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'Le conflit du Darfour vit ses derniers jours et trouvera rapidement une issue'

Entretien avec Ammar Rouibah, ancien membre du conseil national de l'EMF

Rédigé par Propos recueillis par la rédaction | Vendredi 10 Août 2007

De retour du Darfour, où il a visité des camps de réfugiés et rencontrer plusieurs responsables étudiants et politique, Ammar Rouibah, délégué syndical et ancien membre du conseil national de l'association des Etudiants musulmans de France, nous livre ses observations sur un conflit très médiatisé en France, objet de toutes les attentions, mais dont la présentation, de son propre aveu, n'est pas toujours exempte de raccourcis.



'Le conflit du Darfour vit ses derniers jours et trouvera rapidement une issue'

Saphirnews : Que retenez-vous de votre séjour au Soudan ?

Ammar Rouibah : Avant mon voyage et comme beaucoup d’entre nous, j’ai été sous l’emprise d’images brandies hors contexte et raisonnements. Des raccourcis et des rapprochements étaient faits avec d’autres génocides, créant des amalgames et un brouillard total, ce qui occulte la réalité.

Bien que la situation humanitaire au Darfour et d’une manière générale au Soudan, est des plus déplorables, elle n’est pas le chaos que se plaisent à montrer certains medias et intellectuels.

Ces derniers relèguent un certains nombre d’erreurs et de non sens, souhaitant mettre en alerte une opinion publique mal informée sur la réalité du conflit. Les faits perdent leurs sens au profit d'une vision simpliste et caricaturale.

Si la situation au Darfour est dramatique, le nombre de morts mensuel n'est pas pire que ce qui se passe dans d’autres régions du monde comme en Irak ou en Palestine. Je ne suis pas en train de minimiser ou de faire de la concurrence dans la souffrance, mais il faut souligner que le nombre de crimes a fortement diminué, passant de 2356 en 2005 à 628 en 2006 à 187 au premier semestre de 2007, d’après les chiffres fournis par le Wali (préfet) du Nord du Darfour, Othman Mohammed Youssef Kibir.

La région du Darfour a surtout besoin d’aide humanitaire, de réelles actions pour construire un avenir à ses enfants, à travers des projets de développement, afin de faire face aux réelles sources de ce conflit, à savoir le manque de ressources naturelles pour les agriculteurs et les éleveurs.

Le Darfour a besoin de projets de développement qui permettront de créer de l’emploi, de combattre l’analphabétisme et d’assurer ainsi une vie digne à tout les citoyens.

Comment expliquez-vous le décalage entre la médiatisation du conflit en France et la réalité du terrain que vous décrivez ?

A.R : Le conflit a été déclenché en 2003. Les durs affrontements ont eu lieu les deux premières années et à ce moment là, nous n’avons pas assisté à une médiatisation surdimensionnée. Dès lors que les négociations ont débuté et que des issus pour une solution ont commencé à se tramer, nous avons commencé à voir le conflit prendre une dimension très médiatique.

A mon humble sens, il s’agit surtout de certaines puissances qui ne veulent pas voir le Soudan sortir de ses crises, après le conflit du sud, c’est le tour du Darfour, tout cela dans la lignée de la théorie de l’axe du bien et l’axe du mal.

En France, la médiatisation a pris une forme structurée avec la constitution du collectif Urgence Darfour et la prise de parole par certains intellectuels et associations très familiarisés avec les sphères médiatiques.

Quel est le principal obstacle aujourd’hui au retour de la paix civile au Darfour ?

A.R : Le principal obstacle, c’est la multitude de mouvements rebelles qui sont nés en dissidence des deux grands et principaux mouvements à savoir le Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour l’égalité et la justice. Après les accords d’Abouja, certains personnes ont refusé ces accords et créé à leur tour de nouveaux groupes moins importants, moins puissants, qui se sont trouvés sur les frontières ou sur le sol du Tchad avec une certaine couverture (tentatives d'instrumentalisation de la rébellion) dans le but de nuire au processus de paix.

Un autre obstacle à la paix au Darfour, que j’ai noté, suite à mes interrogations au préfet du Darfour nord, se situe au niveau des forces internationales qui ont accepté de parrainer les accords de paix d’Abouja, sans une réelle implication pour tenir leurs promesses.

Les grandes puissances devaient, en effet, également contribuer à aider et financer les différents projets mentionnés dans les accords pour le partage des pouvoir, de la richesse, des aides humanitaires aux populations, de l’amélioration des conditions de vie des Darfouriens et le financement du fond du Darfour pour la reconstruction et le développement.

Les puissances internationales avançaient que les mouvements rebelles qui refusaient ces accords, se considéraient comme des criminels de guerre. Malheureusement, ces puissances ont tourné le dos après ces accords en donnant une couverture politique à ces mouvements.

Quel rôle la France a-t-elle joué dans cette crise ?

A.R : A vrai dire, mes différents interlocuteurs, en grande partie des étudiants et des jeunes, s’attachent surtout à parler des Etats-Unis. Ils ont la certitude de l’implication directe et indirecte des USA dans ce conflit, mais ils saluent la position de l'association médecins sans frontières MSF pour sa juste analyse de la réalité du terrain et sa non adhésion à la proposition de Bernard Kouchner, pour un couloir humanitaire au Darfour.

La nomination de Bernard Kouchner au poste de ministre des affaires étrangères est- elle perçue par les Soudanais comme un obstacle aux négociations ?

A.R : Les principaux accords sont déjà conclus et les principales fractions ont déjà déposé les armes. Le conflit vit ses derniers jours et trouvera rapidement une issue, s’il y a une réelle volonté politique de la part de la communauté internationale présente lors des accords d’Abouja et à sa tête les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni, qui ont parrainé ces accords.

D’après mes interlocuteurs, la nomination de Kouchner, ne peut changer significativement l’évolution des choses vers une solution politique et une paix durable.

D’après les témoignages que vous avez entendus, quelles sont les responsabilités respectives des rebelles et de l’Etat soudanais, dans ce conflit ?

A.R : Les responsabilités sont respectives, à savoir la négligence du pouvoir de Khartoum depuis des décennies, des réalités et des besoins des autres départements périphériques y compris le Darfour, l’absence de projets de développement, la distribution inéquitable des richesses qui sont tout autant de facteurs qui ont déclenché indirectement ce conflit.

Les rebelles, à l’origine avaient un problème d’ordre politique qui s’est transformé en une action militaire et un mouvement de rébellion. Certains chef rebelles étaient membres du parti du congrès national (au pouvoir) à l'instar de Dr Khalil ibrahim, ces chefs, issus de la région de Darfour dénonçaient une sélection à l’accès aux postes de responsabilité, basée sur l’origine géographique (forte concentration de personnes issues du nord du pays).

Les rebelles, à leur tour, ont profité de la faiblesse du gouvernement du Soudan et de l’isolement qu’il subit pour durcir le ton et ajouter d’avantage de revendications partisanes.

L’EMF a-t-elle développé un partenariat avec l’Union générale des étudiants du Soudan ?

A.R : Il n’y a pas de partenariat direct entre l’EMF et l’UGES. L’EMF recentre son action sur les campus français mais cela ne lui empêche pas de développer des relations d’amitié avec d’autres associations étudiantes dans le monde.

Un compte rendu de la visite a été remis au président de l’EMF avec des propositions pour développer des partenariats et des actions d’ordre humanitaire entre les deux associations et en collaboration avec des ONG françaises. Le conseil national du mois de septembre délibérera sur la question.





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