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Société

La démobilisation des profoulards

Rédigé par Amara Bamba Fatima el Abed & | Lundi 9 Février 2004

Mardi 10 février, les députés procéderont au vote sur le projet de loi « encadrant en application du principe de laïcité le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics ». Le débat sur ce sujet a amené une volonté partagée par une majorité de la classe politique française de s’orienter vers un texte de loi. Les examens des articles de ce projet de loi et des amendements qui en découlent ont suscité de très larges réactions nationales et internationales.



Mardi 10  février, les députés procéderont au vote sur le projet de loi ' encadrant en application du principe de laïcité le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics '. Le débat sur ce sujet a amené une volonté partagée par une majorité de la classe politique française de s’orienter vers un texte de loi. Les examens des articles de ce projet de loi et des amendements qui en découlent ont suscité de très larges réactions nationales et internationales.

Le flop d’une manifestation controversée
' Liberté-Egalité-Fraternité, non à l’Islamophobie '. Tel était le mot d’ordre de la manifestation de ce samedi 07 février. A trois jours de l'adoption par les députés du projet de loi sur la laïcité à l'école, cette manifestation était la troisième du genre depuis le discours du Président Jacques Chirac demandant une loi sur les insignes religieux. Venu à l’appel du 'Mouvement pour la justice et la dignité' (MJD), un jeune mouvement formé d’associations musulmanes et d’associations laïques, le cortège a défilé de la place Denfert-Rochereau à l'esplanade des Invalides. 5000 manifestants, selon les organisateurs, 900 selon certains chiffres de la police. Au-delà de la traditionnelle guerre des nombres, la manifestation a peu mobilisé. Prévue depuis quatre mois, les organisateurs espéraient profiter du calendrier et de la mobilisation autour du projet de loi antifoulard pour donner un signal fort aux députés à quelques jours de leur vote.

De loin la mieux préparée et la mieux organisée aussi, cette troisième manifestation des profoulards fut incontestablement la moins médiatisée. Elle fut aussi celle qui a réuni le moins de monde. Une délégation du MJD a remis à l'Assemblée nationale une lettre dénonçant le débat sur le foulard. ' Ce débat est une imposture ' précise la lettre avant d’ajouter que ce débat est  ' imposé à une Assemblée à laquelle on demande de fabriquer un texte en urgence comme si les fondements de la République étaient en danger. ' Fidèles à leur volonté de dénoncer l’islamophobie, les auteurs de la lettre aux parlementaires expliquent : ' Nous savons que cette loi, même si l’on tente maladroitement de nous faire croire le contraire, est orientée toute entière contre une seule religion. Nous savons que cette loi est islamophobe fondamentalement et nous mettons en garde MM. Les Membres de l’Assemblée Nationale afin qu’ils ne se compromettent pas dans un texte qui sera jugé demain par l’Histoire et qui restera un point noir dans la conscience des Français comme les dispositions législatives et réglementaires inhumaines adoptées sous le régime de Vichy '.

Boycotter la ' presse islamophobe '
Pour accueillir les nombreux reporters venus couvrir la manifestation, les organisateurs ont dressé un point presse où les quatre porte-parole du MJD ont reçu les journalistes présents en procédant à une sélection inhabituelle. Ils ont montré une grande courtoisie et beaucoup de disponibilité envers les journalistes travaillant pour des organes de presse jugés ' non islamophobes '. Puis ils ont gentiment refusé d’accueillir les représentants des journaux et télévisions répertoriés comme ayant un ' traitement injuste de l’Islam et des musulmans' dans leurs colonnes. Ce qui a occasionné quelques protestations vigoureuses des journalistes ainsi pénalisés. ' Une simple leçon de justice et de dignité ', commente un des organisateurs, assurant le service d’ordre devant le point presse.

Bien avant la manifestation, certains des organisateurs du MJD avaient exprimé de vives critiques sur le traitement accordé à leur appel par la presse nationale accusée de boycotter leur mouvement au profit de la manifestation du 14 février. Cette autre manifestation annoncée comme une manifestation ' contre les exclusions ' n’entend pas se limiter à la dénonciation de l’islamophobie. Néanmoins, même si elle intervient après le vote de la loi, elle s’inscrit implicitement dans le cadre de la lutte des profoulards. Car, au nombre de ses initiateurs, on compte de nombreuses associations islamiques alliées à des associations laïques dans un ' Collectif une école pour tous-tes '. Ce Collectif est lancé au lendemain d’assises tenues le 17 janvier à l’appel de quatre associations musulmanes d’horizons divers. 150 associations musulmanes y répondent. Le MJD y est invité à condition de ne pas se faire représenter par certains de ses membres. Une condition que le mouvement juge ' contraire à l’éthique du mouvement, puisqu’il s’agit d’exclure certaines personnes alors que l’on milite contre l’exclusion. '

Les alliances inédites des profoulards
Au nombre des signataires du ' Collectif une école pour tous-tes ', on compte aussi des partisans de la position ' ni voile ni loi '. Radicalement opposés au projet de loi sur les insignes religieux, ils sont tout aussi fondamentalement opposés au port du foulard. Ce qui explique leur hostilité à manifester uniquement contre l’islamophobie aux côtés de jeunes filles voilées. Mais cette alliance inédite entre associations musulmanes et des mouvements de gauche et de l’extrême gauche autour de la défense de droits citoyens n’est pas du goût de tous.

Dans le monde politique, le mouvement Sos-racisme vivement critiqué dans le milieu associatif musulman a lancé un collectif ' Laïcs, retrouvons-nous '. Il annonce lutter contre la ' prise en otage ' du débat citoyen sur la laïcité et appelle à manifester le 6 mars prochain.
Dans un communiqué, le socialiste Jean Marie Le Guen, député de Paris, a déclaré que la participation de la gauche à des manifestations aux côtés d’associations islamiques comme le Collectif des musulmans de France (proche de Tariq Ramadan), est une attitude qui ' disqualifie leur combat '. Il a demandé au parti des Verts ' une clarification indispensable '.
Dans le même ordre d’idée, quelques distensions sont apparues au sein des associations musulmanes signataires de l’appel du ' Collectif une école pour tous-tes '. Ces divergences sur l’opportunité pour les musulmans de ' sous-traiter leurs combats républicains ' furent rapidement résorbées devant la nécessité du combat à mener.
A la fin du discours de fin de manifestation, M. Bagdad Maata, l’un des porte-parole du MJD, a appelé à manifester le 14 février.

Vite, et qu’on en finisse
Les parlementaires, soucieux d’en finir avec ce projet de loi, accélèrent le mouvement. Le Président de l'Assemblée a doublé d’efforts pour convaincre de laisser toute sa place au débat. 120 parlementaires, soit plus d'un cinquième des élus, ont pris la parole. Beaucoup ont fait part des doutes, réserves, interrogations ou d’éventuelles hésitations mais malgré tout, ils se sont rangés pour la 'nécessité' d'une loi.

Le Président de l'Assemblée aura aussi activement contribué à rendre possible l'adoption du texte à une très large majorité. Il s'est efforcé d’écarter les points susceptibles de gêner. Il ira jusqu’à encourager les discussions entre les représentants de l'UMP et du PS au sein de la commission des lois dans le but d’aboutir à la rédaction de trois amendements communs. A présent, la loi se dessine mieux. Les modifications ayant obtenu l'aval du chef de l'Etat, le Premier ministre est autorisé à donner un avis favorable

Le premier amendement rappelle que 'la mise en œuvre d'une procédure disciplinaire est précédée d'un dialogue avec l'élève. Le second précise que 'les dispositions de la présente loi font l'objet d'une évaluation un an après son entrée en vigueur'. Le dernier amendement porte sur le titre. 'Trois amendements acceptés, le contrat de mission est rempli'.
Tous les autres amendements ont été rejetés. Ceux visant à substituer le terme 'visible' à 'manifestant ostensiblement' ainsi que ceux proposant d'étendre l'interdiction aux signes politiques. De même, a été rejeté l'amendement d'Edouard Balladur (UMP, Paris) suggérant de limiter l'interdiction au port de signes ou de tenues 'de nature à troubler le bon ordre de l'établissement'.





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