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Culture & Médias

Le sondage polémique du JDD qui renforce les clichés

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Lundi 1 Février 2016



Le sondage polémique du JDD qui renforce les clichés
Le Journal du Dimanche a suscité dimanche 31 janvier une polémique après avoir consacré une double page à « La grande peur des juifs de France ». Cet article présente les résultats d'« une grande enquête sur le "vivre ensemble" » visant à analyser la perception des Français concernant la religion ou la diversité ethnique du pays.

L'étude Ipsos a été réalisée entre juillet 2014 - avant les attentats de Paris l'année suivante - et juin 2015 pour la Fondation du judaïsme français sous le contrôle du CNRS et de l'EHESS auprès d'un échantillon de 1 005 Français. Le ton est donné dès le départ : un tiers des Français « considère qu'une situation raciste peut se justifier », une des six propositions suggérées aux sondés qui révèlent déjà des libellés de questions largement orientés. Ainsi, l'étude souligne que 54 % des Français interrogés estiment que « l’immigration n’est PAS une source d’enrichissement pour la France » et 39 % considèrent « que la pauvreté n’est PAS la principale cause d’insécurité, c’est l’immigration ».

Une des questions qui a enflammé la Toile est la suivante : « Vous-même, au cours de l'année, avez-vous personnellement rencontré des problèmes (insultes, agressions, ...) avec une ou plusieurs personnes issues des groupes suivants ? ». Les réponses proposées aux personnes sondés sont : « origine maghrébine », « Roms », « confession musulmane », « origine africaine », « confession catholique », « confession juive » ou encore « origine asiatique ».

Le sondage polémique du JDD qui renforce les clichés

Un sondage vecteur de clichés

Le sondage sacre ainsi les personnes d'origine maghrébine, celles de confession musulmane ainsi que les Roms en tête tandis que les catholiques, les juifs et les personnes d'origine asiatiques sont en bas du classement. Les personnes d'origine africaine (précision faite avec un astérisque, subsaharienne) figurent, elles, dans le « ventre mou » du classement.

Les internautes ont tôt fait de réagir, dénonçant un sondage anxiogène qui contribue aux amalgames et aux clichés. C'est le cas de le dire. Notons aussi l'absurdité de la question puisqu'il arrive rarement qu'un individu demande à son agresseur quelle est son origine ou sa confession et que les apparences peuvent aussi être trompeuses. Par ailleurs, la liste des réponses est très floue et loin d'être exhaustive puisque les confessions et les ascendances géographiques peuvent se recouper.

Alors que les personnes de confession juive et d’origine asiatique sont considérés comme majoritairement bien intégrées, 89 % des sondés estiment que les personnes de confession musulmane sont mal intégrés car « elles refusent de s’ouvrir sur la société ».

En ce sens, une autre question suscite aussi des réactions : « Comment réagiriez-vous si votre fils/fille épousait... ». Les réponses suggérées sont : « un(e) catholique », « un(e) athée », « un(e) musulman(e) », « un(e) juif/juive », « un(e) Noir(e) », « un(e) Asiatique », « un(e) Magrebin(e) », « une personne du même sexe ».

On y apprend, là encore, que les Maghrébins et les musulmans forment la catégorie la plus honnie des éventuels beaux-parents qui préfèrent majoritairement les catholiques et les athées. Par ailleurs, la plupart préféreraient que leur enfant épouse une personne du même sexe plutôt qu'un Arabe ou un musulman. Le sondage ne pose cependant pas la question des Arabes ou des musulmans homosexuels...

En outre, « les préjugés antisémites sont largement répandus au sein de la population musulmane, plus que chez l’ensemble des Français » avec « 51% des musulmans se déclarent d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés ». Pourtant, l'échantillon des répondants musulmans - ou même juifs - est trop faible pour être comparé à l'ensemble du panel, qui est lui-même faible pour une étude qui se présente comme une « grande enquête » sur 18 mois. D'autre part, cette volonté de séparer l'opinion des « Français » des répondants musulmans laisse à croire que ces derniers sont des éléments étrangers à la France. Le dossier sensé être consacré à la grande peur des juifs s'est transformé en un nouveau réquisitoire sondagier contre les musulmans.

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