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La paix, du bout des lèvres

Rédigé par Bamba Amara | Vendredi 5 Décembre 2003

Le désarmement des belligérants du conflit ivoirien pourrait commencer le 15 décembre prochain. C’est ce que laisse entendre un communiqué publié à l’issu d’une réunion tenue hier jeudi à Yamoussoukro. Dans la foulée, le Président Gbagbo a annoncé sa décision de se rendre à Bouaké, seconde ville du pays sous le contrôle de la rébellion depuis le 19 septembre 2002, pour «annoncer la fin de la guerre ». Une déclaration qui intervient après de nombreuses déclarations de M. Gbagbo, non suivies d’actes.



Le désarmement des belligérants du conflit ivoirien pourrait commencer le 15 décembre prochain. C’est ce que laisse entendre un communiqué publié à l’issu d’une réunion tenue hier jeudi à Yamoussoukro. Dans la foulée, le Président Gbagbo a annoncé sa décision de se rendre à Bouaké, seconde ville du pays sous le contrôle de la rébellion depuis le 19 septembre 2002, pour 'annoncer la fin de la guerre '. Une déclaration qui intervient après de nombreuses déclarations de M. Gbagbo, non suivies d’actes.

Le double langage de Gbagbo Laurent
Au début du soulèvement armé en septembre 2002, le président Gbagbo avait exprimé sa volonté de paix. Au lendemain des ' Accords de Lina-Marcoussi ' sous l’impulsion de Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères, les partis du conflit ivoiriens avaient donné les gages d’un règlement pacifique de leur différent. Les rebelles avaient renoncé à exiger le départ de M Gbagbo du pouvoir. En échange, ils avaient obtenu des portefeuilles ministériels dont celui du Ministère de l’intérieur. Un Premier ministre de conciliation avait été trouvé. Des dispositions avaient été prises pour réviser le code de la nationalité ivoirienne à l’origine du conflit. Un terrain d’entente avait été dégagé sur la question d’attribution des terres.

De retour à Abidjan, M Gbagbo n’avait pas finalement respecté les engagements pris à Paris. Se déclarant alors favorable uniquement à 'l’esprit des Accords Marcoussi ', il les avait jugés inapplicables sur certains points dont, notamment, l’attribution du Ministère de l’Intérieur aux rebelles. Ménageant l’hostilité des membres de son parti aux Accords de Marcoussi, le président ivoirien avait alors été soupçonné d’encourager les manifestations de rue pour justifier son changement de position. Depuis cet épisode du conflit, le président Gbagbo est soupçonné de 'manier le double langage '.

Pendant ce temps, sévissaient des éléments des forces fidèles au pouvoir organisés en 'escadrons de la mort '. Ils sont les auteurs d’assassinats de civils, originaires du Nord du pays, accusés de sympathie avec la rébellion armée. Les opposants choisissent l’exile en masse. Les ressortissants étrangers, principalement des français, furent évacués dans des conditions d’urgence sous la protection de soldats français. Une force d’interposition a depuis été déployée le long d’une ligne de front qui divise le pays d’ouest en est, empêchant l’affrontement armé mais interdisant aussi la libre circulation entre le Nord et le Sud du pays.

Le douloureux cheminement vers la paix
Dans cette confusion, un accord sera malgré tout trouvé sur le Ministère de l’Intérieur. Les rebelles exprimeront leur volonté de règlement pacifique en siégeant dans un gouvernement d’union national en application des Accords de Marcoussi. Le Parlement votera une loi d’amnistie générale très contestée par les familles des victimes des ' escadrons de la mort '. Maintes avancées politiques seront effectuées, corroborées par la rencontre du 4 juillet 2003 où les Forces armées ivoiriennes du Sud et les Forces nouvelles du Nord signent un 'accord de fin de guerre en tant qu’opposition armée entre deux forces combattantes '. Mais, prétextant de l’insécurité de ses membres à Abidjan et du refus de M Gbagbo d’appliquer les Accords de Marcoussi dans toutes leurs lignes, la rébellion quittera le gouvernement au mois de septembre. Néanmoins, ce mercredi 3 décembre, veille de la rencontre de Yamoussoukro, Albert Tévoédjré, président du Comité de suivi des Accords de Lina-Marcoussi, parvient à obtenir un accord de principe sur un retour prochain des rebelles dans le gouvernement.

Le communiqué diffusé à l’issu de la réunion d’hier, jeudi 4 décembre, annonce le retrait des unités des zones stratégiques d’Allangouassou et de Bonia ainsi que de toutes les unités en position dans la zone dite de confiance. Ces retraits doivent prendre fin aujourd’hui vendredi, selon le communiqué publié à Yamoussoukro qui annonce aussi la libération de tous les détenus militaires pour le dimanche 7 décembre ainsi qu’un nouveau rendez-vous pour le 10 décembre afin d’établir un calendrier de retrait total et de cantonnement des troupes.

Le cacao menacé par la crise
C’est séance tenante que le président ivoirien a annoncé son intention de se rendre dans la ville de Bouaké actuellement sous le contrôle des Forces nouvelles pour 'annoncer la fin de la guerre ' avant son voyage à Paris prévu pour la mi-décembre. Cette volonté soudaine de paix arrive au moment où la récolte de cacao est menacée dans ce pays qui en est le premier exportateur mondial. Les conflits locaux entre les Ivoiriens considérés 'autochtones ', et d’autres Ivoiriens qualifiés d’'allogènes ' tendent à gêner considérablement la production nationale. Dans la région dite de la 'boucle du cacao ', qui renferme le quart de la production nationale, six personnes ont été tuées, le mercredi 3 décembre, lors de batailles rangées entre 'autochtones ' et 'allogènes ' autour de l’accès à leurs récoltes. Selon les observateurs sur le terrain, des récoltes entières sont en phase de pourrissement sur les cacaotiers.

Traditionnellement, la main d’œuvre agricole arrive à la saison des récoltes, d’octobre à décembre, en provenance des régions du Nord du pays actuellement sous contrôle rebelle. Ces populations du Nord, à majorité musulmanes, sont contestées dans leur nationalité ivoirienne par les populations du Sud. Ce qui a favorisé le concept d’ivoirité. Une des formes de discrimination contre laquelle dit lutter la rébellion armée.





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