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Le CSA décide de censurer Al-Manar

Rédigé par Bamba Amara | Mardi 14 Décembre 2004

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a choisi de censurer la chaîne de télévision Al-Manar. Le CSA reproche à la chaîne de télévision le ton de certaines de ses émissions jugées antisémites. Il accorde un délai de 48H à l’opérateur de satellite libanais Eutelsat, qui diffuse Al-Manar, pour mettre fin au service de la chaîne en France, sous peine d’amendes. Le Conseil représentatif des institutions juives de France a accueilli la décision avec satisfaction. La Direction d’Al-Manar dénonce une « atteinte à la liberté d’expression, un déni des principes prônés par la France. »



Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a choisi de censurer la chaîne de télévision Al-Manar. Le CSA reproche à la chaîne de télévision le ton de certaines de ses émissions jugées antisémites. Il accorde un délai de 48H à l’opérateur de satellite libanais Eutelsat, qui diffuse Al-Manar, pour mettre fin au service de la chaîne en France, sous peine d’amendes. Le Conseil représentatif des institutions juives de France a accueilli la décision avec satisfaction. La Direction d’Al-Manar dénonce une ' atteinte à la liberté d’expression, un déni des principes prônés par la France. '

La mesure de censure du CSA intervient, hier, après un long mouvement de protestation enclenché en novembre 2003 par le Crif suite à la diffusion du feuilleton Al-Chatat. Ce feuilleton syrien diffusé par Al-Manar, en langue arabe, a heurté la communauté juive de France. Saisi par le Crif, qui demandait l’interdiction de la chaîne, le CSA avait reconnu se trouver face à un vide juridique. Mais il attendra la promulgation de la loi sur les communications électroniques et les services de communication (9 juillet 2004) pour saisir le Conseil d’Etat et lui demander l’interdiction de la chaîne libanaise. Le Conseil d’Etat n’avait pas donné suite à cette demande. Il avait néanmoins exigé que la chaîne dépose un dossier de conventionnement devant le CSA. La signature de cette convention fut vivement contestée par le Crif qui en dénonçait non les termes mais ' le principe '. Une fois un cadre juridique fixé à la diffusion de la chaîne, le 19 novembre dernier, la contestation de la chaîne devint politique.

Et l’affaire Al-Manar devint une affaire politique
Le 23 novembre, c’est le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabre qui exhorte le CSA à faire ' preuve de la plus extrême sévérité ' envers Al-Manar, au cas où la chaîne de langue arabe serait sujet à des dérapages. Les déclarations d’hommes politiques de gauche comme de droite se succèdent sur ce qui est progressivement devenu l’Affaire Al-Manar. Le gouvernement annonce qu’il prépare un renforcement du dispositif légal pour permettre la ' suspension immédiate ' de ' toute chaîne diffusant des images de haine et des propos racistes. '

Au début de décembre, la société éditrice d’Al-Manar est convoquée pour s’expliquer devant l’assemblée plénière du CSA fixée au 17 décembre. En attendant cette audition, le Conseil a exigé, hier lundi, à l’opérateur de satellite Eutelsat de ne plus diffuser Al-Manar dans un délai de 48H, sous peine d’amende.

Le Crif a exprimé sa satisfaction à l’annonce de la mesure de censure du Conseil d’Etat. Il estime que ' Le Conseil a pris en compte les nombreuses mises en garde du Crif sur le caractère raciste, antisémite d’Al-Manar, télévision qui fait l’apologie du terrorisme, qui dénie les droits de l’Homme, et qui peut entraîner des troubles à l’ordre public. ' De son côté, la chaîne a estimé hier que la décision du Conseil d’Etat est une ' atteinte à la liberté d’expression, un dénie des principes prônés par la France et un dangereux précédent '. Dans un communiqué, le Directeur de la chaîne affirme que la décision française est prise ' à l’incitation déclarée d’Israël et à la suite d’une campagne politique organisée par le lobby sioniste en France '. Le texte du communiqué affirme que ' arrêter la diffusion d’Al-Manar et faire taire sa voix se fait sur la base de son rôle dans la diffusion des vérités et des faits liés au conflit arabo-israélien et le fait qu’elle porte la voix de la résistance contre l’occupation '.

Soutenir la liberté de la presse
Le mardi 7 décembre, au moment où le CSA décidait d’engager une procédure de sanction contre Al-Manar, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblés devant les locaux du Conseil pour soutenir la chaîne de télévision. Une manifestation spontanée à laquelle aucune organisation connue n’était visible. L’humoriste Dieudonné dont plusieurs spectacles ont été annulés sous la pression de militants sionistes français, était du nombre des manifestants. Pour lui, il ne s’agit pas de défendre Al-Manar. Il s’agit surtout de ' manifester pour la liberté d’expression '. Le champion olympique de judo 1996, Djamel Bouras, était aussi de cette manifestation. Des membres et sympathisants du Mouvement pour la justice et la dignité (MJD) étaient descendus manifester pour la défense de la chaîne. Le MJD qui est engagé dans une lutte contre l’islamophobie appelle, dans la foulée, à une manifestation le lundi 22 janvier sous le mot d’ordre : non aux médias de la haine.

Créée en 1991, Al-Manar fait partie d’un multiplex de neuf chaînes envoyées à Eutelsat par la société Arabsat qui gère également les télévisions nationales de plusieurs pays arabes. Elle est diffusée par satellite depuis 2000. Ses prises de position la rapprochent du Hezbollah libanais. Elle s’adresse essentiellement à un public arabe et musulman. Son audience française n’est pas déterminée. Mais 2,5 millions de foyers français, munis de paraboles, avaient la possibilité de la recevoir quotidiennement. Emettant aussi aux Etats-Unis d’Amérique elle n’y fait l’objet d’aucune inquiétude.





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