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Finance éthique

'La finance islamique ne résout pas tous les problèmes, elle apporte une éthique'

Une journée avec l'association AIDIMM

Rédigé par Assmaâ Rakho Mom | Lundi 3 Novembre 2008

Arrivés à 7h00 sur les lieux du séminaire de formation à la finance islamique, c'est au pas de charge que les bénévoles de l'association AIDIMM (Association d'innovation pour le développement économique et immobilier) ont mené la journée.



Anass Patel, président de l'AIDIMM
Anass Patel, président de l'AIDIMM

'Une certaine éthique dans les affaires'

Il faut dire que le programme était chargé ce samedi 25 octobre. C'est une salle de l'hôtel Résidence internationale de Paris, dans le 20ème arrondissement, qui a servi de salle de séminaire à l'AIDIMM et à ses intervenants, professeurs d'un jour. Une salle qui a accueilli 150 personnes, le maximum prévu par l'association. Contexte de crise oblige, la finance islamique est un sujet hautement porteur. L'AIDIMM l'a bien compris. Même si, et son président, Anass Patel, le souligne bien, "la finance islamique n'a pas solution à tous les problèmes, et n'a pas vocation non plus à remplacer totalement le système capitaliste en place. Elle a besoin de toutes ses énergies, mais peut apporter une conception, un regard différent, une certaine éthique dans les affaires".

Le séminaire d'initiation à la finance islamique, de niveau 1, devait débuter à 9h00 pour se terminer à 18h00. Il aura finalement démarré avec près de trois quarts d'heure de retard pour s'achever dans la précipitation aux alentours de 19h00. A leur arrivée, les inscrits au séminaire se voyaient remettre un support de cours, un stylo frappé du sigle de l'association, ainsi qu'une fiche de satisfaction à remettre aux organisateurs en fin de journée.

Un niveau 2 de la même formation devrait voir le jour avant la fin de l'année. Il y a "une vraie demande de la part des gens", estime Anass Patel, même s'il réfute avec un sourire l'idée de "succès" de la formation. Une demande due à l'incompréhension de beaucoup de personnes face à la crise financière mondiale, un manque de repères, et une volonté de retour à une économie plus saine.


Alexandra E., 28 ans, adhérente à l'AIDIMM
Alexandra E., 28 ans, adhérente à l'AIDIMM

Assistance pas uniformément musulmane

L'assistance, elle, n'était pas uniformément musulmane, loin de là. L'AIDIMM non plus d'ailleurs, qui compte dans ses rangs une adhérente active... et athée. Alexandra E., 28 ans, travaille dans l'immobilier. Elle a connu l'AIDIMM par le biais d'un collègue de travail. Également étudiante à l'ESSEC, la jeune femme suit un Master en management immobilier pour la validation duquel elle prépare un mémoire de fin d'études sur les techniques de financements islamiques dans le cas d'investissements immobiliers en France.

Son parcours professionnel l'a par ailleurs menée à s'installer durant six mois à Kuala Lumpur, capitale de la Malaysie, avant de passer quelques années au Luxembourg où elle fut consultante en fiscalité internationale, spécialiste en transaction immobilière. C'est là qu'elle rencontre des clients de fonds shariah et découvre par la même "les grandes lignes de la finance islamique et comment faire un montage financier pour répondre aux besoins" de ces clients. Sa présence au sein de l'association apporte selon la jeune femme "un regard neuf, un œil critique". Sa position lui permet "facilement de poser des questions que certains de confession musulmane ne vont peut-être pas oser poser devant leurs 'frères' parce que cela pourrait être incompris, voire tabou".

"C'est un peu notre différence", soutient Anass Patel, l'AIDIMM étant désireuse de "se positionner sur des principes universels de la finance", car "au-delà des bases islamiques, elle répond à toutes les convictions personnelles, éthiques, écologiques et est en adéquation avec la réalité des choses, à savoir une économie réelle et non pas tous les excès que l'on a pu voir, engendrés par le capitalisme ultralibéral."

'La finance islamique ne résout pas tous les problèmes, elle apporte une éthique'

Influence

Imaginée à la base comme une plate-forme de réflexion, verrait-on peu à peu l'association se transformer en un groupe influant, faisant en sorte de faire remonter ses réflexions et propositions aux politiques et décideurs ? "Aujourd'hui il faut effectivement, en plus de la priorité majeure qui reste celle d'éveiller les consciences et de réfléchir à des solutions innovantes, aller vers les politiques, les grandes banques, etc."

Clairement, la crise financière mondiale agit comme un accélérateur des activités de l'association. Si un niveau 2 de formation, allant au-delà de l'initiation, est prévu pour la fin de l'année 2008, AIDIMM a déjà contribué, en partenariat avec le cabinet de conseil britannique spécialisé en finance Islamique, IFAAS (Islamic finance advisory and auditing services), à la création d'ACERFI (Audit, conformité et recherche en finance islamique), premier comité d'éthique francophone de la finance islamique et "structure de base en vue de l’élaboration du premier Shariah Board francophone". L'ACERFI est composée entre autres personnalités de Cheikh Zakaria Seddiki, Cheikh Mohammed Patel ou encore de Cheikh Mohammed Al Bachir, ce dernier faisant partie des trois principaux intervenants de la journée, les deux autres étant Oumar Seye, contrôleur financier, et Hakim, auteur d’une thèse sur la "recherche de formules innovantes d’accession à la propriété".

Plusieurs membres de l'association participent à des cercles de réflexion de professionnels, que ce soit au niveau des juristes et fiscalistes, mais aussi avec les pouvoirs publics, notamment par le biais de la commission Europlace au sein de laquelle siège Anass Patel et qui a pour objectif d'étudier l'ensemble des besoins et contraintes pour faire des recommandations au ministère de l'Economie. "Aujourd'hui nous arrivons au terme de ce cycle de réunions avec les professionnels d'Europlace, et un livre blanc va bientôt être publié, notamment par l'économiste Olivier Pastré", précise le président d'AIDIMM.

"Maintenant, il faut un accompagnement de l'offre, insiste Anass Patel. La demande est là, les produits également. Il faut que chacun prenne ses responsabilités, et c'est surtout le rôle des banques et des institutions financières". Une demande forte que prouve un sondage réalisé par l'IFOP durant l'été à la demande de l'AIDIMM et de l'IFAAS. Selon ce sondage, "47 % des musulmans vivant en France seraient intéressés par un contrat d’épargne et 55 % par des emprunts qui respectent l’éthique islamique". Le sondage révèle également que ces derniers seraient "certainement ou probablement prêts à accepter un surcoût par rapport à un crédit classique", le temps de la mise en place et de la maturation de ces produits.

Le marché potentiel de la finance islamique en France représenterait près de 500 000 personnes, toujours selon l'étude.










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