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Economie

La fuite des « cerveaux européens » vers les Etats-Unis : Un aller sans retour

Rédigé par OURABAH Sofiane | Vendredi 20 Février 2004

La fuite de cerveaux s’interprète généralement comme une externalité négative imposée à la population restante. La source de cette externalité, réside soit dans le préjudice causé aux facteurs de production complémentaires du travail qualifié émigré, c’est à dire, dans la réduction du stock de capital humain disponible pour les générations présentes et futures. Environ 75 % des titulaires européens de doctorats américains qui ont reçu leur diplôme entre 1991 et 2000, soit environ 11 000 personnes, n'ont pas l'intention de revenir en Europe, et un nombre croissant d'entre eux préfère rester aux Etats-Unis.



La fuite de cerveaux s’interprète généralement comme une externalité négative imposée à la population restante. La source de cette externalité, réside soit dans le préjudice causé aux facteurs de production complémentaires du travail qualifié émigré, c’est à dire, dans la réduction du stock de capital humain disponible pour les générations présentes et futures. Environ 75 % des titulaires européens de doctorats américains qui ont reçu leur diplôme entre 1991 et 2000, soit environ 11 000 personnes, n'ont pas l'intention de revenir en Europe, et un nombre croissant d'entre eux préfère rester aux Etats-Unis. 

Une tendance inquiétante.
La Commission européenne sur la mobilité internationale des chercheurs, a prouvé que la 'fuite des cerveaux' s'accentue de l'Europe vers les Etats-Unis, où les projets d'installation de chercheurs venus d'Europe sont en augmentation. Cette tendance est considérée comme une des plus graves menaces qui pèsent sur la capacité d'innovation et de productivité de l'Europe. Elle laisse craindre, selon la commission, un manque de personnel hautement qualifié en sciences et technologie dans l'Union européenne pour les dix à quinze prochaines années.
Si l'Europe produit un nombre important de diplômés, une grande partie d'entre eux cherchera et trouvera du travail hors de ses frontières. Aux Etats-Unis en particulier, quelque 85 000 personnes nées dans l'Union européenne étaient employées en 1999 dans le secteur dit de science et ingénierie, la Grande-Bretagne en fournissant le plus grand nombre, suivie de l'Allemagne, de l'Italie et de la France ; et près de 30 000 venaient des pays d'Europe de l'Est, qui s'apprêtent à entrer dans l'Union.

Les principales raisons qui retiennent les scientifiques et les ingénieurs européens à l'étranger tiennent à la qualité du travail : meilleures possibilités d'emploi, meilleures perspectives de carrière, meilleur accès aux technologies de pointe, meilleures installations de recherche. Le salaire, sans être un facteur négligeable, n'est pas déterminant dans leur choix : il n'est cité que par un quart d'entre eux.
La migration touche à la fois les jeunes chercheurs et les chercheurs expérimentés, les femmes étant toutefois sous-représentées. Les Etats-Unis ne sont pas leur seule destination. Au Canada, il y avait en 1996 plus de 12 000 Européens titulaires d'un doctorat. Chaque année, de 1 400 à 1 700 résidents permanents venus de l'Union européenne y accèdent à des emplois hautement qualifiés. L'Australie et la Nouvelle-Zélande accueillent aussi nombre d'expatriés européens spécialisés en science et ingénierie.

S’attaquer aux causes de la fuite des cerveaux
Pour répondre à ces défis, plusieurs pays d'Europe ont tenté de mettre en place des contre-feux qui doivent leur permettre à la fois de conserver leurs chercheurs nationaux et d'attirer des chercheurs étrangers, européens ou non. La Commission donne en exemple la Grande-Bretagne, l'Irlande, le Portugal, l'Allemagne, qui ont pris des mesures pour stimuler le recrutement de spécialistes, notamment en allégeant certaines démarches administratives. Elle note, en revanche, que 'la France ne semble pas être en mesure d'attirer des personnes hautement qualifiées avec le même succès que des pays comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis', citant un rapport du Sénat français qui évoque 'un paysage décourageant de complications administratives, de lourdes taxes et d'une législation du travail rigide'.

Dans un tel contexte , les gouvernements européenns et en particuliers la France doivent faire des efforts pour s’attaquer aux causes de la fuite des cerveaux. Les politiques publiques en matière de science et technologie jouent un rôle clé à cet égard. Pour qu’un pays soit attractif pour les travailleurs hautement qualifiés – tant pour les nationaux expatriés que pour les talents étrangers – la meilleure stratégie consiste à développer des pôles d’excellence pour la recherche et scientifique et à créer un climat favorable au développement de l’innovation technique et à la création d’entreprises. Mais la tâche n’est pas aisée et peut prendre du temps. Ainsi, l’Inde investit en capital humain dans le domaine de la science et de la technologie et consacre des moyens à la recherche et au développement depuis les années 1950. La Chine a récemment lancé un programme visant à hisser une centaine d’universités au niveau des meilleurs établissements du monde afin non seulement de dispenser un enseignement supérieur de qualité, mais aussi d’offrir des postes aux enseignants et aux chercheurs. Dans les pays de l’OCDE, le gouvernement du Royaume-Uni projette d’accroître de 25 % la rémunération des stagiaires en formation post-doctorale et d’accroître le financement alloué au recrutement de professeurs d’université.

La France a pour sa part créé quelque 7 000 postes de professeurs et de chercheurs depuis 1997 afin de retenir les compétences et d’encourager des stagiaires en formation post-doctorale à l’étranger à revenir…mais cela s’avère nettement insuffisant. Les grèves de chercheurs des derniers jours ont confirmé cette carence du budget publique envers un soutien à la recherche et à l’innovation.

Ainsi, le risque d’une fuite des cerveaux est bien réelle, cependant les pays peuvent créer des conditions favorables pour la recherche, l’innovation et la création d’entreprise sur leur territoire et par-là stimuler les flux rentrants de migrants, de capitaux et l’accès aux réseaux internationaux d’innovation. En dosant judicieusement leurs politiques et une coopération internationale soutenue, plusieurs pays pourraient donc transformer la « fuite des cerveaux » en « réservoir de cerveaux ».






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