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Le duel Royal/Sarkozy

| Jeudi 3 Mai 2007

Hier soir a eu lieu le débat télévisé tant attendu qui a opposé Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal. L’échange qui a duré plus de deux heures et demie, a été parfois tendu entre les deux candidats à l’Elysée sur les sujets des 35 heures, du nucléaire ou encore des droits des enfants handicapés.



Le duel Royal/Sarkozy

Le face à face

Tirage au sort oblige, le président de l'UMP a ouvert ce face-à-face organisé par TF1 et France 2. Souriant, il est allé jusqu'à prôner des consensus gauche-droite sur la dette ou la fiscalité écologique, comme pour démentir ceux qui l'accusent de nervosité.

Jouant le didactisme, il s'est efforcé de jeter le doute sur la compétence de son adversaire. "Vous avez une capacité de ne pas répondre aux questions qui est tout à fait remarquable !", a-t-il lancé à celle qu'il appelait "Madame".

Très combative, la candidate socialiste a occupé le terrain, interrompant son vis-à-vis, le renvoyant au bilan du gouvernement. Tenace, plantant des banderilles ("mais vous mélangez tout !"), elle semblait résolue à faire sortir le candidat UMP de ses gonds. En vain. Mme Royal a décrit une situation sombre: dette, pauvreté, agressions, mettant en exergue le viol d'une policière en Seine-Saint-Denis.

Une République irréprochable

Nicolas Sarkozy, s'efforçant d'afficher son calme, a longuement dénoncé le programme économique de sa rivale socialiste lors d'un débat de 2H40, aux échanges souvent âpres et tendus. M. Sarkozy, 52 ans, a dit vouloir être "un président de la République qui prend ses responsabilités".

"Je veux des résultats", a-t-il martelé, promettant une "République irréprochable" s'il était élu dimanche pour succéder à Jacques Chirac, au pouvoir depuis 12 ans. Affichant sa volonté "d'action", sa croyance dans le "mérite", et "l'effort", il a notamment fustigé la semaine de travail de 35 heures, mesure phare du précédent gouvernement socialiste, qui a été "une catastrophe généralisée pour l'économie".

Mme Royal, 53 ans, a expliqué de son coté vouloir "sortir la France de la situation dans laquelle elle se trouve aujourd'hui". Elle a appelé les électeurs, et en particulier les indécis, à "faire le choix de l'audace et de l'avenir", en élisant pour la première fois en France une femme à la présidence. Cette confrontation constituait l'apogée d'une campagne qui a passionné le pays et son audience devait se situer autour de 20 millions de personnes, voire plus.

Le bouclier fiscal défendu par Sarkozy était très injuste

Les deux candidats se sont ensuite affrontés sur les moyens de résorber la dette publique et de relancer la croissance. «Vous n'avez fixé aucune piste» sur la dette et «vous n'avez donné aucun moyen pour relancer la croissance», a accusé le candidat UMP.

Ségolène Royal a pour sa part estimé que le bouclier fiscal défendu par Nicolas Sarkozy était «très injuste», citant en exemple une «riche héritière» qui a reçu «sept millions d'euros» de remboursement d'impôt en raison de l'application de cette nouvelle mesure.

Ils se sont aussi longuement opposés sur la question des 35 heures. Ségolène Royal «est dans la stricte logique socialiste du partage du temps de travail», a affirmé le candidat UMP. Son adversaire a jugé «non seulement dangereuse mais inefficace» sa proposition d'exonération des heures supplémentaires.

Sur la question des retraites, M. Sarkozy a poussé sa concurrente à dire pour la première fois clairement qu'elle entendait réformer les régimes spéciaux.

Tout au long du débat, Nicolas Sarkozy a tenté d'instruire le procès en incompétence de son adversaire, s'étonnant de sa "capacité à surfer d'un sujet à l'autre avec quelques généralités" sans répondre aux questions des deux arbitres, Arlette Chabot et Patrick Poivre d'Arvor. "Chacun sa méthode", lui a lancé la candidate socialiste, bravache. "J'ai ma liberté de parole, et vous l'avez."

Et elle a retourné l'argument lors d'un échange sur la politique nucléaire. "Vous venez de dire une série d'erreurs. Cela peut arriver mais il faudra que vous révisiez un peu votre sujet", a-t-elle lâché.


Le summum de l'immoralité politique

L'affrontement a culminé sur un sujet inattendu, celui des handicapés, quand Mme Royal a accusé son adversaire d'avoir atteint "le summum de l'immoralité politique". La candidate socialiste a reproché à M. Sarkozy de parler du sort des enfants handicapés alors que le gouvernement de droite a notamment supprimé, a-t-elle accusé, des emplois à l'école permettant leur accueil.

M. Sarkozy a accusé Mme Royal de "perdre ses nerfs". "Pour être président, il faut être calme", a-t-il lancé. "Je n'ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles", a répliqué Mme Royal. Auparavant la candidate socialiste avait attaqué M. Sarkozy, l'interrompant fréquemment et tentant de le faire sortir de ces gonds, sur la sécurité et la délinquance, en dénonçant "les agressions qui ont augmenté" en cinq ans quand M. Sarkozy était ministre de l'Intérieur.

Les deux candidats se sont brièvement serrés la main à l'issue de cette joute télévisée.

Jack Lang
Jack Lang

Il y a eu deux gagnants

Les commentateurs politiques, à chaud, ne voyaient aucun de deux candidats sortir avec un net avantage. Il y a eu "deux gagnants", avec un "léger avantage à Nicolas Sarkozy", a estimé Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire l'Express. "Aucun des deux n'est tombé dans le piège", a-t-il ajouté, "lui ne s'est pas énervé" et Mme Royal n'est pas apparue "légère" et "a tenu sa partition".

Pour le politologue Philippe Braud, Royal "ne devait pas apparaître incompétente" et Sarkozy "ne pas donner l'impression d'être porté à déraper". "Sur ce terrain crucial, chacun a réussi à s'en tirer très honorablement".

Sans surprise, les deux camps se sont extasiés sur les performances de leurs poulains : "époustouflante", a lancé Jack Lang (PS) à propos de Royal. "C'est Sarkozy qui inspirait confiance", pour l'UMP Xavier Bertrand.





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