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Ramadan

Le Ramadan, phénomène de société

Ramadan 2009

Rédigé par | Vendredi 21 Août 2009

Dons et partage, approche scientifique, travail et commerce, santé et voyages, le mois du ramadan revêt de multiples facettes.



Base navale de Toulon, septembre 2007 : rupture du jeûne pendant le mois de ramadan, avec l’aumônier Bouzid Messili et des marins du porte-avion Charles de Gaulle.
Base navale de Toulon, septembre 2007 : rupture du jeûne pendant le mois de ramadan, avec l’aumônier Bouzid Messili et des marins du porte-avion Charles de Gaulle.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Tandis que moins de la moitié (43 %) des musulmans déclarent accomplir leurs cinq prières par jour, ils sont une large majorité (88 %) à pratiquer le jeûne. Quatrième pilier de l’islam, le jeûne (as-siyam) passe pourtant − du point de vue de la doxa religieuse – bien après la prière rituelle (as-salât). Et nombre de dispenses existent. Les enfants prépubères en sont totalement exemptés. Les voyageurs, les personnes malades ou très âgées, les femmes enceintes ou qui ont leurs menstrues, qui allaitent ou viennent d’accoucher, et toute personne dont le jeûne pourrait mettre la santé en péril en sont également dispensés ; ils doivent cependant reporter leur jeûne ou le compenser en donnant des repas aux nécessiteux.

Malgré les difficultés – chaleur, soif, sommeil perturbé, rythme de travail… –, ne pas boire ni manger de l’aube au crépuscule, durant 29 ou 30 jours de l’année, est largement suivi. Au point que le mois de ramadan (ramadhân), neuvième mois sacré du calendrier lunaire hégirien, a fini par désigner dans la langue française, par glissement métonymique, le jeûne lui-même.

Le Ramadan a ainsi acquis une majuscule initiale, au même titre que les autres périodes de l’année que sont Noël, Pâques ou Halloween... Promotion typographique donc, pour une pratique suivie, par quelque 1,3 milliard de musulmans de par le monde. Beaucoup en profitent pour prendre de grandes décisions : « Je vais enfin arrêter de fumer », « Je vais me mettre à la prière », « Je vais porter le voile », « Je vais apprendre des sourates supplémentaires » ; des résolutions en CDD qui durent généralement le temps du mois sacré.

Le Ramadan est donc devenu un véritable phénomène de société en terre hexagonale. Alors que les termes « assimilation » et « intégration » qui avaient fait florès dans les années 1980 sont (presque ?) relégués au placard, la « diversité » est maintenant de mise. Diversité en entreprise, diversité dans la cité, marketing de la diversité…

Les paradoxes du Ramadan

2 443 entreprises françaises sont signataires de la charte de la diversité, mais combien sont-elles à prendre en compte la pratique du Ramadan parmi leurs équipes de travail ? La minorité de managers qui se sont appliqués à concilier diversité culturelle et objectifs économiques ont bien compris que cela était tout à l’avantage des performances de l’entreprise sur le long terme.

Dans la cité, ce sont des milliers de repas distribués chaque jour par des mosquées et des associations. Lait fermenté, dattes, chorba, pâtisseries, plus que le repas c’est la convivialité qui est fort appréciée : le ftour, moment de partage et de réconfort, est l’occasion aussi d’animer le quartier. Les mosquées des grandes villes invitent chaque année les élus pour une rupture du jeûne citoyen.

C’est dans le domaine du business que, finalement, le Ramadan fait son entrée sur le tapis rouge. Si dans le monde du travail le musulman a encore intérêt à se faire petit, il est largement bienvenu quand il s’agit de passer au tiroir-caisse. La croissance d’au moins 15 % par an de la filière halal attire des segments entiers : des industriels agro-alimentaires, qui ne cessent de diversifier leurs produits, aux enseignes d’hypermarchés, dont les linéaires s’allongent d’année en année durant la période faste du Ramadan.

Ramadan, mois d’abstinence et de recueillement ou mois d’abondance et de flots d’argent ? Sans ambiguïté aucune, le Ramadan est tout cela à la fois, à l’image de nous tous, simples êtres humains, êtres d’esprit et de chair, envisageant imperceptiblement l’au-delà mais aussi s’activant résolument dans l’ici bas.










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