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Monde

Le génocide arménien évoqué, le clash assuré entre la France et la Turquie

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 22 Décembre 2011

Les politiques veulent légiférer sur l'Histoire. Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, les députés français vont examiner, jeudi 22 décembre, une proposition de loi punissant la négation du génocide arménien de 1915. Un texte qui entraîne une crise diplomatique avec la Turquie, qui récuse le terme de génocide. Malgré les pressions et les menaces de boycott des autorités turques, l’Assemblée nationale ne lâche rien. De leur côté, les historiens s'opposent à cette loi qui fige l'Histoire.



Le président turc Abdullah Gül et son homologue français, le 25 février 2011 à Ankara. Le génocide arménien met aujourd'hui à mal les relations franco-turques.
Le président turc Abdullah Gül et son homologue français, le 25 février 2011 à Ankara. Le génocide arménien met aujourd'hui à mal les relations franco-turques.
L’Assemblée nationale est bien partie pour faire adopter la proposition de loi punissant la négation de tous les génocides. Elle entend par « tous » ceux qui sont reconnus par l'Etat français. Jusque-là, seule la négation de l’Holocauste est passible de poursuites pénales. Le génocide arménien de 1915-1917, qui a fait, selon l’Arménie, 1,5 million de morts sous l’Empire ottoman, est désormais dans le viseur des députés.

Les législateurs ont reçu la bénédiction du gouvernement et particulièrement de Nicolas Sarkozy. Celui-ci, qui a effectué en octobre dernier un voyage officiel en Arménie, avait appelé la Turquie à reconnaître le génocide en signe de « réconciliation » avec son voisin et avait suggéré, le cas échéant, de pénaliser en France la négation de ce fait historique contesté par les Turcs.

Paris a officiellement reconnu le génocide depuis la loi du 29 janvier 2001 mais elle ne pénalise jusque-là pas sa négation. Une nouvelle étape est en passe d'être franchie aujourd’hui avec la nouvelle proposition de loi, dont Valérie Boyer, la députée UMP des Bouches-du-Rhône, est l'initiatrice. Cosigné par une cinquantaine de députés de son parti et adopté le 7 décembre dernier en Commission des lois, le texte punit d’un an de prison et de 45 000 € d’amende les négationnistes. Même s’ils critiquent le choix du calendrier, la plupart des députés socialistes, tout comme le candidat François Hollande ont fait front commun avec la majorité pour soutenir le texte.

Le torchon brûle entre Ankara et Paris

La Turquie, qui n’admet la mort que de 500 000 personnes entre 1915 et 1917, ne reconnaît aucunement le terme de génocide, estimant que les morts sont des victimes de la Première Guerre mondiale. Le parti gouvernemental de la justice et du développement (AKP) et les deux principaux partis d'opposition ont adopté mardi une déclaration commune pour dénoncer une « erreur historique, inacceptable et grave » des parlementaires français.

Selon Ahmet Davutoglu, le ministre turc des Affaires étrangères, Nicolas Sarkozy avait promis quelques semaines plus tôt au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de renoncer au texte, par l'intermédiaire de son conseiller diplomatique, Jean-David Lévitte. « Nous voyons cette nouvelle initiative comme une attaque contre l'histoire de la Turquie », a indiqué le ministre au journal du Monde, se disant « vraiment surpris de voir le pays des Lumières interdire une discussion intellectuelle et punir une opinion ».

Une proposition de loi « électoraliste »

Les autorités turques accusent le gouvernement de vouloir récupérer le vote des 500 000 Arméniens de France pour les élections présidentielles et législatives de 2012. Les Bouches-du-Rhône, la terre de Valérie Boyer, comptent une importante communauté arménienne. Ces faits et l'empressement du gouvernement à faire voter le texte ne sont pas étrangers à la volonté politique. « Le gouvernement soutient l'idée que les génocides ne peuvent pas être niés. Le gouvernement soutient la philosophie de ce texte et n'y voit pas une attaque contre la Turquie », a toutefois déclaré la porte-parole du gouvernement Valérie Pécresse.

La Turquie ne décolère pas et Ankara menace désormais clairement la France de représailles diplomatiques, économiques et culturelles. Le chef de l’Etat turc Abdullah Gül a menacé de rappeler son ambassadeur si l’Assemblée nationale adopte la loi.

M. Davutoglu a d’ailleurs quasi dressé la liste des produits français susceptibles de faire l’objet d’un boycott de la part des consommateurs turcs. En ces temps de crise, la mise à exécution de sanctions économiques pourrait bien faire mal à la France : la Turquie est son troisième pays client hors Union européenne et compte pour près de 12 milliards d'euros d'échanges en 2010. Un millier d'entreprises françaises pourraient être alors pénalisées si la crise franco-turque s'aggrave.

En réponse à ces menaces, le Quai d'Orsay a rappelé que la Turquie est membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et est « liée à l’Union européenne par un accord d’union douanière. Ces deux engagements juridiques impliquent un traitement non discriminatoire à l’égard des entreprises de l’UE ».

Les politiques écrivent l'Histoire officielle

Au-delà des querelles diplomatiques, ce sont aux historiens de trancher sur la question arménienne et non les hommes politiques. C'est l'avis notamment de Gérard Larcher, ancien président UMP du Sénat, et de Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, qui ont annoncé qu'ils ne voteront pas pour le texte. Des historiens sont également nombreux à critiquer une telle loi et parlent d'une « ingérence » des députés dans l'Histoire.

Plutôt que de s'employer à incriminer la négation du génocide arménien qui ne concerne pas l'Histoire nationale, et si la France s'occupait d'abord de reconnaître ses propres responsabilités dans le génocide rwandais ou encore pendant la colonisation ou la guerre d'Algérie ? La classe politique a la mémoire bien sélective.







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