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Les combattantes de l'islam

Rédigé par Nicole Muchnik | www.lemonde.fr | | Vendredi 1 Avril 2011



« J’ai vu des milliers de femmes chaque jour, jouer tous les rôles : elles crient les slogans, elles s’occupent de l’organisation, soignent les blessés et mobilisent les gens. » Cette affirmation de l’écrivain égyptienne Marwa Elnaggar semble encore nous surprendre. Pourtant, la force des femmes est partout la même, en Orient comme en Occident et dans l’Islam comme ailleurs. Ce sont les conditions qui leur sont faites qui occultent souvent leur rôle fondamental dans leurs propres sociétés et dans la marche de l’histoire.

Faut-il rappeler le rôle de Djamila Bouhireb, de Djamila Boupacha et de tant d’autres martyrs dans la guerre d’indépendance algérienne ? Ou l’importance de Wassila Tamzali, vétérane d’un combat pour l’égalité des femmes Directrice de Programme à l’UNESCO et décorée du « ‘Lifetime Achievement Award »’ pour sa lutte contre l’esclavage et l’exploitation sexuelle.

La doyenne de nos héroïnes est probablement l’Égyptienne Nawal Al Saadawi. Bien connue pour ses mérites – , Nawal Al Saadawi mène aussi un combat inlassable pour l’émancipation de la femme dans l’Islam, pour la récupération du nom de la mère associé à celui du père, pour l’avortement, et contre l’excision ou les abus sexuels sur les enfants. La afgana Shukria Haidar lutte depuis 30 ans et crée des écoles clandestines, dont 26 à Kabul. Discriminées dans leur pays d’origine, menacées, exilées, sont aussi la Syro-Américaine Wafa Sultan, Irshad Manji asiatique née en Ouganda, Seyran Ates Turque-Allemande et la Turque Necla Kelek, qui toutes ont commis l’impardonnable offense de prendre nos principes démocratiques au sérieux.

La vague de révoltes qui submergent presque tous les pays de l’Islam met en relief une fois de plus le rôle des femmes dans la lutte pour le progrès de tous. Dans la Tunisie précurseure du mouvement, elles étaient là, sur la place Tahrir ou l'Avenue Bourgiba, par dizaines de milliers. « Les femmes ont joué un rôle crucial, devaient déclarer les commissaires européennes Ashton et Reding « elles doivent être prises en compte dans les changements institutionnels qui s'amorcent». «Leurs droits doivent être au premier rang des priorités». Pour ne citer qu’un blog, celui de Lina Ben Mhenni “Tunisian Girl” joua un rôle prépondérant.

En Egypte, Ghada Shahbandar, militante de l’Egyptian Organization for Human Rights observe : “Un manifestant sur cinq était une femme”. C’est Asmaa Mahfouz qui avait organisé les manifestations. Des blogueuses comme Mona Seif ou Gigi Ibrahim ont pris des risques pour témoigner sur Internet et sur les télévisions étrangères.

En Libye, « ce sont les femmes qui, les premières, ont défié l'interdiction de manifester » raconte Naeïma Gebril, juge à la cour d'appel de Benghazi, à Maïté Darnault, journaliste de Rue89 : “ Le 15 février, les mères de milliers de prisonniers morts en détention sont venues se poster devant le tribunal de Benghazi avec les portraits de leurs fils, car Fethi Tril, un des avocats qui avaient plaidé leur cause avait été arrêté la veille. Des femmes sont rentrées à la maison pendant les violences, mais elles ont toujours fait partie des manifestations. Dix jours après, elles étaient toujours là. » A Benghazi, les femmes ont désormais leur espace réservé dans les rassemblements de soutien à la révolution du 17 février. Présentes dans les rassemblements populaires, elles le sont aussi dans l’organisation de la dissidence : l’une d’elles, dont l'identité est tenue secrète, participe au Conseil national de transition libyen. Trois autres, dont l'avocate Salwa Bougaghis, siègent au nouveau conseil municipal de Benghazi.

Au Yemen, qui aurait pu penser qu’une fillette de dix allait se rebeller ouvertement contre son mariage forcé a un homme de trois fois son âge, demander et obtenir le divorce ? Soutenue par la docteure Nafissa Al-Jaïfi, cette lutte et cette conquête ont secoué profondément la société yéménite et d’aucuns y voient un premier sursaut contre les abus du pouvoir et de l’islam dans ce pays. La militante Tawakoul Karman dit espérer que la révolution fasse non seulement tomber le régime, mais aussi les archaïsmes. Et dans la contestation naissante en Arabie Saoudite, les femmes paraissent même plus mobilisées que les hommes.

Il reste à espérer que les révolutions triomphantes ne les oublient pas au moment d’installer les nouveaux pouvoirs et de rédiger les nouvelles constitutions. Le cas de l’Algérie est dans ce sens le paradigme du pire. Malgré le rôle joué par la femme dans la résistance à l’occupant ou dans les phases de construction nationale, la loi de statut personnel d’inspiration intégriste adoptée en 1984 et amendée en 2005 réduit la femme algérienne à un statut de quasi-mineure des plus dégradants, notamment en matière de mariage, de divorce, de succession ou de tutelle des enfants, créant de fait une sorte de sous-citoyenneté. 49 ans après l’indépendance de l’Algérie, les filles des combattantes en sont encore à réclamer des parcelles d’égalité.


Source : www.lemonde.fr | mercredi 30 Mars 2011





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