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Votre revue de presse

Le soulier volant n'en finit pas de faire des émules

Rédigé par pouf.badaboum@gmail.com | Mercredi 24 Décembre 2008

IRAK. En lançant ses chaussures au visage du président George Bush, le journaliste Mountazer al-Zaïdi est devenu une icône planétaire.

Par Caroline Stevan
Mercredi 24 décembre 2008



Le coup de pompe, en fin d'année, est un mal répandu. Mountazer al-Zaïdi l'a popularisé outre mesure. Le journaliste irakien qui a jeté ses souliers au visage de George Bush le 14 décembre est devenu une icône, son geste frondeur n'en finit pas de provoquer des remous. Retour sur un buzz devenu planétaire.



L'événement

Le 14 décembre, donc, le président des Etats-Unis effectue une visite surprise à Bagdad, soucieux de faire ses adieux aux GI stationnés dans la zone. Après avoir rencontré les dirigeants du pays, il donne une conférence de presse visant à convaincre l'opinion d'un dénouement proche et heureux, après cinq ans et neuf mois de guerre. Au moment des traditionnelles questions, le correspondant au Caire de la chaîne Al-Bagdadi lance une chaussure, puis deux, en direction de George Bush. «C'est le baiser de l'adieu du peuple irakien, espèce de chien. De la part des veuves, des orphelins et de ceux qui ont été tués en Irak.» L'insulte est suprême; dans le monde musulman, tant les canidés que les semelles sont associés à des offenses, de celles que l'on réserve à son pire ennemi. Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, lève vigoureusement une main pour essayer d'intercepter... la deuxième savate. Bush les évite l'une après l'autre et déclare finalement: «Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est du 43.» Sur la vidéo, presque aussitôt diffusée via des sites internet des quatre coins du globe, on voit Mountazer al-Zaïdi plaqué au sol par des agents de sécurité irakiens. Selon son frère Durgham, il est hospitalisé deux jours après avec un bras et des côtes cassés. Il porte plainte. Quelques jours plus tard, un autre frère, Oudaï, affirme que le journaliste a été torturé en prison, à coups de barre de fer et de câbles électriques. Son bras, en revanche, serait entier. L'avocat de l'accusé évoque de son côté de multiples hématomes et une dent cassée.

La gloire

Le 15 décembre, l'histoire est relayée par nombre de journaux, les réactions affluent du monde entier. Le Hezbollah appelle à considérer le frondeur comme un héros. Une association caritative présidée par la fille du président libyen, Mouammar Kadhafi, annonce sa décision de le décorer de l'«Ordre du courage». Une chaîne de télévision libanaise offre un emploi au journaliste, promettant de le rémunérer dès le lancer de la première chaussure. Des centaines de manifestants, en Irak, au Liban, en Egypte, au Pakistan ou encore au Canada, exigent la libération du reporter, souliers à la main. Quelques autres dénoncent un manque de savoir-vivre et un manquement grave au légendaire sens de l'accueil des musulmans. Deux cents avocats proposent leurs services pour défendre l'insolent, dont un ancien défenseur de Saddam Hussein. Il refuse de partager un juriste avec l'ex-dictateur. Le journaliste risque jusqu'à 15ans de prison pour «agression d'un chef d'Etat étranger en visite en Irak». Il doit être jugé le 31décembre par la Cour criminelle centrale d'Irak, qui tranche les affaires de terrorisme. Chaque jour, la presse véhicule de nouvelles informations sur l'affaire et son principal protagoniste. Où l'on apprend que Mountazer al-Zaïdi, 29ans, a rejoint la chaîne Al-Bagdadia en 2005, qu'il possède un poster de Che Guevara chez lui, qu'il déteste la violence et les bombes, mais aussi les Américains. La tante du jeune homme révèle encore que son neveu «vou- lait depuis longtemps frapper Bush avec une chaussure, il a donc réalisé son rêve».

Les produits dérivés

La vidéo de l'agression est reprise, trafiquée, détournée. George Bush reçoit, tour à tour, des chats dans la figure, des canards en plastique, des nuggets, des lavabos ou des bébés. On le voit ondoyant autour d'un mocassin, dans une scène mythique volée au film Matrix. Austin Powers est également mis à contribution. D'autres versions tentent de venir en aide au chef d'Etat malmené: basketteurs ou superhéros interceptent brillamment les godasses. Bush, Maliki et Zaïdi, encore, disputent une petite partie de volley. Une variante met en scène des chaussures pénétrant dans les tours du World Trade Center. Dailymotion, YouTube et autre sites de partage de films, sont les vitrines de prédilection de ces bidouilleurs d'images. Très vite, un jeu est mis en ligne (http://www.sockandawe.com), permettant à l'internaute de reproduire le geste scandaleux. D'un pupitre marqué du drapeau irakien émerge régulièrement une tête de président américain, il s'agit - en 30 secondes - de lui envoyer le plus de coups de mocassin possible. Très vite, le site est saturé; collègues et amis essayant de battre tous les records (15 est le meilleur score, à la connaissance de la rédaction du Temps). Mardi après-midi cependant, il était à nouveau accessible et affichait, à 15h53, un nombre de 55011484 souliers ayant atteint leur cible. D'autres divertissements permettent de se placer du côté de Bush et d'éviter les semelles volantes (Flying Babush) ou encore dans la peau d'un garde du corps susceptible de les dégommer. Des t-shirts en vente sur Internet relatent, à leur manière, l'événement. On y voit par exemple un soulier avec la mention «Arme de destruction massive trouvée», une tête de Bush sur un corps de chien et un portrait d'al-Zaïdi estampillé «Héros» ou «Libération».

La chaussure

La chaussure, elle aussi, devient une star. Un fournisseur d'Istanbul en réclame la paternité. Le modèle, baptisé 271, pèse 300 grammes l'unité et vaut 19 euros la paire. Monsieur Türk, directeur des ventes, assure qu'il a reçu 370 000 commandes depuis le 14 décembre, il en écoule en général 15 000 dans l'année. Une centaine de personnes auraient été embauchées pour faire face à la demande. Durgham, un frère de Mountazer al-Zaïdi, dénonce la cupidité ambiante: «C'est n'importe quoi. Ces gens qui cherchent à se faire de la publicité sur le dos de mon frère sont des pêcheurs en eau trouble. Les Syriens clament que ces chaussures sont fabriquées en Syrie, les Turcs font pareil. Certains disent qu'il les a achetées en Egypte. Autant que je sache, il les a achetées à Bagdad et elles ont été fabriquées en Irak.» La paire «originale», en tout cas, n'existe plus. Elle a été détruite par les services de sécurité irakiens et américains lors de l'analyse permettant de vérifier qu'elle ne contenait pas d'explosifs. Une démolition que regrette Dhiya al-Saadi, l'avocat du journaliste: «Les chaussures avaient pris beaucoup de valeur et étaient devenues un symbole de résistance pour les Irakiens. Ces chaussures étaient saintes.» © Le Temps, 2008 . Droits de reproduction et de diffusion réservés. Source : Le Temps.ch




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