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Culture & Médias

Le Moyen-Orient, vu par des poètes

| Jeudi 17 Août 2006

L'actualité au Moyen-Orient n'a rien de bien joyeux. Guerre, violence et mort sont le lot quotidien d'une partie du monde consumée par sa passion, dévorée par l'injustice des hommes. Mais, au-delà de cette réalité, le Moyen-Orient, c'est aussi l'espoir et la quête de spiritualité.
Deux faces d'une même réalité que nos lecteurs ont su bien exprimé à travers leurs courriers. Nous publions, ici, deux poèmes qui reflètent à merveille ce doux mélange de violence et d'évasion d'un univers qui inspirera encore longtemps les artistes



L'envol, d'Annie Gilbert
L'envol, d'Annie Gilbert

Palestine, bien aimée...


Elle se lève le matin, le coeur en sueur.
Ses jumelles sont belles, deux petits anges;
Son époux, un homme valeureux et étrange;
Une vie comblée ! Mais l’esprit est ailleurs.

Palestine, Palestine, Palestine...
Ta voix résonne en moi
comme les paroles d’un chant sacré.
Apaisante et pure, elle m’illumine.

Onze heures. Il est déjà tard. Plus une minute
A perdre. Elle emporte son matériel précieux,
Ses affiches, ses tracts et même sa flûte
Pour entamer sa Marche, sous le regard de Dieu !

Palestine, Palestine bien-aimée...
Ne cesse pas de vivre, ma fille,
Et je ne cesserai pas de pleurer !

Seule, en tête de l’escadron, elle s’élance
Sur les quais. Elle éblouit, par ses pas de danse,
Les passants. Avec sa soeur, célibataire,
Elle soulève une banderole de drapière.

Palestine, Palestine mon enfant...
Quelque soit mon destin, quelque soit ma distance,
Je t’entends !

Les voix s’élèvent. On approche de Bastille.
La colère gronde, les âmes sont assoiffées
De justice. La police, elle, quadrille.
Voici venu le jour du Jugement Dernier.

Palestine, Ô Palestine tournes toi...
Lèves la tête et regarde moi sourire.
Je t’admire, jeune guerrière en émoi !

Près des hommes, elle hisse fièrement son drapeau
Rouge, blanc, vert et noir, noblesses et idéaux.
De Paris, j’irai vers Gaza, sans frontières !
Pour t’embrasser, je franchirai les déserts.

Palestine, Palestine, douce fiancée...
Tes noces sont précoces. A peine enfilée
Ta belle robe est rouge, de sang tacheté !

Un dernier sursaut, le cortège s’arrête.
Une lumière miraculeuse surgit.
La liberté est une flamme d’espoir qui,
Dans une myriade de fronts, se reflète.

Palestine, Palestine soit patiente...
Ton heure viendra ! Les temps sont proches
Où l’équité fera du crime sa servante !

Le soir tombe. Tout est fini. On se disperse.
On boit, on reprend ses chemins de traverse.
Dignement, sans tarder, elle plie ses affaires
Et rentre chez elle, le regard en arrière.

Palestine, Terre de Jérusalem...
N’aie plus peur car où que je sois
Je planterai, sur le sol, ton emblème.

Hassan Tient



Les Prémonitions de la guerre civile, de Dali
Les Prémonitions de la guerre civile, de Dali

Lettre à la femme libanaise

Ma soeur...
Nos coeurs saignent devant ce carnage.
Mais nous resterons debout,
car la barbarie qui triomphe
se retournera contre elle même.

Je suis amoureux de la création,
et je sais que la patience
viendra à bout de l'ogre et de ses alliés.

Ma soeur libanaise...
Vous, femmes du Liban êtes d'une espèce précieuse, rare, admirable.
C'est vous qui gardez l'humanité en éveil en moi,
alors que j'avais cru la perdre au seuil de la bibliothèque de Bagdad,
incendiée par les barbares.

Vous avez la force exemplaire de la vie, et le désir inextinguible de
pousser les ruines pour la récupération du passé dans l'élan de
l'avenir.

Vous relèverez le Liban pour nous, car en vous se concentre
le peu d'humanité qui reste en ce monde des marchands et des fous
sanguinaires. Je ne doute pas un seul instant de votre génie.

Restez pour nous ces exemples frissonnants de l'abnégation, du courage,
de la lutte, du temps à traverser, afin que l'espoir soit encore
présent en ce monde régressif.

Vous avez cette lourde responsabilité,
et nulle au monde ne peut mieux la porter que vous.
Je vous quémande cette oeuvre vitale, car dans ma souffrance,
vous êtes ma consolation.
Je sais, pour vous avoir connues, que vous aimez le savoir.
Mieux, la connaissance, sans cloison de quelque sorte.

Vous êtes amoureuses du livre. Vous respirez la poésie essentielle.
Vous écrivez, vous lisez, vous analysez. Et vous transmettez la beauté
au coeur même des souffrances de la géopolitique froide, inexpugnable.
Vous savez garder la grâce dans l'anéantissement passager.

Vous êtes pilier de Baalbeck, dôme de Tripoli, sang de Cana.
Vous êtes le Liban.
L'élan fort de la tendresse humaine.

Vous êtes nos mères, nos soeurs, nos compagnes quand le pays est
dévasté par les lâchetés assassines.
Vous êtes notre dignité.

Je ne dirai pas, par respect pour vos mères et vos ancêtres, que la
lutte vient de commencer. Non, elle se poursuit, car vous avez
traversé des siècles entre boucliers et agressions, entre meurtres et
passions.

C'est à vous de garder l'unité de ce pays, ne vous laissez pas diviser.
Vous êtes notre conscience fine, et vous empêcherez que l'assassin
profite de vos faiblesses politiques.

Vous êtes debout, et le monde authentique, ou ce qu'il en reste, vous admire.
Nous sommes avec vous, et c'est cela notre pâle participation à cette
tâche à accomplir.

Je te sais proche de tes soeurs, Marwa. Tu es Evelyne, Amira, Ezza.
Tu es une profonde lueur d'espoir dans cette nuit atroce.
Berce le Liban, il a besoin de tes bras.
Pensée encore debout devant l'indicible.

Pour le Liban,

Pour toi.

Khal Torabully






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