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Arts & Scènes

La prison peut-elle être objet du rire ?

Théâtre

Rédigé par | Samedi 9 Février 2008

M, N, O, et P, voilà ce que nous sommes, des initiales, plus de nom mais une accusation : « Terroristes ! » Quand l’univers carcéral est rendu par une pièce de théâtre, le spectateur peut-il être touché par l’étau de l’oppression, par la cruauté des vexations de toutes sortes ? Oui, d’une certaine manière, surtout lorsque l’absurdité et l’injustice tirent leur source de situations réelles, relatées lors de conversations téléphoniques qu’avaient eues un prisonnier palestinien et une journaliste israélienne, et que la mise en scène est traversée d’un certain humour (glacé).



MurMure, pièce de Gaël Chaillat et d'Ariel Cypel, s'inspire, en effet, du récit de Mahmoud Zahari Al Safadi, qui, alors jeune leader palestinien, fut arrêté par l'armée israélienne lors de la première Intifada (1989), torturé et condamné à 27 ans de prison. C'est en 2004 que Amira Hass, qui vit à Ramallah et est la seule journaliste israélienne à rendre compte des événements depuis les territoires occupés, entre en contact avec Mahmoud Zahari Al Safadi, grâce à un téléphone mobile, pourtant illégal. Quatre mois plus tard, les téléphones sont cependant confisqués un à un, et leurs échanges continueront par lettres, sous contrôle de l'administration pénitentiaire.

La prison peut-elle être objet du rire ?
Dans MurMure, il est certes question de fouilles au corps, de punitions et de vexations multiples, d'un conseil de discipline, d'un brisage de grève de la faim par transfert des prisonniers et tabassage… Mais rien n'est montré crûment de tout cela. Cela est énoncé, suggéré, parlé, vociféré parfois, subtilement mis en scène, détourné par l'humour et le jeu des sept acteurs. Le déroulé est parfois difficile à suivre, oscillant entre les dialogues qui frôlent l'absurdité et ceux qui sont tirés de la réalité.

La peine ? « La décoloration, jusqu'à obtention de la transparence voulue. » Sous couvert de loufoquerie, la pièce rend ainsi compte des conditions d'enfermement de quatre prisonniers sous la surveillance d'une geôlière quasi psychotique qui aime à punir pour cause d'infraction au règlement (de 800 pages) : « Une fois de plus, vous refusez de ma part une proposition de solution extrêmement généreuse, ce qui prouve que vous ne voulez pas aboutir à un accord. Vous m'obligez à utiliser une violence que fondamentalement je réprouve », annonce-t-elle. Et voilà l'heure de promenade supprimée, l'heure de sport supprimée… «  Je veux que vous reveniez sur votre décision ! », clame M., un des prisonniers. «  Que je revienne sur ma décision ? N'importe quoi. J'ajoute six mois d'interruption des études à l'Université libre ainsi que la privation des visites de la famille. » «  Je conteste cette décision », reprend M. – «  Ecrivez une lettre au directeur ! »
 
Quand, enfin, les prisonniers contactent leurs familles, après 17 ans d'enfermement, ils se heurtent à l'incrédulité de leurs proches :
Le prisonnier N : Allô, maman, c'est moi. N.
La mère : Allô ? Qui est à l'appareil ? C'est la police ?
N. : Ecoute, maman, c'est moi, ton fils.
Mon fils ?
–  Ton fils !
–  Mon fils, il est en prison, c'est un héros, mon fils… Salopard de la police.
La mère raccroche.
 
Quelques scènes plus loin, pourtant : «  Je me suis rendu compte que notre société avait bâti un mythe : les prisonniers ne sont pas des héros. Ils ne sont ni si extraordinaires ni si différents. Ce sont des gens normaux. », s'exprime M. «  Si je devais revenir en arrière et que je devais choisir de nouveau, je choisirais le même chemin. Peut-être que je changerais quelques détails mais pas le chemin principal. J'appartiens à la résistance populaire. »
 
« Ce n'est pas un mur de l'apartheid, c'est une barrière de sécurité ! Ce n'est pas une occupation, ce sont les terres que l'Eternel nous a offertes ! », affirme haut et fort Shirley, la geôlière. « Ce n'est pas une ségrégation, ce sont des terres homogènes pour des peuples homogènes ! Ce n'est pas une prison, c'est une maison de décoloration. Je ne suis pas folle ! »« Mais non, tu n'es pas folle », la rassure fermement le directeur de la prison.
 
Le spectateur que nous sommes a bien du mal à le croire tant le conflit israélo-palestinien semble émaner d'une certaine folie des hommes… 
 


MurMure est encore joué le 9 et le 10 février à Paris (réservation fortement conseillée), le 12 février à Mantes-la-Jolie. En mars 2008, la pièce sera jouée, en hébreu, au Théâtre municipal de Haïfa (Israël), et en arabe, au Freedom Theater de Jénine (Palestine). Lors de sa diffusion, des ateliers de formation aux techniques du théâtre et du clown seront proposés aux professionnels et aux étudiants palestiniens du spectacle vivant.



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MurMure, de Gaël Chaillat et d'Ariel Cypel, d'après les conversations entre Amira Hass et Mahmoud Zahari Al Safadi.
Avec Elie Axas, Ariel Cypel, Sarah Chaumette, Guy Elhanan, Lahcen Razzougui, Stéphane Schoukroun.

Samedi 9 janvier à 20 h 30 ; dimanche 10 février à 17 h.
[Espace Confluences ]urlblank:http://www.confluences.net/ : 190, bd de Charonne – 75020 Paris – 01 40 24 16 46
M° : Alexandre-Dumas.
Entrée : 10 € ; TR : 7 €. 
 
Mardi 12 février 2008 à 20 h 30.
[Collectif 12 ]urlblank:http://www.collectif12.org : 174, bd du Maréchal-Juin – 78200 Mantes-la-Jolie – 01 30 33 22 65
Entrée : 10 € ; TR : 5 €.








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