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Société

Le cancer et son lot de préjugés, le combat de Charlène Caty (vidéo)

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 28 Octobre 2016

Ne vous fiez pas aux apparences ! C’est le leitmotiv de Charlène Caty, fondatrice d’une jeune association dunkerquoise d’accompagnement des malades du cancer. Dans le climat d’islamophobie ambiante, elle a produit une vidéo afin de briser des préjugés sur le cancer. Pari réussi pour cette jeune femme qui raconte le sacré bout de chemin qu’elle a parcouru contre la maladie.



Charlène Caty, fondatrice de l'association « J’ai juste un cancer ».
Charlène Caty, fondatrice de l'association « J’ai juste un cancer ».
Charlène Caty revient de loin. Elle qui pensait arriver au terme de sa jeune vie est aujourd’hui en phase de rémission d’un carcinome épidermoïde de stade 4, autrement dit d'un cancer de la langue. La jeune femme, originaire de Saint-Pol-sur-Mer, près de Dunkerque, savoure cette victoire qu’elle est en train de remporter contre la maladie, diagnostiquée en octobre 2015. Seule « stigmate » visible du cancer, le foulard qu’elle porte sur la tête et qui a été la source d’inspiration d’une vidéo que Saphirnews a repéré en septembre.

Intitulée « Stop les préjugés et les stéréotypes », elle met en scène un groupe de jeunes étudiantes en bibliothèque qui s’aperçoivent de la présence d’une de leurs connaissances, voile sur la tête, en compagnie d’une amie de confession musulmane. Elles n’ont pas vu Charlène depuis un moment mais plutôt que d’aller la voir pour prendre de ses nouvelles, elles ont déjà fait leurs conclusions : si elle porte le foulard, c’est qu’elle s’est « radicalisée » à cause notamment de son compagnon qui se trouve être « un Noir, un Comorien ». « En même temps, quand tu vois avec qui elle traîne, ça m’étonne pas trop… », lance l’une des filles.

« Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas radicalisée. J’ai juste un cancer », fait part Charlène dans un message final percutant. Un uppercut contre les préjugés qui a été sous-titré en anglais pour diffuser le message à très grande échelle.

Charlène, qui s’est mise en scène dans cette vidéo, raconte à Saphirnews la genèse de cette vidéo, une action au compteur de sa toute jeune association J’ai juste un cancer, fondée en été 2016 pour aider et accompagner les malades et leur entourage dans l’épreuve qu’ils vivent. « Les premiers symptômes sont apparus fin juin – juillet 2015 », dit-elle. Au départ, ce n’était qu’un aphte, pensait-on, sauf que « j’avais de plus en plus de mal à manger et à parler, je perdais du poids et ma langue avait doublé de volume ». Commence pour elle un parcours du combattant qui l’a conduite plusieurs fois aux urgences et dans divers hôpitaux, sans résultat probant pendant de longues semaines.

« On me renvoyait chez moi avec des antalgiques. (…) Un jour, j’étais en larmes, mon compagnon a décidé de partir au culot à Paris » pour obtenir une explication à la maladie naissante. Le couple accomplit avec difficultés un nouveau tour des établissements hospitaliers mais le diagnostic finit par être posé en octobre 2015 dans un hôpital de la région parisienne. A un stade très avancé du cancer de la langue, il fallait réagir vite. Ce sont les débuts d’une chimiothérapie – entamée à Lille – qui durera six mois, non sans conséquences sur son apparence : des dents enlevées – un moindre mal pour éviter l'amputation d'une partie de sa langue qui l'aurait alors défigurée – et surtout une perte conséquente de poids et de cheveux.

Le jour où elle réalise le poids des préjugés sur les musulmanes

« Un jour, pendant mon traitement, je suis partie au restaurant avec mes parents. Nous avons croisé des personnes que l'on connait, et j'ai senti un regard différent », explique Charlène. « Le traitement a causé une perte de cheveux, j'ai donc dû m'habituer au foulard. Mon compagnon est musulman et d’origine comorienne, j'ai alors compris que les gens ont dû se dire que j'étais devenue musulmane. Au vu du changement brusque, je ne serais pas étonnée si on me fichait S », poursuit-elle avec humour. Dans la vidéo comme dans la vie, Charlène n’est effectivement pas musulmane.

« J'ai réalisé et ressenti ce que les femmes portant le voile par choix peuvent ressentir face au jugement des autres. Par conséquent, j'ai décidé de réaliser cette vidéo avec mes amis : une musulmane, une catholique, une protestante et une athée afin de sensibiliser sur les jugements et raccourcis trop faciles, mais surtout pour montrer que, quelles que soient notre origine, notre religion, nous sommes capables de réaliser ensemble des projets sur les réalités de la vie », explique Charlène, qui veut sensibiliser les personnes aux « à-côtés du cancer », tout autant difficiles à gérer que la maladie elle-même. D’ailleurs, « l’acceptation du cancer a été très dure », indique-t-elle. Le rôle de son compagnon ainsi que de sa famille fut essentiel face à l’épreuve qu’elle est maintenant en passe de remporter.

A 24 ans, elle reprend doucement la vie qu’elle avait laissée avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Charlène a repris son travail dans le prêt-à-porter, mais entend désormais consacrer son temps à son association locale et accorder son aide à celles et à ceux qui en ont besoin.

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