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Actualité

La SNCF a-t-elle collaboré ?

Le commissaire du gouvernement a expressément demandé à la Cour administrative de Bordeaux d’annuler la condamnation de la SNCF pour son triste rôle durant la seconde guerre mondiale. La SNCF s’est dite contrainte, par l'Etat français, de déporter les Juifs dans ses wagons. Maître Rémy Rouquette, avocat de la famille Lipietz, conteste cet argument par le fait, qu’effectivement, la SNCF a facturé ces voyages à l’Etat.



La SNCF a-t-elle collaboré ?
Hier, la cour administrative d'appel de Bordeaux examinait l'appel formulé par la SNCF après sa condamnation, le 6 juin 2006, pour son rôle dans le transport vers le camp d'internement de Drancy du père et de l'oncle du député européen (Vert) Alain Lipietz, en mai 1944.

Saisi par plusieurs membres de la famille, le tribunal administratif de Toulouse avait conclu, pour la première fois, à la responsabilité partagée de l'Etat et de la SNCF dans la déportation des Juifs et les avait condamnés à verser 62 000 euros de dommages et intérêts.

Le commissaire du gouvernement a demandé à la Cour administrative d'appel de Bordeaux d'annuler la condamnation de la SNCF. La cour a mis sa décision en délibéré à deux semaines. En deuxième instance, la justice pourrait donc donner raison à la SNCF, seule à avoir fait appel.

Pour le commissaire du gouvernement, Didier Péano, la SNCF « a apporté son concours à des actes qui relèvent de la police administrative. » Ceci implique, a-t-il fait valoir, que c'est à l'Etat, condamné en première instance pour les mêmes faits et qui n'a pas fait appel, que revient la réparation du préjudice. Il n'a pas relevé une « faute distinctive de la SNCF » qui aurait selon lui pu justifier sa condamnation.

Si elles ne sont que consultatives, les recommandations émises par le commissaire du gouvernement sont en général suivies par le tribunal.

Prescription


Les crimes contre l'humanité, imprescriptibles, ne pouvant pas être jugés par une juridiction administrative, c'est le qualificatif de «faute de services», couvert par un délai de prescription de 30 ans, qui est retenu dans ce dossier. Contrairement au tribunal de Toulouse, le commissaire du gouvernement n'a donc pas pris en compte les arguments avancés pour prolonger ce délai. C'est aussi le fond de l'affaire qu'il a interprété différemment, en ne relevant aucune preuve de «fautes distinctes» à attribuer à l'entreprise : «L'opération a été ordonnée par l'Etat, c'est donc l'Etat qui doit payer.» Insiste-t-il.

«La SNCF aurait pu renâcler, se couvrir en demandant un acte de réquisition or on n'en trouve aucun», avait argumenté l'avocat des plaignants, Me Rémi Rouquette, fustigeant le «mythe de la réquisition». «Elle aurait pu utiliser des voitures plutôt que des wagons à bestiaux qu'elle facturait ensuite comme des 3e classe. On ne lui reproche même pas de ne pas avoir résisté, on lui reproche d'avoir fait du zèle.»

«Ne passons pas d'une négation à l'autre, a répondu Me Michel Guénaire pour la SNCF. « Après avoir nié jusqu'à l'existence de l'Etat français, ne faisons pas croire que c'est toute la France qui est responsable. La SNCF agissait sous la contrainte.»

Me Rémy Rouquette a dénoncé le rôle des dirigeants de la SNCF de l'époque, estimant qu'en facturant les transports à l'Etat après la Libération puis en le menaçant d'appliquer des intérêts de retard, elle avait prouvé sa « collaboration active. » « La facture balaie l'argument de la contrainte », a-t-il dit en réponse aux avocats de la SNCF. Il a souligné le fait que la société de transports avait « par cupidité » fourni des wagons à bestiaux et n'avait pas daigné offrir de l'eau aux déportés.

1800 demandes d'indemnisation


A l'issue des débats, les membres de la famille Lipietz affichaient leur déception. «La France va à l'encontre de l'évolution du droit international sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité», a regretté Alain Lipietz. Depuis sa condamnation en première instance, la SNCF a été saisie de 1 800 nouvelles demandes de dédommagement. Elle compte sur la juridiction bordelaise, qui doit rendre sa décision dans quinze jours, pour refermer cette boite de Pandore.

L'Etat français et la SNCF avaient été condamnés en juin, pour la première fois, en raison de leur rôle dans la déportation de Juifs sous l'occupation allemande. L'Etat avait été condamné à verser 25 000 euros à l'oncle d'Alain Lipietz, 15 000 euros au député européen et à sa soeur. Le tribunal avait en outre condamné la SNCF à verser 12 500 euros à l'oncle d'Alain Lipietz, 7500 euros à l'eurodéputé et à sa soeur. L'Etat et la SNCF avaient à verser 1000 euros à chacun des plaignants au titre des frais judiciaires.

Mercredi 31 Janvier 2007




Commentaires articles

1. Posté par rappoport le 26/02/2007 00:17
Les procès contre l’Etat et la SNCF, "une justice attendue depuis 60 ans", par Antoine Rappoport.

Près d'un millier de personnes agissent contre l’Etat et à la SNCF pour l’arrestation, l’internement et le transport des personnes réputées juives de 1941 à 1944. Le juge administratif aura à connaître du sort des familles déportées vers les centres de mise à mort d’Europe de l’Est.
Le 6 juin 2006, le Tribunal administratif de Toulouse a reconnu la responsabilité pour fautes de service de l’Etat et la SNCF pour le transport en France et l’internement de personnes considérés comme juives au camp de concentration de DRANCY. Alors que l’Etat a pris acte de sa condamnation à verser 40.000 euros à la famille LIPIETZ, la SNCF condamnée à verser 20.000 euros a interjeté appel.
Le Commissaire du Gouvernement Didier PEANO a soutenu la réformation de ce jugement devant la Cour administrative d’appel de BORDEAUX : l’action contre la SNCF est soumise à la prescription de 30 ans et aucune preuve de « fautes distinctes » de l’entreprise dans le transport de la famille LIPIETZ du sud au nord de la France en 1944 n’a été apportée. « L’opération a été ordonnée par l’Etat, c’est donc l’Etat qui doit payer » défend-il. La Cour d'appel administrative de BORDEAUX a décidé de façon exceptionnelle et inattendue de se réunir à nouveau pour réexaminer les faits de l'affaire. Ce sera la plus haute formation de la Cour composée de 7 magistrats, la formation plénière qui reviendra sur les faits de l'affaire LIPIETZ le 30 mars prochain.
D’aucuns s’avancent aujourd’hui à déresponsabiliser les services de la SNCF pour le transport de personnes civiles dans des wagons à bestiaux. Il faut beaucoup de temps et de recul pour appréhender la gravité du travail ordinaire et de la collaboration de bureau de la direction de la SNCF et de ses services techniques qui sont très éloignés de l'effroyable réalité des convois et de la résistance courageuse d'une minorité de cheminots. Il faut rappeler que dès 1940, la SNCF avait été confrontée à l'expulsion des Juifs de Bade sur la zone sud et avait demandé qu'un programme établi d'accord avec les autorités allemandes soit arrêté comme toute affaire ordinaire. La SNCF a participé à l'ensemble des grandes réunions décidant de la déportation des juifs de France avec l'Etat français et les autorités nazies. L'horreur des camps d'extermination ne peut seule attirer toute notre attention et nous empêcher de penser et d'entrevoir la question de la responsabilité de la SNCF. La complicité de crime contre l'humanité de la SNCF, rouage essentiel de la déportation serait en effet reconnue si cette personne morale était poursuivie devant la Cour d'assises.
Il faut rappeler qu’informée de la nature et de la destination des convois en vue de l’internement à Drancy, puis de la déportation des personnes, la SNCF n’a jamais émis ni objection ni protestation sur l’exécution de ces transports, alors qu’elle protestait contre les réquisitions de trains et matériel par les allemands. La SNCF facturait systématiquement ces prestations de transport à l’Etat au tarif 3ème classe et utilisait à cette fin, comme pour le transport des consorts LIPIETZ de Toulouse à Paris- Austerlitz, des wagons destinés au transport de marchandises ou d’animaux, dont ses agents avaient eux-mêmes obstrué les ouvertures, sans fournir aux personnes transportées ni eau, ni nourriture, ni conditions minimales d’hygiène. La SNCF ne fait nullement état d’une quelconque contrainte susceptible de justifier de tels agissements. Cette dernière n’a pas été réquisitionnée par l’Etat et assurait l’exécution des transports sous le contrôle allemand. C’est ce qui ressort du rapport BACHELIER de 1998 portant sur le rôle de la SNCF dans la déportation des juifs et commandé par la seule SNCF.
D’autre part, il serait juste d’étendre le raisonnement touchant la prescription de l’action contre l’Etat à la SNCF. Le délai de prescription court à partir de la publication de l’arrêt PAPON du Conseil d’Etat du 12 avril 2002 pour l’Etat.
Depuis l’arrêt GANASCIA du 14 juin 1946, le Conseil d’Etat avait refusé d’assumer la continuité de l’Etat et avait instauré un régime d’irresponsabilité de la puissance publique à raison des agissements commis par l’administration française à l’égard des personnes réputées juives. C’est dans l’affaire PAPON que le Conseil d’Etat a décidé que la responsabilité de l’Etat se trouvait nécessairement engagée à raison des actes ou agissements de l’appareil étatique français pendant l’occupation allemande.
D'aucuns ressortent l'avatar du juif cupide en prétendent que les victimes et leurs famille agissent pour l'argent. Il est hors de tout bon sens d'avancer que les justiciables profiteront des indemnités pour leur internement et leur déportation dans des conditions effroyables. D'autres sont satisfaits de la seule condamnation pour complicité de crime contre l'humanité qu'aura connu la France, celle du fonctionnaire Maurice PAPON.
Les familles agissent ainsi contre l'Etat français qui a refusé devant le juge administratif de 1946 à 2002 de reconnaître sa responsabilité dans la déportation des personnes considérées comme juives. Ces requérants ne font que suivre le chemin emprunté par les personnes, parties civiles au procès PAPON de la Cour d'assises de GIRONDE. Chacune manifeste son exigence à l'égard de l'Etat. Ce dernier ne doit pas couvrir sa responsabilité en sommant la justice administrative d’assurer son immunité. Les familles privées d'accès à la justice pendant 60 ans ont raison de manifester leur défiance et leurs attentes à l’égard d’un tel Etat. L'argent prélevé par l'Etat doit être utilisé dans le respect de la dignité des personnes. Ces requérants n'ont pas oublié que le régime de VICHY était né légalement de la IIIème République française, lorsque la grande majorité des parlementaires avaient voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
S'agissant de la SNCF, les justiciables exigent de cette entreprise qu'elle prenne la mesure de sa responsabilité dans la déportation des juifs. Cette démarche implique à priori que cette entreprise ouvre l'ensemble de ses archives publiques aux historiens, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à ce jour. En effet, l'historien Christian BACHELIER n'a pas eu accès aux archives des services centraux de la SNCF, comme cela fut également le cas pour l'historien allemand Jochen Guckes qui fut le premier à s'intéresser à cette question.
De plus en plus nombreuses sont les personnes internées et déportées survivantes ou les familles des victimes mortes en déportation qui mettent en cause la responsabilité de l'Etat et de la SNCF afin d'obtenir une décision de justice reconnaissant leur responsabilité et les condamnant à verser des indemnités aux familles. Des résistants et des tsiganes se sont rangés aux côtés des victimes civiles juives et tziganes et se sont engagés dans ces procès contre l’Etat et la SNCF. Ils nous rappellent que les déportations par convoi à bestiaux vers les centres de mise à mort de Pologne ont été ont été préparées et organisées par les autorités allemandes et les services de la SNCF. Il est regrettable que cette entreprise soit mise face à son passé devant le juge, alors que les principales entreprises allemandes impliquées dans la déportation ont assumer leur passé depuis longtemps, cette reconnaissance s'appelle le Vergangenheitsbewaltigung en allemand.
Antoine Rappoport

antoinerappoport@yahoo.fr

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