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Société

Les 20 bougies d'Etudiants musulmans de France

L'engagement des jeunes au sein de la société

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 8 Mai 2009

Vingt ans se sont écoulés depuis la création de l’Union islamique des étudiants de France (UISEF), devenue Etudiants musulmans de France (EMF) en 1994. L’occasion de faire le point sur le travail effectué et les perspectives d’avenir tout en tenant compte des difficultés auxquelles l’association fait face, par les voix du premier président-fondateur d’EMF, Fouad Alaoui, et de l’actuel responsable, Khalil Ould El Mounir.



L'actuel président de l'EMF, Khalil Ould El Mounir, en présence de trois de ses prédécesseurs.
L'actuel président de l'EMF, Khalil Ould El Mounir, en présence de trois de ses prédécesseurs.
Mai 1989- mai 2009. Pour célébrer les 20 ans d’EMF, tous les présidents se sont retrouvés en avril dernier lors de la 26e Rencontre annuelle des musulmans de France, au Bourget. Tous ont ainsi dressé un bilan positif, à commencer par le membre fondateur de l’association, Fouad Alaoui.
« Les fondateurs ne pensaient pas au début que l’association serait d’ampleur nationale et qu’elle regrouperait des milliers d’adhérents et de sympathisants », confirme l’actuel président d’EMF, Khalil Ould El Mounir, pour Saphirnews.

EMF, une structure française

L’UISEF est née d’un constat simple. En dépit du grand nombre de structures syndicales, sportives ou culturelles animant les facultés – à commencer par celle de Bordeaux, d’où l’initiative est partie –, « les étudiants français musulmans ne disposaient jusque-là d’aucun espace d’expression spécifique »*.

Même s’il existe des associations d’étudiants étrangers organisées par nationalité, elles sont souvent créées à l’initiative des gouvernements des pays d’origine « soucieux de contrôler leurs citoyens »*. Les musulmans ont « des besoins particuliers, et la nécessité de mettre sur pied une structure spécifique s’impose comme une évidence »*, d’autant que leur nombre en France ne cesse d’augmenter. Pour M. Alaoui, « on a réussi, avec le temps, à s’imposer ».

EMF fête ses 20 ans à la 26e Rencontre annuelle des musulmans de France : remise d'un « diplôme » symbolique à Fouad Alaoui, premier président d'EMF.
EMF fête ses 20 ans à la 26e Rencontre annuelle des musulmans de France : remise d'un « diplôme » symbolique à Fouad Alaoui, premier président d'EMF.

Un renouvellement constant

Président de 1989 à 1993, M. Alaoui revient sur certaines difficultés. « Les responsables qui m’ont succédé ont réussi à assurer la pérennité de l’institution, à faire face à la nouvelle réalité qui s’est installée. Au début, nous rassemblions des étudiants qui venaient de l’étranger. Grâce aux principes institués dès le départ, une nouvelle réalité s’est installée depuis. Aujourd'hui, les étudiants musulmans sont ainsi pour l’essentiel des Français ».

Depuis, M. Alaoui a fait du chemin. Il est l’actuel vice-président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). « Nous considérons EMF comme JMF (Jeunes musulmans de France, ndlr) comme faisant partie des associations spécialisées avec lesquelles l’UOIF est partenaire sans avoir une affiliation structurelle », explique-t-il.

D’autres présidents lui ont succédé jusqu'à, aujourd’hui, M. Ould El Mounir, 30 ans. Ancien secrétaire national d’EMF et ex-président de la section d’Amiens (Picardie), il a été élu en octobre dernier pour un mandat de deux ans.

Entre-temps, l’UISEF est devenu EMF. L’association souhaite devenir « l’interlocuteur incontournable des étudiants »*, notamment ceux de confession musulmane. « Il fallait mieux avoir un nom qui se centre sur l’étudiant en lui-même et pas nécessairement sur la portée islamique », explicite M. Alaoui.

Une association aux multiples facettes

Activités culturelles, sociales, sportives ou encore syndicale… tout semble y être. Apolitique et bien que se réclamant « de sensibilité musulmane », se comparer aux syndicats UNEF ou Sud Etudiant n’est pas une mauvaise chose. « Il y a un débat au sein même de l’association, à savoir quelle est la proportion de l’activité syndicale au sein d’EMF ? Or le syndical consiste à défendre les intérêts des étudiants et ce n’est l’exclusivité de personne. On ne peut pas faire abstraction de cette activité, mais c’est un élément parmi d’autres dans l’œuvre d’EMF », insiste le responsable de l’UOIF.

Alors qu’inspirent à M. Ould El Mounir les grèves qui secouent le monde étudiant depuis plus de quatre mois ? « Nous sommes contre les blocages. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure solution, car perdre un semestre ou une année pour un étudiant est très pénalisant, beaucoup n’ont pas les moyens de recommencer. Mais on pense que la politique menée par le Ministère (de l’Enseignement supérieur, ndlr) est inquiétante pour les couches les plus fragiles de notre société. On demande à ce que la ministre s’assoit avec tous les représentants des étudiants et des professeurs pour trouver une solution consensuelle », déclare-t-il.

Lutter contre les discriminations

Mais d’autres priorités existent. EMF se consacre à l'amélioration de la vie étudiante. D’abord, il s’agit de « servir et (d’)aider les étudiants de France sans distinction aucune », fait savoir le président. Puis EMF reste encore très proche de ses préoccupations concernant la lutte contre les discriminations, en s’engageant dans le débat sur la présence de l’islam en France et de son intégration dans le contexte culturel pour participer à la normalisation de ce culte.

Bien qu’EMF soit ouvert à tous les étudiants de toutes religions, de toutes sensibilités religieuses et quel que soit le degré de pratique de chacun, les amalgames sont nombreux aujourd’hui « et ce n’est pas seulement EMF qui en souffre, mais toutes les structures qui touchent de près ou de loin l’islam », selon M. Ould El Mounir.

L’association ne tente pas d’apporter des solutions « à tous les maux qui touche la communauté musulmane ». Son champ d’activité demeure l’université. Mais l’islam « est perçu comme quelque chose de négatif et devient objet de tous les fantasmes » et, pour certains, EMF est une association religieuse et communautaire, ce qui est « archifaux ; ce sont des raccourcis parfois faits par des organisations ou des présidents d’université », répète le président.

Comprenant aujourd'hui 14 sections sur le territoire national, l'EMF espère en doubler le nombre d'ici à cinq ans.
Comprenant aujourd'hui 14 sections sur le territoire national, l'EMF espère en doubler le nombre d'ici à cinq ans.

De la difficulté à s’imposer

EMF a du mal, malgré tout, à s’imposer. De tous les CROUS, elle ne compte qu’un élu dans le CROUS d’Amiens contre 11 en 2002. Se faire entendre est donc difficile. Un échec qualifié de « relatif » par M. Ould El Mounir. « Aux dernières élections, nous n’avons pas régressé en termes de voix, mais nous ne nous sommes pas présentés dans toutes les villes. La décision de se présenter ou non aux élections revient exclusivement aux sections, en fonction de ses priorités ».

Autre constat : alors que l’Île-de-France concentre un fort nombre de musulmans, EMF reste peu présent et ne dispose que d’une section depuis plus de cinq ans pour toute la zone. « Un plan de découpage » a donc été récemment adopté pour développer sa présence.

Cependant, l’association espère s’implanter dans six universités supplémentaires, passant de 14 à 20 sections d’ici à deux ans et une trentaine d’ici à cinq ans. Des campagnes de communication sont prévues ainsi que l’organisation d’activités pour présenter l’association aux villes et aux étudiants… et ainsi agrandir le réseau, constitué de « près de 5 000 adhérents » sans compter les sympathisants, selon M. Ould El Mounir.

Un réseau à entretenir

Renouveler les membres est une problématique qui touche toutes les associations estudiantines. « Les étudiants restent, pour la plupart, trois ou quatre ans. Si l’association assure sa présence dans la fac, le problème du renouvellement ne se pose pas », explique le président.

Quant à M. Alaoui, « la motivation » est la solution. « EMF se renouvelle souvent par sa nature, on ne reste pas étudiant à vie ! Elle ne peut pas vraiment être performante s’il n’y a pas de structure en aval telle que JMF (Jeunes Musulmans de France), qui s’adresse à des personnes plus jeunes ou qui ne sont pas nécessairement étudiants ».

Un succès malgré tout ? Bien que le bilan soit positif, il ne faudrait pas se reposer sur ses lauriers. « Je ne peux pas parler de succès, car il faut savoir modeste. Il y a toujours matière à s’améliorer. C’est bien, c’est encourageant, mais il reste beaucoup de choses à réaliser », conclut M. Alaoui.



Site officiel de EMF
* Source : Qu’est-ce-que l’EMF ?, Editions de L'Archipel, coll. « L'information citoyenne », 2009.





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