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Culture & Médias

Le Conseil de l’Europe à l’œuvre pour une diversité inclusive dans les médias

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 19 Juin 2013

Le Conseil de l’Europe demeure toujours aussi impliqué pour favoriser la diversité dans l’industrie médiatique. Après MARS (Médias et antiracisme dans le sport), l’institution est à l’initiative du programme MEDIANE - Media en Europe pour une Diversité Inclusive. Sa toute première rencontre européenne a été organisée du 10 au 12 juin à Nicosie, à Chypre, en présence d’une centaine de professionnels des médias. Saphirnews, présent à Chypre, a rencontré à cette occasion Reynald Blion, responsable Médias et Diversité au Conseil de l’Europe pour expliquer les objectifs de la rencontre.



Reynald Blion, responsable Médias et Diversité au Conseil de l’Europe, initiateur du programme MEDIANE pour une diversité inclusive dans les médias.
Reynald Blion, responsable Médias et Diversité au Conseil de l’Europe, initiateur du programme MEDIANE pour une diversité inclusive dans les médias.

Saphirnews : Pouvez-vous déjà expliquer à nos lecteurs en quoi consiste le programme MEDIANE ?

Reynald Blion : Depuis une vingtaine d’années, le Conseil de l’Europe (COE) travaille autour de cette question de comment mieux inclure la diversité dans la définition et la production du contenu médiatique. Il y a eu toute une période de travail du COE qui s’est situé dans le domaine de l’intergouvernemental. C’est un travail de production de recommandations par les ministres ou l’Assemblée parlementaire invitant nos Etats membres, par différents moyens, à inciter l’inclusion de la diversité dans les contenus médiatiques par un accès des personnes minoritaires ou minorisées aux professions de l’industrie médiatique mais aussi, en même temps, par un accès à l’expression médiatique. C’est aussi un accès à la façon dont les contenus médiatiques, et en particulier les informations, se définissent, se choisissent, s’anglent et ceci est le cœur des recommandations du COE. L’accès aux jobs est important mais il ne faut pas oublier l’accès au contenu.

En 2008, le Livre Blanc sur le dialogue interculturel a été adopté dans lequel le COE invite les ministres à passer une deuxième étape en développant des actions directes avec les médias et leurs professionnels. Il ne s’agit non plus de travailler uniquement avec les gouvernements qui sont nos interlocuteurs premiers, mais de travailler directement avec les médias pour voir comment mettre en œuvre ces recommandations.

Il y a eu une première étape qui a pris la forme d’une campagne « Non à la discrimination » en 2008-2010. Suite à cette campagne, on a continué avec un autre programme appelé MARS (Médias et antiracisme dans le sport). Et enfin, on arrive à cette troisième initiative du COE, la deuxième initiative conjointe avec l’Union européenne, qui est le programme MEDIANE où l’idée est de continuer à approfondir cette question mais en mettant le projecteur sur la façon dont on peut inclure cette diversité dans les contenus médiatiques et l’inclure de manière transversale, quotidienne, partout et tout le temps.

Pourquoi ce choix ?

Reynald Blion : Parce qu’on s’est aperçu qu’en fait, quand des initiatives avaient été prises par des gouvernements ou des médias pour améliorer une meilleure visibilité de la diversité, cela s’est souvent traduit par le développement de programmes spécifiques autour de la diversité. (…) A côté de ça, on considère qu’il y a un deuxième volet d’action qui est de développer des actions non plus seulement verticales mais horizontales qui permettrait d’inclure l’ensemble des diversités dans l’ensemble des couvertures médiatiques.

L’idée de MEDIANE est de dire quels types d’outils, de pratiques, d’idées, de réflexes inculquer dans le monde médiatique pour que, lorsqu’on fait un sujet sur le changement climatique, ceux qui en parlent ne soient pas forcément un homme, blanc, de plus de 45 ans, qui appartient à la classe moyenne supérieure. Car l’information en Europe est faite à plus de 75 % par des hommes blancs de plus de 45 ans appartenant à la classe moyenne supérieure. Or, on sait bien que cette catégorie de population ne représente pas 75 % de la population européenne, ce qui veut dire que plein de groupes sont exclus de l’expression médiatique et pour nous, Conseil de l’Europe, ils sont exclus du débat démocratique sur la base de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Parmi les objectifs du COE avec MEDIANE, l’Index médiatique a été évoqué lors des rencontres à Chypre. Comment voyez-vous personnellement cet outil en plein développement ?

Reynald Blion : Je dirais, en blaguant, que je ne vois pas cet outil pour le moment même si c’est moi qui en a eu l’idée… Elle vient d’un certain nombre d’observations qu’on a pu entendre lors du précédent programme MARS. Un certain nombre de professionnels des médias ont dit qu’ils sont bien d’accord avec le Conseil de l’Europe sur l’inclusion de la diversité dans les médias mais ils ne savaient pas où on en est, qu’il faudrait qu’ils puissent avoir des éléments de diagnostic leur permettant de voir les principaux points d’obstacles et de blocages et les principales questions à résoudre. D’où l’idée d’avoir un outil qu’on appelle pour le moment « Index » mais, à mon avis, le nom va changer car il fait peur et renvoie à des contrôles qu’on n’a pas vocation à faire. L’Index serait un outil dit d’autodiagnostic, de mesure pour savoir où en est le média, l’individu, professionnel des médias ou producteur d’informations, dans sa capacité à inclure la diversité dans son travail.

Il nous semblait important de ne pas s’arrêter à la mesure. Le deuxième volet de l’Index est pour l’instant conçu comme devant permettre aux médias de mettre en place des actions ou plans d’actions pour une meilleure inclusion de la diversité.

Maintenant, à savoir comment l’Index va se développer ou être construit, il ne va pas dépendre du Conseil de l’Europe uniquement car nous, dans ce travail, on se conçoit que comme des facilitateurs. Il va dépendre avant tout des acteurs et des actrices de l’industrie médiatique, de leur implication, de la façon dont ils vont nourrir le volet d’autodiagnostic de l’index et donc le volet des réponses/ solutions, d’où l’idée, autour de MEDIANE, de faciliter les échanges de pratiques journalistiques dans les Etats membres et entre les professionnels des médias pour voir ce qui a été mis en place pour favoriser une meilleure inclusion de la diversité.

Cela fait des années que le COE est impliqué dans cette problématique. Quelles sont les évolutions que vous avez pu observer tout ce temps ?

Reynald Blion : J’en vois un particulièrement, et ce quel que soit l’Etat membre de l’UE. Je pense maintenant qu’il n’est plus possible, comme cela a été le cas pendant de longues années, pour les responsables de médias ou leurs professionnels d’occulter la question de la diversité. Ils ne peuvent plus l’éviter et c’est déjà énorme. (…) Les médias traditionnels, en n’incluant pas la diversité et en continuant de refuser de la traiter, vont perdre de l’audience.

Au-delà de cette plus grande prise de conscience, les actions manquent encore. En tant qu’observateur, avez-vous vu une concrétisation de cet état d’esprit sur le terrain ?

Reynald Blion : On peut donner une impression négative sur ce qui se passe autour de cette question. On est dans une période particulière de crise et qui peut être un contexte bloquant pour des raisons budgétaires. Malgré tout, un certain nombre d’Etats membres du Conseil de l’Europe et de médias, grand public, associatifs ou des minorités, ont pris des initiatives avec des fins plus ou moins heureuses. Depuis une quinzaine d’années, il y a des choses qui ont évolué que ce soit en France, au Royaume-Uni, en Allemagne ou ailleurs.

J’ai envie de dire que le monde ne s’est pas fait en un jour, il ne se défera pas et ne se reconstruira pas non plus en un jour. Je pense qu’il faut du temps. Une des difficultés sur cette question est l’éternel recommencement dans lequel on est. De toute façon, même si les choses évoluent, que des choses se mettent en place, il faudra recommencer demain, sensibiliser à nouveau les professionnels qui travaillent dans les médias pour que la diversité ne soit pas ignorée.

(…) Il n’y a pas une histoire européenne des médias, pas d’espace médiatique européen, de médias européens, chacun a ses spécificités. (…) Regardons ce qu’ont été et sont les pratiques des uns et des autres et regardons ce qu’on peut en tirer de façon à avancer ensemble sachant que le chemin sera très long.



Hanan Ben Rhouma


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