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Société

La grippe A plane sur La Mecque

Le CFCM recommande aux musulmans de ne pas s’y rendre

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 17 Août 2009

L’Arabie Saoudite est en état d’alerte maximum et redoute la propagation du virus H1N1 durant le petit comme le grand pèlerinage de La Mecque qui aura lieu cette année en novembre. Des mesures restrictives devraient bientôt être prises par les autorités dont celles d’interdire le hajj au moins de 12 ans et au plus de 65 ans. Si le risque sanitaire est certain, le CFCM recommande aux musulmans de France de « s’auto-interdire » de se rendre sur les lieux saints.



La grippe A plane sur La Mecque
La grippe porcine, dite A, est devenu, en quelques semaines, l’une des principales préoccupations des musulmans désireux de partir à la Mecque. Depuis juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé son niveau d’alerte au niveau 6 et a récemment averti que le virus H1N1 se propageait dans le monde à une vitesse « sans précédent ». Cette alerte maximum, synonyme de pandémie, a été déclenchée compte tenu de la propagation du virus dans près de 160 pays après son apparition au Mexique et aux États-Unis en mars dernier.

Le ministère saoudien de la Santé a, pour sa part, enregistré près de 600 cas sur son sol et a annoncé son huitième mort le 9 août. Or, nombre de personnes se rendent à la Mecque pendant le mois du Ramadan pour effectuer le petit pèlerinage (omra) et se préparer à l’avance au hajj.

Mais peut-on imaginer l’Arabie Saoudite interdire aux fidèles musulmans de faire leur pèlerinage en 2009 ? Non, estime pour le moment les autorités. Le hajj, qui constitue le cinquième pilier de la religion musulman, réunit chaque année près de trois millions de musulmans venus du monde entier pour y accomplir leurs rites au moins une fois dans leurs vies. De plus, son impact économique est si grand que le gouvernement saoudien ne peut envisager l’annulation.

Plutôt que de l’interdire, le Royaume devrait bientôt restreindre le pèlerinage à des catégories de personnes suite aux recommandations émises par l’OMS les ministres arabes de la Santé le 22 juillet au Caire. Serait interdit de visas les enfants de moins de 12 ans, les personnes de plus de 65 ans, ceux souffrant de maladie chronique et les femmes enceintes. Seuls ceux présentant un certificat médical attestant de leur bonne santé pourraient se rendre sur les lieux saints.

Le CFCM recommande aux musulmans de se plier aux restrictions

Mais quelle serait l’efficacité de ces mesures ? Les études montrent que les personnes les plus touchées actuellement dans le monde sont les jeunes âgés de 12 à 25 ans. Même si les conditions d’attribution des visas sont draconiennes, leur nombre délivré chaque année pour le hajj reste le même, ont déclaré les autorités saoudiennes. Si une pandémie venait à se déclarer, la catastrophe serait inévitable.

« Ces recommandations vont dans le bon sens, celui de l’auto-interdiction. (...) Dans la jurisprudence musulmane, le grand pèlerinage est une obligation pour ceux qui en ont les moyens et les capacités. Les savants musulmans incluent la possibilité d’y aller sans prendre de risque sur sa sécurité et sa santé et celle d’autrui. Si le risque sanitaire est avéré, il est du devoir du musulman de d’ajourner son pèlerinage à une autre année », explique Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Concernant le petit pèlerinage, « ce n’est pas une prescription religieuse mais une recommandation, un acte surérogatoire et de ce fait, s’il y a un risque certain pour soi et les autres, les musulmans doivent aussi s’abstenir de s’y rendre », martèle-t-il au téléphone.

D’autres pays ont pris des mesures plus drastiques. C’est le cas de l’Iran qui comptait au mois de juin plus de 140 cas déclarés de grippe A. Après avoir initialement recommandé aux personnes fragiles de reporter le hajj, les autorités iraniennes ont franchit un autre cap, le 6 août, en interdisant tout bonnement à ses ressortissants de se rendre à la Mecque.

Quant à la Tunisie, elle a décidé d’annuler la omra, réservant encore sa décision pour le grand. « Hormis ces deux pays, la majorité des pays musulmans estiment qu’ils n’ont pas encore suffisamment d’éléments pour dire qu’il y a un risque avéré qui permettrait, du point de vue religieux, d’interdire cette obligation », déclare M. Moussaoui.

En France, la vigilance est de mise. Le Quai d’Orsay n’a pas encore pris de mesures adaptées, qui dépendront de l’évolution du risque sanitaire. Le CFCM prévoit par ailleurs une réunion le 20 août prochain avec d’autres organisations musulmanes « pour prendre position sur ce sujet et prendre des décisions en fonction des éléments que nous obtiendrons des autorités sanitaires et de prendre des décisions adéquates », conclut son président.

La baisse de la fréquentation de La Mecque, qui accueille chaque année des millions de personnes en quête de spiritualité, semble inévitable et ses répercussions économiques ne se feront pas attendre.





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