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Economie

La promesse intenable

Rédigé par Lamine C. | Jeudi 28 Août 2003

Le Premier ministre français a rencontré, mercredi 27 août à Bruxelles, les commissaires européens. Confronté à une conjoncture dégradée et des finances publiques qui chavirent au-delà des critères de stabilité européens, M. Raffarin a invoqué les réformes structurelles engagées par son gouvernement dont la populaire réforme des retraites (sic), pour solliciter l’indulgence de la Commission.



Le Premier ministre français a rencontré, mercredi 27 août à Bruxelles, les commissaires européens. Confronté à une conjoncture dégradée et des finances publiques qui chavirent au-delà des critères de stabilité européens, M. Raffarin a invoqué les réformes structurelles engagées par son gouvernement dont la populaire réforme des retraites (sic), pour solliciter l’indulgence de la Commission.

Le déficit public de la France dépasse le seuil de l’Europe
Initialement, notre Premier ministre devait se rendre en terre belge pour demander l'aide du fonds de solidarité européen suite aux violents incendies de forêt qui ont ravagé plus de 50000 hectares dans le sud de la France. Et, sur ce sujet, il a bénéficié d'une écoute bienfaisante. Mais après quelques propos diplomatiques inhérents à ce type de rencontre, M. Raffarin a dû se justifier sur l’Etat critique des finances publiques françaises.

Sur fond de panne de la croissance économique et d'exigences contradictoires de l'Union européenne et de l'Elysée, les finances publiques françaises sont dans le rouge (qui vire au noir). Le déficit public (= découvert) dépasse 3% du PIB. Le fait est qu’en créant l’Euro, les grands pays européens se sont fixés des règles communes pour restreindre le dérapage de leur déficit public et ainsi leur endettement. Le traité de Maastricht fut négocié dans ce sens : Il fallait éviter qu'un pays emprunte trop et prenne le risque de dévaloriser la monnaie commune, déstabilisant par voie de conséquence tous les pays qui l'utilisent. Or, depuis 2002, la France ne respecte plus une des règles communes en dépassant ces fameux 3%. Et elle n'est pas la seule. L'Allemagne et le Portugal pâtissent aussi d’un déficit public excessif. Et beaucoup d'autres pays, comme la Belgique ou l'Italie, ont une dette supérieure à 60% de leur PIB (produit intérieur brut), une autre norme commune que la France dépassera en 2004. Le président de la Commission, M. Prodi, a donc naturellement rappelé au cours de l’entretien la nécessité pour les Etats membres de l'Union de se discipliner et respecter les ' règles communes '.

Au non-respect des engagements européens, ajoutons que les nouvelles ne sont pas bonnes. Entre avril et juin 2003, l'activité a plongé de 0,3 % par rapport au premier trimestre, poussant les économistes à revoir à la baisse leur prévision de croissance pour 2003 (autour de 0,6 %) comme pour 2004 (autour de 1,5 %). Déjà les chiffres du ministère de l’économie et des finances montrent que les recettes fiscales en 2003 sont loin d'être à la hauteur de celles espérées et que le déficit budgétaire dépassera 50 milliards d’Euro à la fin de l'année. S'y adjoint le déficit latent de la SECU attendu à plus de 8 milliards d'Euro (contre 3,4 milliards en 2002).

L’impossible conciliation des engagements européens aux promesses électorales
Petit raisonnement : faute d’entrée d’argent du fait du ralentissement de l’activité, le déficit se creuse mécaniquement si vous maintenez le même niveau de dépenses. Pour illustrer ce propos, imaginez que vous bénéficiez d’un salaire de 100 Euro. Si vous dépensez 103 Euro, vous serez naturellement à découvert (déficit) d’un montant de 3? (3%). Maintenant, supposons que votre salaire intègre une partie variable selon le volume des ventes que vous réalisez (dans l’hypothèse ou votre profession est vendeur), votre revenu diminuera mécaniquement si vendez moins. Vous aurez ainsi moins de recettes, ce qui risquera d’accroître votre découvert si vous dépensez toujours 103 Euro. C’est ce qui se passe pour la France : moins de croissance économique (vente dans l’exemple) génère moins d’impôts récoltés par l’Etat (baisse des revenus). Comme les dépenses publiques ne diminuent pas, le déficit grimpe.

Imaginez maintenant que le gouvernement décide de diminuer les recettes dans ce type de conjoncture. Vous répondrez évidemment que le déficit risque de s’aggraver si le niveau de dépenses reste inchangé. Dans l’exemple ci-dessus, c’est comme si vous décidiez, volontairement de diminuer votre salaire.

Rappelons-nous maintenant les directives formulées par le président Chirac lors de son entretien télévisé du 14 juillet. Il émettait le souhait que le gouvernement engage une ' nouvelle baisse de l'impôt sur le revenu de 3% ', donc une baisse des recettes de l’Etat. Avec notre raisonnement développé succinctement ci-dessus, l’on comprend que le risque que se détériore encore plus le déficit est patent avec ce type de politique. Dans ce sens, interrogé sur l'impact des baisses d'impôts envisagées par la France, M. Prodi s'est montré sceptique, relevant qu'au cours des dernières années des pays européens avaient procédé à ' un certain nombre de baisses d'impôts dans un cadre de consommation basse, ce qui n'a pas permis d'augmenter la croissance et n'a fait qu'augmenter les déficits '. Réflexion très diplomatiquement correcte qui sous-entend l’incompatibilité de fond entre les engagements européens et les recommandations présidentielles.





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