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Société

La scientologie au tribunal

Business et "spiritualité"

Rédigé par Leila Belghiti | Vendredi 29 Mai 2009

Le tribunal de Paris est le théâtre d’une bruyante affaire d’escroquerie en bande organisée. Au banc des accusés se trouve la branche française de la très controversée Église de scientologie. Prévu pour durer trois semaines, le procès pourrait bien finir en Cour de cassation, et aboutir à une dissolution de la secte en France.



La scientologie au tribunal
Au deuxième jour du procès, mardi 26 mai, une des deux plaignantes, ancienne adepte du mouvement, a livré au tribunal un témoignage accablant, relatant comment elle a été « abusée » de mai à septembre 1998 par les scientologues.

Dépressive et en état de rupture sentimentale, elle s’est laissée convaincre par l’Église de scientologie. À l’origine, un simple test de personnalité, distribué à la sortie du métro. S’ensuivent alors coups de fil téléphonique, cours de « réparation de vie », séances de « purification », joggings intensifs et absorption massive de vitamines, pour un total de plus de 21 000 euros, dont 4 800 euros pour le seul « électromètre », un appareil électrique censé mesurer les « variations de l’état mental » jugé inutile par les experts (coût de fabrication : quelques dizaines d’euros). « J’ai été contrainte par l’Église de scientologie de faire un emprunt à la Sofinco », déclare la plaignante, aujourd’hui quinquagénaire.

L’Église de scientologie risque sa dissolution en France

Les principaux chefs d’accusation en cours d’étude sont les méthodes utilisées par l’autoproclamée Église pour s’attirer des adeptes, en particulier son mode de « recrutement » et les dépenses extravagantes qui en découlent. L’accusation d’« exercice illégal de la pharmacie » pourrait aussi être retenue. Pour l’avocat de l’Association spirituelle de l'Église de scientologie, Me Patrick Maisonneuve, « cette affaire est plus l’histoire d’une déception que celle d’une tromperie ».

C’est la deuxième fois que l’Église de scientologie se retrouve au banc des accusés. En 2003, pour des faits similaires, l’organisation s’en est sortie avec uniquement une condamnation pour des infractions à la loi relative aux fichiers informatiques. Elle risque cette fois une dissolution complète de sa branche française basée à Paris, si toutefois elle est reconnue coupable.

La Miviludes, gendarme des dérives sectaires

Ce procès intervient une semaine après la publication du rapport 2008 de la Miviludes* sur les sectes, qui dénonce leur influence croissante dans le monde, et leurs techniques de manipulation mentale.

Présidée par Georges Fenech, magistrat et ex-député du Rhône, la mission dénonce le lobbying pratiqué par des mouvements sectaires, sous la forme d’organisations non gouvernementales de défense des libertés religieuses, auprès d’organismes internationaux, comme l’Organisation des Nations unies (ONU) ou l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Elle souligne notamment le rôle d’Internet dans la propagation des mouvements sectaires et parfois suicidaires. La scientologie, le satanisme, les raëliens et témoins de Jéhovah sont ainsi pointés du doigt.

« Secte » en France, « religion » aux États-Unis

Les scientologues revendiquent pas moins de 6 000 « églises » à travers le monde. Fondée en 1954 par L. Ron Hubbard, un célèbre auteur de science-fiction, décédé en janvier 1986, l’association a, selon elle, fédéré « des millions de membres », autour de sa maxime : « Le jour où nous pourrons tous avoir confiance les uns dans les autres, la paix régnera sur Terre. »

Reléguée dans le chapitre des sectes en France, l’Église de scientologie a, au contraire, le statut de « religion » au pays de l’oncle Sam, considéré comme un pays multiculturel et très respectueux de la liberté religieuse.

Quoique jugée trop laxiste, cette liberté bénéficierait en tout état de cause aux musulmans américains, qui subiraient bien moins de discriminations qu’en France – pays « laïcard par excellence », pour certains –, malgré (sic) les événements du 11-Septembre.


*Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Lire le rapport Miviludes 2008 :





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