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La double dimension de l'Aïd el-Adha

Rédigé par Propos recueillis par Hafida Bensliman | Mardi 10 Janvier 2006

Mohamed Hendaz est l'imam de la mosquée d'Orly. Diplômé de l’université d’Al Azhar (Egypte) il termine une thèse de doctorat à la Sorbonne tout en assurant un enseignement de sciences islamiques à l’Institut Musulman d’Enseignement à Distance (IMED)*. Entretien avec un imam de France, à la veille de l’Aïd al-adhâ.



Saphirnews: Qu’est-ce que l’Aïd pour vous ?


Mohamed Hendaz: L’Aïd est une fête pour tous les musulmans. En islam, on distingue deux Aïd qui sont deux moments de joie mais aussi deux moments empreints d’une grande spiritualité. Pour chacune de ces fêtes il faut prendre en compte cette double dimension. Chaque Aïd est étroitement lié à une grande adoration. Et l'on connait l’Aïd al-fitr, qui marque la fin du jeûne du mois de Ramadan, quatrième pilier de l’islam. Quant à l’Aïd al-adhâ, il est rattaché au pèlerinage (hajj) cinquième pilier de l’islam.

Que fait le musulman en ce jour de l'Aïd?


Mohamed Hendaz: Le matin du premier jour de l’Aïd, le musulman commence sa journée par une succession d’actes d’adoration qui ont pour but en réalité de lui rappeler que ces jours sont également des moments de grande spiritualité. C’est dans cette perspective, avant tout, que le musulman se purifie par un bain rituel, se parfume et se vêtit de nouveaux habits. Tout porte à croire que c’est une nouvelle page de sa vie qui est tournée. Il se rend au lieu de la prière en glorifiant son Seigneur par des formules comme : Dieu est Grand (Allâh akbâr) et bien d’autres formules. Il poursuit ces invocations sur le lieu de prière jusqu’à l’arrivée de l’imam qui marque le début de l'office. La prière est suivie du sermon de l’Aïd et du sacrifice qui est l’un des rituels, sinon le plus important de ce jour. A la différence de l'Aïd al-fitr, l'Aïd al-adhâ se prolonge trois jours pendant lesquels il est de tradition (sunna) que chaque musulman répète de nouveau après chaque prière des louanges et des glorifications du Seigneur. A vrai dire, ces invocations se terminent plus précisément non pas après le troisième, mais le quatrième jour, après la prière de l’après-midi (‘asr). C’est en ce jour que le pèlerinage prend fin ou, pour ceux qui en auront fait le choix, un jour avant. J'ajouterais que l’Aïd al-adhâ (dixième jour du douzième mois lunaire) est le jour appelé par le Coran (9/3) le « jour du grand pèlerinage » (yawm al-hajj al-akbâr). C’est effectivement ce jour-là qu’ont lieu la plupart des rites du pèlerinage (premiers jets de cailloux, rasage ou coupe des cheveux, sacrifice, circumambulations et éventuellement les allers-retours entre les monts Safâ et Marwâ).

Vous parliez d'une double dimension...


Mohamed Hendaz: Oui, l’autre grand aspect de l’Aïd, qui a aussi son importance, c’est que ce jour est un jour de joie, un moment de gaieté, de rencontre et d’amusement, pas seulement pour les petits… Il est fortement recommandé d’accomplir la prière de l’Aïd, non pas à la mosquée, mais à l’extérieur, en plein air, afin de réunir des personnes de plusieurs quartiers, voire même d’une ville entière au même moment et à un même endroit. Généralement, une mosquée ne peut pas effectivement accueillir tout ce monde. C’est donc l’occasion de rencontrer un plus grand nombre de personnes et d'échanger les voeux de bonne fête et de se réconcilier.
Un des récits d’Al-Bukhârî nous expose un extrait de la vie du Prophète (paix et bénédictions sur lui) pendant le jour de l’Aïd : « Le jour de l’Aïd, raconte ‘Aisha (que Dieu en soit satisfait), le Prophète entra chez moi et trouva deux jeunes filles en train de chanter. Il s’allongea sur son lit, leur tournant le dos. A ce moment Abû Bakr entra et s’écria : l’orchestre de Satan chez le Prophète (paix et bénédictions sur lui), pensant ainsi que ‘Aisha avait agi sans le consentement du Prophète. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) se leva et dit : « Laisse-les Abû Bakr ! Chaque nation a son jour de fête ! Aujourd’hui c’est le nôtre ». Dans le même hadith on peut lire : « Le jour de l’Aïd, dit ‘Âisha, des Abyssins se mirent à jouer à la lance et au bouclier dans la mosquée… Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) me dit : « veux-tu voir ? – Oui ! Lui dis-je. » Alors il me plaça derrière lui, ma joue contre la sienne. Il disait : « Bravo ! Continuez Banî Arfida ! » Quand j’en ai eu assez, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) me dit : « cela te suffit ? – Oui ! Dis-je. – Alors va, me dit-il. » Ces exemples témoignent bien de l’importance qu’accorde le Prophète (paix et bénédiction sur lui) à la détente et aux divertissements dans de telles occasions.

Sur un plan plus personnel, qu'allez-vous faire en ce jour ?


Mohamed Hendaz: J'ai des responsabilités d’imam, je vais donc d’abord diriger la prière de l'Aïd organisée par les membres de la communauté de ma mosquée. Cela rejoint un peu ce que je vous exposais précédemment. Ensuite, comme beaucoup de musulmans de France et d'ailleurs dans le monde, je vais accomplir le sacrifice. Pour moi, ce sont des moments de joie et de partage que j'ai l'intention de vivre en famille.

Que recommanderiez-vous aux musulmans ?


Mohamed Hendaz:
Même s'il n’est pas obligatoire d’assister à la prière de l’Aïd, cela reste néanmoins très fortement recommandé. Si possible, tous les musulmans doivent y prendre part. Hommes, Femmes, petits et grands sont tous vivement inivités à la célébration de cette prière. Les femmes peuvent y participer même si elles sont en période de menstrues (ndr: durant cette période les musulmanes sont dispensées des prières rituelles quotidiennes).
C’est un jour où l'on ne peut pas faire l’économie de rappeler la pauvreté et la misère dans le monde. Ne pas oublier les plus démunis, celles et ceux qui n’ont pas l’occasion de fêter ce jour dans l’aisance, est un devoir pour tous les musulmans. La fête en islam se fait dans la fraternité et la solidarité. L’Aïd al-fitr, qui marque la rupture du jeûne, est ponctué par l’obligation de s’acquitter de la zakât al-fitr, afin de ne pas négliger les plus dépourvus. L’Aïd al-adhâ (la fête du sacrifice) est un autre moyen de nous rappeler cet élan de solidarité envers les pauvres. Telles sont les recommandations du Coran « Mangez-en vous-même et faites-en manger le besogneux misérable » Coran (22/28). On retrouve aussi le même type d'idée dans le verset 36 de la même sourate. Aujourd'hui, les musulmans ont, plus que jamais, un grand besoin de renouer les liens de fraternité et de paternité. Cette occasion est un moment propice pour se pardonner mutuellement et se réconcilier.
Je m’adresserai pour finir, aux personnes qui ont l’intention de faire le sacrifice. J'aimerais attirer leur attention sur l'importance de respecter les valeurs les plus élémentaires de l’islam concernant l’hygiène et l’organisation. Je leur demanderai d'observer toutes ces règles et surtout de veiller à ne pas faire souffrir l'animal du sacrifice; cela va de soi…

Comme chaque année, certains musulmans auront des difficultés à effectuer leur sacrifice, faute de mouton. Quel est votre conseil dans ce cas ?


Mohamed Hendaz: Pour la plupart des savants le sacrifice n’est pas une obligation. Mais pour la plupart, le sacrifice demeure une forte recommandation… c’est un symbole en islam (cf. Coran (22/30), 32 et 36). C’est la raison pour laquelle le musulman devra, dans la mesure du possible, trouver le moyen d’accomplir ce rituel. Mais si pour une raison ou une autre, l’accomplissement de ce rite s'avère impossible, cela ne serait pas une fatalité en soi. Le musulman peut envoyer de l’argent là où il est possible de le faire. Ainsi, il s’acquittera de son devoir par procuration, tout en faisant profiter d’autres personnes surtout si elles sont moins nanties. Avec le prix d’un mouton en Europe, l'on peut en acheter plusieurs dans d’autres pays où les populations ont des besoins souvent plus grands.


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