Il est partout à son aise. Son verbe est propre et approprié. Paroles simples, idées fortes qui coulent fluides, intarissables. Partout où il prend la parole, Tariq est une voix écoutée. Un peu trop écoutée avait jugé M. Pasqua alors ministre de l’intérieur. Tariq fut donc, un temps, il n’y a pas si longtemps, interdit de séjour en France. A mi-chemin entre la démonstration universitaire et le sermon de prédicateur, le discours de Tariq s’appuie sur l’intellect pour frapper le cœur. Capable de citer le Coran et le Hadith, capable de citer Nietzsche et Hegel, le philosophe musulman vogue sur les deux fleuves sans changer de barque. De là vient justement le premier délit qu’on lui connaît. Sous le vocable algébrique de ' double langage ', l’on reproche à Tariq sa rhétorique à géométrie variable. Public de Masjid (mosquée) ou public de Fac, l’homme sait trouver le mot juste. Il parle aux gens ' selon leur entendement '. Devant les cours de justice, dans les colonnes des journaux, il est cité et maint fois accusé de ce délit fort bien fortuit : Le délit d’éloquence. Le délit de beau gosse Non content de remplir les amphis et les mosquées, Tariq remplit aussi des pages. Sur la théologie qu’il a étudiée et qu’il enseigne, il a parfois écrit. Sur le débat social de la présence musulmane en Europe, il a aussi édité. En se positionnant contre la forme d’institutionnalisation de l’Islam en France, ce citoyen suisse a flirté avec la Politique française. Une fois le processus abouti, il s’est adressé avec véhémence aux nouveaux élus pour leur rappeler leur devoir historique. Cette ' politique de la chaise vide ' a écarté Tariq du débat public sur l’Islam en France. Sorti de scène par la petite porte, il a trouvé le moyen d’y revenir par la grande porte. Au passage, il collecte un délit de plus. Le délit d’antisémitisme Le Monde refuse de publier le papier. Notre confrère oumma.com l’accueille avec bienveillance. La diffusion de l’article met le feu aux poudres. Les contre-attaques ne se comptent plus. Tariq Ramadan que l’on avait un peu oublié revient de plus bel au devant d’une nouvelle scène : la scène politique. Il y est accusé d’antisémitisme. Bien entendu, il s’en défend et invite ses interlocuteurs à débattre du fond de son article. Il n’en sera rien. L’on comprend ainsi que Tariq s’est trompé de scène. Il n’est pas sur la scène intellectuelle où il se croyait. Mais le mal est fait. Plus que le délit de ' double langage ', plus que le délit de ' beau gosse ', le délit d’antisémitisme s’est toujours avéré fatal en France. L’on se souvient que le philosophe Roger Garaudy, après sa conversion à l’Islam, en a fait les frais. Pour avoir osé bousculer certaines idées sur la question juive, il fut classé ' antisémite/révisionniste '. Dans sa mort médiatique subite, Garaudy entraîna son fidèle ami l’Abbé Pierre. Pourtant, à la manière d’un miraculé, Tariq survit à l’attaque. Au contraire de Roger Garaudy qui n’avait qu’une assise intellectuelle, Tariq possède non seulement une argumentation intellectuelle mais une solide assise populaire et communautaire. Mais, depuis ce ' malheureux papier ' sur Oumma.com, il est sous les tirs nourris et croisés d’associations sionistes françaises et du Parti socialiste. Le PS orchestrera une campagne de dénigrement en vue de l’exclure du 2nd Forum social européen. La campagne échouera. Mieux, Tariq saura s’allier le FSE et élargir le cercle de ses amis. C’est alors que la presse de grande diffusion sort le ' grand jeu '. Le quotidien Le Parisien consacre sa une à Tariq Ramadan. Mais qui est donc Tariq Ramadan ? s’interroge-t-il dans son édition du vendredi 14 novembre. Puis il monte un dossier où il verse dans un style peu honorable pour la profession: le journalisme d’intoxication. Le dossier en dit plus sur les intentions du journal que sur le sujet traité. De quoi se demander ce que l’on veut faire à cet intellectuel. Un homme seul, sans support médiatique, sans appareil politique, sans ambitions économiques, sans projet autre que la promotion de ses points de vues d’universitaire. Le délit de dispersion Et, selon la logique classique des stratèges du dénigrement, Tariq n’est pas au bout de ses peines. Après l’avoir attaqué sous la ceinture, sans succès ; après l’avoir attaqué dans ses idées mais en vain et après avoir échoué à le couper de ses amis, l’on s’attend prochainement à le voir attaqué dans ses biens et ses possessions. Et il y a de quoi s’inquiéter pour son intégrité physique. L’on s’interroge donc sur le sens de son combat politique. En tant que penseur et enseignant spirituel reconnu, ne gagnerait-il pas à passer son chemin loin de certains types d’aboiements ? Il n’y perdrait rien et la jeunesse musulmane montante d’Europe y gagnerait certainement beaucoup. Cocktail de divers autres délits Une heure durant, dans l’enceinte de la Mosquée de l’Union, Tariq a tenu en haleine quatre milliers d’auditeurs sur le thème de ' la pudeur '. Pudeur spirituelle, pudeur intellectuelle et pudeur physique où il égratigne au passage, et seulement au passage, la ' question du foulard '. Ce soir-là , comme bien souvent dans ses rencontres, Tariq s’est rendu coupable d’un autre délit que d’aucun ose indirectement lui reprocher : Le délit de pertinence intellectuelle. Petit-fils de Hassan al-Banna, leader historique devenu un mythe moderne puisque fondateur des Frères musulmans d’Egypte, Tariq Ramadan est souvent accusé de ' délit de naissance '. Il est régulièrement et insidieusement associé à Hani Ramadan, son frère aîné, dont les propos sont souvent jugés rigides. C’est alors que Tariq est aussi accusé de ' délit de fraternité '. Il a beau s’expliquer aux journalistes qui lui reprochent les prises de positions tranchées de son aîné : ' avec mon frère cela fait vingt ans qu’il y a débat ' répète-t-il. Mais il n’y a rien à y faire. La question revient toujours... Einstein l’a dit : mieux vaut briser un atome, les préjugés ont la peau trop dure.
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