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Le Caire, capitale du business des fatwas virtuelles

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Mardi 7 Avril 2009

Très influents, des sites Internet fournissent aux musulmans des conseils pour adapter leur vie quotidienne aux préceptes du Coran en favorisant parfois les comportements intégristes.



Peut-on s'injecter de l'insuline pendant le ramadan sans rompre le jeûne ? Amener ses enfants goûter chez des chrétiens ? Prendre un produit contre la chute des cheveux qui risque de provoquer des troubles de l'érection ? Enlever son voile pendant un voyage en France ? Pour répondre à ces questions, et à beaucoup d'au­tres, des dizaines de fatwas (avis juridiques islamiques) sont émises chaque jour : sites Internet spécialisés, hotline, talk-shows télévisés, tous les supports sont bons pour tenter de répondre aux interrogations de millions de musulmans, qu'elles portent sur la pratique de la religion, ou son application à tous les gestes de la vie quotidienne. Ce qui n'est pas sans poser des problèmes d'adaptation au monde d'aujourd'hui, en particulier pour les musulmans qui vivent en Occident.

«On reçoit parfois des questions qui peuvent sembler absurdes ou drôles, mais si la personne prend la peine de la poser, c'est que c'est important pour elle. Nous mettons un point d'honneur à répondre à tout le monde», explique Wael Shihab, responsable des fatwas à islam-online. Plus grand site du genre, en arabe et en anglais, IOL se présente comme la vitrine d'un islam modéré.

Renoncement «au libre arbitre»

Il a pourtant été fondé par Youssef el-Qaradaoui, un prédicateur très controversé, ancien membre des Frères musulmans, déchu de sa nationalité égyptienne et exilé au Qatar.

Pour ses dix ans, IOL vient de s'offrir un siège flambant neuf aux lignes futuristes dans la ville de Six Octobre, dans la grande banlieue du Caire. D'une dizaine de volontaires à ses débuts, ses effectifs dépassent aujourd'hui 200 employés. Le tout grâce à «des donations privées», surtout de la fondation qatarienne de Qaradaoui, al-Balagh. Mais à en juger par son développement, le business des fatwas est une activité rentable. Surtout en Égypte, plus grand pays arabe et siège de la mosquée d'al-Azhar, le Vatican de l'islam sunnite.

«Une véritable industrie», s'indigne le penseur Gamal al-Banna, frère du fondateur des Frères musulmans et grand-oncle de Tariq Ramadan, qui voit dans ce recours systématique à des «solutions toutes faites» un renoncement «au libre arbitre». Pour la sociologue Dala Bizri, cette «vague géante balaye tous les acquis de la modernité» crée «une sorte d'hystérie collective, un sauve-qui-peut en dehors de toute rationalité». «Ceux qui vivent ainsi à coups de fatwas n'ont aucun argument, pas même spirituel. Sinon répéter en boucle qu'ils veulent être sûrs d'aller au paradis», dit-elle.

Mona Salama, qui supervise les pages sur la charia à IOL, n'est pas affectée par ces critiques. Pour elle, «il est normal que les musulmans, par exemple des jeunes qui ont été élevés en dehors de la religion, s'interrogent sur ce qui est permis ou pas lorsqu'ils renouent avec l'Islam.»

Télécoraniste vedette

Mais parce qu'il est parfois superficiel, et souvent ostentatoire, ce piétisme agace Amr Khaled, pourtant considéré comme le grand artisan de la réislamisation de la bourgeoisie égyptienne et arabe.

Dans le salon de sa villa cossue située non loin du siège d'IOL, comme dans ses talk-shows, le télécoraniste vedette in­siste pour que la foi ne soit pas «une fin en soi», mais «une énergie» pour développer les sociétés arabo-musulmanes à travers des projets concrets, dans l'éducation, la santé, la microfinance. Un message qui «n'est pas toujours bien compris», regrette Amr Khaled. «Or, la foi pour la foi conduit à l'extrémisme», insiste-t-il.

Pendant la crise des caricatures du Prophète, Amr Khaled a conduit une délégation de jeunes musulmans au Danemark. Une initiative qui lui a valu de vives critiques, dont celle de Qaradaoui, selon lequel «on ne peut dialoguer avec l'ennemi».

Lors de l'adoption de la loi sur le port du foulard islamique en France, Qaradaoui avait déjà lancé sur IOL une virulente campagne «pro-hijab», présentant le voile comme une obligation intangible. Ce qui fait dire à Gamal el-Banna, qui ne partage pas cette analyse, que «la plupart des cheikhs préfèrent ignorer les principes de la charia qui pourraient permettre aux musulmans de vivre harmonieusement dans une société non musulmane».

«Faux», rétorque Wael Shihab, rappelant qu'IOL dispose d'un service consacré aux musulmans d'Europe. «Nous privilégions toujours une approchemo­dérée, en appelant nos uti­­lisateurs à éviter le conflit avec la société dans laquelle ils vivent. Pour cela, nous sollicitons en priorité les avis d'imams locaux, parce qu'ils sont les mieux placés pour donner une réponse adaptée», affirme-t-il. En France, il s'agit en général des membres du Conseil européen des fatwas, une fondation basée à Dublin et dirigée par… Qaradaoui. On n'est jamais mieux conseillé que par soi-même.


Tangi Salaün
LeFigaro.fr




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