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La Turquie s’achète l’Europe à l’adultère

Rédigé par Ammar B. | Mercredi 15 Septembre 2004

Coup de théâtre hier en Turquie à l’ouverture de la session parlementaire extraordinaire. L'Assemblée nationale turque devait examiner un projet de loi dont certaines dispositions étaient déjà contestées par son opposition et par les dirigeants politiques européens. Les députés devaient reformer un code pénal datant de 1926. Pour l'AKP (Parti de la justice et du développement) qui détient les deux tiers des sièges, le vote du projet n’était qu’une formalité. Mais, au dernier moment, l’AKP a convenu avec son opposition que «Seules les motions signées par les deux partis représentés au Parlement seront soumises à l'Assemblée»



Coup de théâtre hier en Turquie à l’ouverture de la session parlementaire extraordinaire. L'Assemblée nationale turque devait examiner un projet de loi dont certaines dispositions étaient déjà contestées par son opposition et par les dirigeants politiques européens. Les députés devaient réformer un code pénal datant de 1926. Pour l'AKP (Parti de la justice et du développement) qui détient les deux tiers des sièges, le vote du projet n’était qu’une formalité. Mais, au dernier moment, l’AKP a convenu avec son opposition que 'Seules les motions signées par les deux partis représentés au Parlement seront soumises à l'Assemblée'

Réformer pour une plus grande liberté individuelle
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est issu d’une majorité populaire très attachée à des valeurs morales. Son projet prévoyait des peines de prison pour des conduites d’infidélité conjugale ainsi que pour des relations sexuelles entre jeunes de moins de 18 ans. Dans le même temps, le projet de loi prévoyait des peines plus sévères pour les auteurs de crimes d’honneur dont les victimes sont exclusivement des femmes. Il pose aussi une réglementation draconienne à la pratique de tests de virginité encore d’actualité dans le pays, comme dans nombre de pays où, selon la tradition, la virginité est une condition préalable au mariage… Dans l'ensemble, comparée à la loi actuelle, la réforme en discussion accorde une plus grande liberté individuelle au citoyen turc.

Mais la clause prévoyant un durcissement de la sanction de l’adultère pose problème. Car depuis sept ans, une subtilité juridique fait que l’adultère n’est plus sanctionné par le code pénal turc. Et cette législation est conforme au code de pays comme la France où l’adultère n’est plus sanctionné depuis 1975. Ce dispositif prévu par le projet M. Erdogan est vivement critiqué par l’opposition et par les mouvements féministes de Turquie et d’Europe. Près de 500 personnes ont manifesté hier à Ankara pour le dénoncer. Après avoir reculé sur la généralisation de l’enseignement religieux à l’école, il était peu probable que l’AKP accepte de reculer sur ce projet de loi. Pourtant ces aspects du projet s’opposent clairement à la volonté du pays d’intégrer l’Union européenne. En décidant de ne pas faire passer son projet dans l’état, alors qu'il en avait les moyens démocratiques, le Premier ministre turc tente incontestablement d’acheter son ticket d’entrée dans l’Union.

Démocrates musulmans ou Islamistes modérés
Pris entre le désir d’intégrer l’Union européenne et la nécessité de satisfaire leur électorat, les parlementaires de l’AKP sont confrontés à un défi politique de haut niveau. Interrogé par l’AFP, le professeur Dogu Ergil de la faculté de Sciences politique d’Ankara estime que ' Cette affaire d'adultère est un soubresaut de la base réactionnaire de l'AKP... '

Généralement nantis d’un fort passé de militants musulmans, les élus de l’AKP doivent souvent leur siège à la vague dite de ' reislamisation de la Turquie '. Le Premier ministre Recep T. Erdogan a connu la prison au motif de ' sédition religieuse '. Cette expérience n'a pas entamé sa volonté de réforme politique de son pays. La victoire électorale de l’AKP, en novembre 2002 ( 34 % soit 2/3 des sièges), a fini d’installer le parti de manière confortable dans le paysage politique turc. Pour expliquer leur démarche à l’Europe, ils se comparent volontiers aux démocrates chrétiens que nul ne conteste en Europe. Mais à défaut de s'appeler ' démocrates musulmans ', les membres de l’AKP sont médiatiquement baptisés ' islamistes modérés '.

Néanmoins, pour M. Deniz Baykal, chef de l’opposition CHP ( Parti républicain du peuple), un parti créé par Atatürk, le coup de théâtre de ce mardi est une demi-victoire politique. Car, d’une part, en renonçant à une victoire annoncée, l’AKP perd la face devant les éléments les plus conservateurs de son électorat. Mais, d’autre part, avec cette volte-face spectaculaire, l’AKP fait provision publique d’un argument de poids pour mériter son siège à Bruxelles.

Le 6 octobre prochain, l’Union européenne statuera sur l’opportunité d’ouvrir le débat sur l’adhésion de la Turquie. La décision sera prise le 17 décembre par les chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de l’Union. Des échéances qui n’ont certainement pas échappé à M. Erdogan.

 





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